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Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer. Il est la Porte, le Chemin, la Vérité et la Vie. Là sont les réalités qui font de l'existence humaine une vie heureuse et comblée, où le mystère de la vie trouve la réponse essentielle à sa finalité.
Le berger procure le repos. Le repos ne peut être agréable que s'il est vécu dans un abandon total de la raison, de la pensée, des soucis et des désirs. Il est profitable lorsqu'il est vécu dans un parfait abandon aux choses terrestres, lorsqu'il permet de nous oublier pour nous plonger dans le rêve, dans une réalité sans soucis.
Le repos est profitable et permet alors d'assimiler tranquillement les aliments qui nous nourrissent, ici la Parole de Dieu, l'Eucharistie, les Sacrements reçus.
Le berger mène aussi le troupeau vers de bons pâturages. Il ne saurait conduire les brebis sur les pâturages de plaine, gras et inappétant malgré leurs apparences. Non, le Berger mène les brebis vers de hauts pâturages de montagnes, où l'herbe y est plus rare mais ô combien savoureuse. Le bon berger franchit des falaises avec ses brebis pour leur donner les herbes les plus parfumées, celles qui poussent à l'ombre des cailloux, où la terre n'est pas grasse mais pleine de minéraux volcaniques.
Le Seigneur nous conduit vers les pâturages de Son Père et Notre Père, là où Dieu a toujours conduit son Peuple. Il nous conduit dans les montagnes où il est difficile de subsister longtemps, de manger à satiété, mais où ne pousse pas l'ivraie. Dieu conduit toujours son Peuple dans le désert, ou dans les montagnes, dans lesquels règnent la disette. Mais Il donne avec abondance, Il multiplie pour nous les pains et les poissons, Il nous donne la manne, les cailles, et tout ce dont nous avons besoin pour subsister. Il ne nous engraisse pas outre mesure, avec l'herbe des plaines trompeuses. Non, Dieu nous conduit, par son Fils, vers les grâces nécessaires pour nous, des grâces souvent infimes, que nous ne savons pas toujours déceler, mais des grâces qui nous donnent tant : la vie éternelle !
Dieu nous conduit, par son Fils, dans de verts pâturages, mais pas dans des pâturages abondants. La grâce est donnée à la mesure de nos capacités à aimer Dieu, à trouver en Lui le repos profitable, celui qui nous apporte l'assimilation de ses bienfaits, le repos dans l'oraison, la Contemplation, l'Adoration.
Ainsi, de brebis nous devenons bergers, lorsque, par le Christ et avec Lui, nous nous attachons aux choses qui ne passent pas, au repos éternel dans les réalités divines. Car c'est dans le repos que se fait l'Apostolat, c'est dans l'assimilation des doux parfums des verts pâturages que nous trouverons les saveurs, nécessaires aux brebis qui suivent derrière nous. Que le Saint Esprit, qui nous unit à un seul berger, le Christ, nous donne de trouver dans notre vie les grâces au milieu des eaux amères, les réalités cachées au milieu des périodes favorables où se multiplient les grâces, et la Volonté Divine au milieu des épreuves. Qu'Il nous aide à garder à l'esprit qu'une vie éternelle n'est plus fixée au temps, mais que le temps qui passe est une passerelle vers l'instant qui ne passe pas... Que les difficultés, parfois longues, dans une vie, sont le signe d'une montée, d'une Ascension vers de plus hauts pâturages. Plus l'homme passe par des moments difficiles, plus il a la possibilité de marcher derrière le Christ et d'aider, par la communion des saints, ses frères dans leur ascension. Plus les pâturages sont maigres, plus les grâces que l'on y trouve sont savoureuses et parfumées. Oui, plus un produit est rare, plus il est recherché. Recherchons donc la grâce céleste, où il est plus difficile à un riche qui a profité des pâturages de plaine d'entrer qu'à un chameau de passer par le trou de l'aiguille d'un col de montagne. Il faut nous défaire des biens de la vie terrestre, mourir à nos abondances illusoires, pour monter plus vite vers le Père, par le Fils et l'Esprit Saint. Amen.
Homélie de P. Yann
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