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C'est dans le silence que l'on savoure le meilleur.

 
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Ave Gratia Plena Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

« Moi Jésus, J'ai renoncé à ma vie Toute de gloire et de joie. J'ai quitté pour ainsi dire le sein de mon Père, comme j'ai quitté le sein de ma mère, Marie, ces nids de mon adolescence éternelle et de ma terrestre enfance.


Marie a reçu dès l'origine, de par le bon plaisir de Dieu, un capital de grâce tel qu'il dépassait déjà l'ensemble des grâces accordées à tous les hommes et à tous les anges. Ce capital, qui était un pur don, elle l'a fait valoir par la libre coopération de sa volonté toujours parfaitement fidèle. Son trésor de grâce augmentait sans cesse. Ce n'était pas pour Elle comme pour son divin Fils, chez lequel la grâce est toujours restée dans son immobilité sacrée, adorable, définitivement parfaite dès le premier instant parce qu'infinie. Ces accumulations de richesses spirituelles constituent la dot royale donnée à Marie par le Seigneur en vue des épousailles du Saint Esprit, en vue de la maternité divine. Il nous est bon de tâcher d'inventorier ces trésors de grâces : en même temps que la dot nuptiale, ils représentent l'héritage de notre mère. Ils sont à nous, puisque nous sommes ses enfants.

Dans l'ordre surnaturel, il y avait donc en Marie une croissance continuelle, en vertu de sa tendance ardente à une perfection de charité toujours plus grande. Cette tendance l'animait, la pénétrait, la dévorait, faisait d'elle le prototype de l'état religieux.

Marie grandit sans cesse pour devenir cette géante dressée au pied de la Croix, ayant pris la taille de la Croix. Elle est donc d'une sainteté formidable au moment de l'Annonciation, et Gabriel est un tout petit. Mais il est heureux de sa petitesse, car, avec et après la charité, il n'y a pas de vertu qui rayonne plus joyeusement de l'humilité.

Gabriel est un bienheureux plongé dans la lumière de gloire. C'est grâce à la vision béatifique qu'il pénètre intimement dans les merveilles de l'ordre surnaturel par-dessus toutes celles de l'ordre naturel. Quand il arrive devant cette toute petite Marie, il voit – et il faut ici donner à ce mot toute sa force – il voit les immenses trésors de grâces accumulés en elle, o altitudo divitiarum. C'est à lui de trembler, car il est devant sa Reine. Il voit mais sa vision est comme écrasée par la splendeur de l'objet, toute noyée au fond d'un étonnement ravi. Gabriel se pose, lui aussi, la grande question des amis de l'Epoux sur la bien-aimée du Cantique. Quae est ista... quae ascendit de desertis ? Quelle est celle-ci qui monte toujours, qui s'élève toujours de plus en plus haut, de plus en plus loin des déserts arides d'en bas, vers des Eden de plus en plus éblouissants ? Et il tremble d'amour et de respect.

Parmi les chefs d'oeuvre de l'art catholique, je ne puis oublier une incomparable Annonciation du Vinci. Mais je dois avouer que toutes celles de mon frère Angelico me touchent plus encore. Angelico seul a réussi suprêmement, parce que seul, il a compris cette scène dans sa teneur théologique totale. La Vierge et l'ange sont là, en présence l'un de l'autre. Ils se regardent dans les yeux, ces yeux d'enfants ! Marie, la toute petite fille, tremble de respect et de crainte devant la splendeur de cet être dont la nature dépasse la sienne. Quant à Gabriel, devant cette sainteté royale, il est saisi, lui aussi, d'un respect qui tendrait à l'éloigner. Et en même temps, il est comme ramené et poussé vers Marie par une invincible attraction.

Il faudrait pouvoir exprimer avec des mots ce mélange de respect et de tendresse, de crainte et d'amour, timorem et amorem pariter, ces deux sentiments contraires et harmoniques qui, en même temps, s'opposent et se complètent, agissent et réagissent l'un sur l'autre. Marie et Gabriel oscillent entre ce qui les attire et ce qui les tient à distance, pris comme entre deux forces, deux électricités de nom contraire qui semblent d'abord se neutraliser un instant dans un équilibre instable, par le silence. Puis la grande étincelle jaillit, l'éclair flamboyant, trait d'union qui relie le ciel et la terre. C'est la salutation angélique, étoile miraculeuse tombée du ciel dans les sillons de notre sombre terre, comme une semence de lumière pour la féconder et la réjouir. Les paroles en sont si belles que nous les répèterons jusqu'à la fin du monde, ou plutôt, selon l'heureuse expression de Lacordaire, nous les dirons toujours sans les répéter jamais. C'est la salutation angélique, c'est le Rosaire confié à l'Ordre angélique. La grande voix de l'ange contient, enveloppe toutes ces voix humaines qui s'élèveront après la sienne au cours des siècles jusqu'à l'ultime achèvement de toutes choses.

Ave Maria, gratia plena, c'est une explosion d'admiration, d'enthousiasme devant la plénitude de grâce qui est en marie. Dans ces trois mots de l'ange, il n'est question que de grâce. Gabriel ne voit que cela, il ne dit que cela.

Père Dehau.


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