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Les soixante-treize Livres Bibliques Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Les soixante-treize Livres Bibliques
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II - Les Prophètes :

            A son peuple, Dieu s’est révélé dans l’histoire. Cette histoire, il l’a fait comprendre grâce à des hommes auxquels Il communiqua son Esprit, leur conférant le don de voir non pas du point de vu des hommes, mais du point de vu de Dieu, le don aussi de déclarer à leurs frères le sens des événements, ceux du passé comme ceux de leur propre époque et ce qui devait s’en suivre. De la sorte, les prophètes purent redire sans cesse au peuple élu sa place dans le Dessein de Dieu, lui en rappeler les conséquences, dénoncer ses déviations, indiquer à tout homme sa mission. Et à mesure qu’il apparaissait et parlait, l’histoire entière prenait sa signification. « Prophète » signifie « porte - parole ». Ces hommes inspirés par Dieu furent en effet surtout des prédicateurs, les interprètes de Dieu adressant sa parole à son peuple.

            Les livres de Josué, des Juges, de Samuel, et des Rois ont été écrits sinon par les prophètes, dumoins dans l’esprit du prophétisme Israélite. Les traditions anciennes et les extraits d’archives utilisés par leurs auteurs ont été repensés et organisés, non seulement à la lumière de la religion de Yahvé, mais aussi dans une perspéctive d’ « histoire Sainte ». Les faits n’y sont pas rapportés uniquement pour constituer un répertoire de souvenirs ou une suite de chroniques, ils sont interprétés et présentés comme des interventions ou des signes de Dieu. Et pourtant, il ne s’agit pas toujours d’événements importants en apparence. Ceux - ci, qu’un historien aurait noté, sont souvent négligés, tandis que les auteurs Bibliques s’arrêtent à des faits que la Science historique pourrait estimer parfaitement anodins. Une telle manière de voir et d’écrire n’est donc pas celle de l’histoire proprement dite. La tradition Israélite l’a comprise en donnant à la collection de ce genre d’écrits le nom de « prophètes », les « prophètes antérieurs », l’histoire ainsi racontée étant intérieure au temps des prophètes prédicateurs.

A - Josué

            Le genre prophétique est immédiatement perceptible dans le Livre de Josué. Ce recueil, qui contient de très anciennes traditions, commence et se termine par des discours qui l’apparentent au Deutéronome (Jos. 1; 22-24). Les premiers accrochages avec les Cananéens y sont largement paraphrasés (Jos. 2-9). Il ne s’agit en réalité que de la conquète de quelques bourgades et cantons montagneux, pris par la ruse. Mais tout cela est présenté comme des victoires remportées par Yahvé et son peuple en vertu des « promesses » faites à ce peuple. Rien d’étonnant si, dans la seconde moitié du livre, le pays de Canaan, considéré comme un « don » de Yahvé à Israël, est distribué « prophétiquement », c’est à dire en vertu d’une situation qui fût vrai plus tard, entre les tribus Israelites. Ce livre a ainsi voulu être, à l’époque inquiète et dangereuse de sa rédaction (VIIeme siècle), un message de foi et de ferveur, un appel à l’enthousiasme et à la vie militante, et une façon d’exprimer comment le Seigneur accorde ses dons aux vaillants.

B - Juges

            Une autre interprétation des événements de l’occupation de Canaan par les Israélites a inspiré l’auteur du Livre des Juges. Son point de vue est parfaitement formulé par lui d’abord dans ses deux chapîtres de têtes, ensuite dans les introductions et conclusions qui forment le cadre thématique des traditions conservées, celles - ci acquérant par là une signification qu’elles n’auraient pas eue nécessairement. Des petites histoires d’escarmouches et de héros de village sont ainsi utilisés pour donner l’image des perpétuelles tentations d’idolâtrie auxquelles le peuple de Dieu est porté à céder, mais aussi des inquiétudes qui lui en viennent et de ses conversions, Dieu lui envoyant sans se lasser le moyen de son salut.

C - Samuel

            D’une présentation d’ensemble différente, le double livre de Samuel commence par des chapitres composites, d’une part apparentés au livre des Juges, d’autre part souvent inspirés par la doctrine des prophètes. Mais l’oeuvre est surtout remarquable par l’intégration de « mémoires » sur les débuts de la royauté et principalement sur David. Cette partie est le morceau de littérature le plus ancien comme esnsemble dans la Bible. Elle a été écrite avec amour, avec beaucoup de charme et d’émotion, en l’honneur du roi qui su conquérir l’affection de son peuple dans la fidélité à son Dieu, l’homme divinement élu pour accomplir la renaissance nationale et pour réaliser l’Alliance dans un royaume selon le vouloir de Dieu Cette histoire est à l’origine de la grande espérance d’Israël, l’attente, qui se fera longue, d’un autre David envoyé de Dieu et parfait. Ainsi est né le « messianisme ».

D - Les Rois

            L’histoire de Salomon, sur lequel s’ouvre le double livre des Rois, donne sa suite la même histoire royale, utilisant aussi d’anciennes chroniques sur le fils de David. Les chapitres du centre forment un ensemble à part tant par le style que par le contenu; c’est un geste prophétique sur Elie et sur Elisée. Tout le reste est tiré explicitement d’  « annales » officielles concernant l’histoire des deux royaumes palestiniens entre 932 et 587. De petites notices biographiques au schéma uniforme y alternent sur les rois de Judas et ceux d’Israël, formant une continuité historique. Quelques - uns seulement, retiennent plus longuement l’attention, en raison d’une plus grande signification du point de vu religieux; ainsi à propos du règne des rois réformateurs. Le livre a, en effet, pour but de faire l’examen de conscience des deux royaumes par rapport à l’Alliance et à la loi de Dieu, tant de fois trahies, et dans l’éclairage des malheurs qui s’ensuivirent.

            On ne sait à quelle époque remonte la classification de l’oeuvre des prophètes écrivains telle qu’on la trouve dans la Bible aujourd’hui. Elle est ancienne : dès le début du deuxième siècle avant notre ère, Ben Sirah, qui mentionne séparément Isaïe, Jérémie, et Ezéchiel, connait un recueil des « douze prophètes » que du reste il n’énumère pas. On appelle aussi ses derniers les « petits prophètes », non par là qu’on veuille dire nécessairement et de tous qu’ils furent et sont d’importance moindre, mais parce que les oracles qui ont été conservés ne forment que des livrets de petite dimension. On a placé avant leur recueil Isaïe, Jérémie et Ezéchiel, notablement plus longs, auxquels fut joint Daniel qui n’est toutefois pas à mettre au nombre des véritables prophètes.

            L’ordre actuel des prophètes dans la Bible rend malaisée leur présentation. Au contraire, un ordre chronologique réel d’autant plus satisfaisant que l’attache des prophéties à leur temps et à leur milieu historique est plus étroite que dans le cas des autres écrits bibliques. Nous suivrons donc l’ordre chronologique de leur apparition. Et l’on s’accoutumera ainsi dès maintenant à les voir inscrits à leur place dans l’histoire. Par l’histoire même, les prophètes se trouvent groupés respectivement au VIIIeme siècle, au VIIeme, au temps de l’Exil et au début de la période postexilienne.

E - Amos, Osée, Isaïe, Michée :

            Quatre prophètes apparaissent au VIIIeme siècle. Amos inaugure la liste d’une manière magnifique. Il parle vers 760-750. Son grand mot est celui de « justice », qui veut dire la vie comme Dieu la fait et la veut, avec ses conséquences pour les pratiques religieuses et dans les relations sociales. Dès cette première prophétie il est question du « jour de Yahvé », terme qui va devenir classique pour annoncer les « jugements » de Dieu dans l’histoire.

            Osée, dont on situe l’activité prophétique vers 750-725, ne parle pas avec la même netteté dans la forme. Mais il a reçu et éprouvé en lui - même l’une des plus étonnantes révélations que Dieu ait faites au monde, il l’a dit en termes bouleversants : l’amour de Yahvé pour Israël, amour « conjugal », gratuit et bienfaisant, et, bien que trahi et courroucé, toujours fidèle, miséricordieux.

            Isaïe couvre de son nom un recueil complexe dans lequel se trouvent les oracles du prophète lui - même mais aussi les oracles d’un certain nombre de disciples d’Isaïe pouvant avoir été consommés après l’Exil. Sans aller jusqu’aux dernières précisions, nous situerons ceux - ci à leur place historique. Isaïe proprement dit, ou « premier Isaïe » comprend à peu près les chapîtres 1-12; 15-20; 22-23; 28-33 du recueil. Ce sont parmi les plus belles pages de l’Ancien Testament du point de vu littéraire, les plus poétiques avec le livre de Job. Elles représentent environ quarante ans de prédication à Jérusalem, le prophète ayant vécu entre 765 et 700 environ. Isaïe est un très noble et ferme caractère, un génie sûr, une âme d’une qualité religieuse supérieure. Sa haute figure domine l’époque et influencera celles qui suivront. Deux crises très graves, qui mirent Jérusalem en danger, ont révélé la pureté et la force de sa Foi. Isaïe a été en effet le prédicateur intransigeant de la foi en Dieu seul qui sauve. Il a été aussi le héraut du Dieu « Saint », l’Evangéliste du « Dieu avec nous » (Emmanuel ), du « reste » sauvé par grace après les épreuves - châtiments, ainsi que des temps messianiques. Il est le premier grand théologien de l’histoire.

            Michée, qui parle vers 750-720, est très proche de ces trois premiers prophètes dont il est le contemporain. Il a comme eux un sens social aigu et le souci des pauvres. Il a une semblable conception d’Israël et des exigences de sa vocation. Il annonce également le salut, que Dieu opérera par son Messie.

E - Sophonie, Nahum, Habacuc, Jérémie:

            Le VIIeme siècle est d’abord caractérisé par un long silence de toute voix prophétique, correspondant au règne impie et persécuteur de Manassé. Il compte ensuite lui aussi quatre prophètes.

            Sophonie apparaît vers 630-620. Terrible annonciateur des rigueurs de Dieu, du « jour de Yahvé », qui châtie les coupables, Israélites aussi bien qu’étrangers, il est en outre le lumineux prédicateur de la rénovation intérieure dans la joie du Seigneur qui vient et de la promotion du peuple « pauvre ».

            Nahum, dont le message est à situer vers 615-612, n’est connu que par le psaume qui forme son premier chapitre et par l’oracle contre Ninive ainsi préfacé. Cet oracle extrêmement brillant proclame l’échec final des forces de ce monde dans leur lutte contre Dieu.

            Habacuc, qu’on s’accorde à dater des environs 600, débute par un hardi dialogue avec Yahvé sur le problème triomphant. La foi est l’unique mais sûre solution, Dieu étant seul maître de l’histoire. Pour terminer, un psaume célèbre l’incomparable puissance divine.

            Jérémie a vécu entre 645 et 580 environ. Ses oracles ont jalonné sa vie douloureuse de témoin d’un Dieu abandonné des siens. Ils ne sont plus dans leur ordre chronologique. Ce sont de nombreuses et véhémentes plaintes sur l’infidélité du peuple tant aimé de Dieu. Prophéties sombres, car le malheur est proche, la ruine de Jérusalem et l’Exil, mais dans le langage brûlant d’un coeur passionné et aimant, et non sans coulées de très pure espérance, tels les chapitres

30-33. Avec Jérémie, comme avec le Deutéronome qui est du même temps et de la même veine, la religion de Yahvé est devenu plus intérieure et plus personnelle que jamais, très proche déjà des dispositions profondes que réclamera l’Evangile.

G - Durant le temps de l’exil de Babylone, deux grands prophètes ont été les interprètes de Dieu.

            Ezéchiel, qui est né vers 620 et prophétisa jusque vers 570, a eu pour don et mission de commenter la catastrophe de 587. Il l’annonça d’abord, comme Jérémie, en insistant sur les responsabilités de chacun. Mais quand fut survenu le malheur, il sut redonner l’espoir au reste d’Israël en exil et le courage des recommencements. Il fit notamment comprendre que la présence divine est assurée à la communauté sainte ou qu’elle soit et que la restauration après la ruine se ferait grâce à un esprit nouveau donné par Dieu recréant Israël. Son langage, déconcertant quand on l’aborde les premières fois mais en réalité assez simple, est celui d’un visionnaire génial et d’un puissant théologien. Son action fut déterminante sur le Judaïsme post-exilien.

            Il faut citer ici, car elles sont de la fin du temps de l’Exil, les Lamentations dites de Jérémie, élégies plaintives et graves, d’une grande beauté poétique, évoquant la douleur, le repentir, et l’humilité d’Israël devant les ruines de sa Ville sainte.

            Le second Isaïe, c’est à dire Is.40-55, est d’un anonyme qui écrit ses poèmes peu avant l’édit libérateur de Cyrus en 538. Il chante dans l’enthousiasme le nouvel « exode » triomphal d’Israël « converti », autrement dit son retour à Jérusalemet son retournement vers Dieu. Il est aussi le chantre du Seigneur unique créateur et souverain de l’univers. Ces chapîtres renferment en outre les poèmes dits du Serviteur de Yahvé (Is 42,1-9; 49, 1-9; 50, 4-9; 52, 13-53, 12), personnage anonyme, élu et ami de Dieu, envoyé par Dieu pour sauver ses frères au prix même de son propre sacrifice. Cette doctrine, en entrant dans la ligne du Messianisme, en recevra un approfondissement nouveau et considérable.

H - Durant les deux siècles de restauration qui suivirent l’Exil, le prophétisme cessa peu à peu. Six ou huit noms peuvent être encore mentionnés, mais ce prophétisme n’a plus en général la qualité littéraire, l’originalité et la force de celui des grandes époques.

            Agée, en 520, exhorte les rapatriés à achever avec courage le temple de reconstruction, condition de la venue bienfaisante du Seigneur parmi les siens.

            Zacharie, dans la première partie du recueil, Za 1-8, tient la même année des propos semblables mais dans un langage de visionnaire et de symboliste.

            Un « troisième Isaïe » correspondant à Is 56-66, chante vers 515 la joie de la communauté de l’alliance assemblée autour de la maison de Dieu, la gloire et le bonheur de Jérusalem renouvelée, dans la piété, la conversion, la justice sociale, le relèvement des humbles avec aussi des perspectives de jugement et de salut universels. Très beaux chants en vérité.

            Abdias, aux environs de 500, prononce un petit oracle contre Edom qui vaut comme un avertissement adressé à tous les ennemis du peuple de Dieu.

            Le petit ensemble qu’on appelle l ’ « Apocalypse d’Isaïe », c’est à dire Is 24-27, est un oracle sur la ville, Babylone sans doute, dont la ruine devient le symbole des grands événements « derniers » : écrasement des puissances du monde, délivrance et regroupement des élus de Dieu.

            Malachie, sans doute vers le milieu du cinquième siècle, déduit de l’amour de Dieu pour son peuple les obligations de celui - ci au plan religieux et moral, et il annonce lui aussi le « jour » purificateur et rénovateur.

            Joël, de la fin du cinquième siècle, est encore davantage un prophète du « jour » qui est une venue de Dieu justicier, dans un scénario terrifiant, inspiré par une invasion de sauterelles, mais lors duquel le peuple de Dieu trouvera grâce et sera rempli de l’Esprit de Dieu.

            C’est aussi de la fin du cinquième siècle qu’on date le petit conte pittoresque de Jonas. Il s’agit en réalité d’une réflexion prophétique sur la vocation d’Israël au milieu des nations. Ce livret constitue le message le plus universaliste de tout l’ancien Testament : possibilité d’une conversion en masse de païens au vrai Dieu !

            Enfin, un « second Zacharie », Za 9-14, peut - être des environs de 300, groupe des morceaux divers sur la ruine des puissances d’opression, le rétablissement de l’ordre, les purifications nécessaires, les bienfaits du salut de Dieu.


 
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