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Le Seigneur est notre berger, notre source de sanctification et notre Rédemption.
Il nous appelle à aimer notre prochain comme nous mêmes et à aimer Dieu plus que tout, par dessus-tout.
Comment développer en nous un amour pur, un amour véritable, en esprit et en vérité ?
Comment aimer Dieu, lui que nous n'avons jamais vu ?
En regardant les saints, qui nous laissent un exemple propre à chacun d'eux, nous pouvons rechercher, au-delà de leur manière de vivre, les caractéristiques qui en font des êtres accessibles et non pas imitables. Ils montrent le chemin, comme un guide lors d'une sortie, mais ils ne sont pas le chemin sur lequel nous progressons. Ils nous donnent une expérience pour éviter des embuches, mais ils ne sont pas la source de notre propre expérience. Toutefois, par l'amour qu'ils portent à Dieu, par le lien d'intimité et de simplicité qu'ils ont avec Lui, là, ils nous ouvrent une fenêtre sur l'amour véritable. Nous devons chercher à dépasser, et de loin, l'imitation des saints au sens premier... C'est le cheminement mystique qui nous intéresse en eux et non seulement les actes. Leurs actes sont le reflet de leur vie intérieure, mais ils ne sont pas la condition de celle-ci. Il nous faut dépasser ce qui est visible à nos sens pour chercher les sens de l'âme
Tout homme, saint ou misérable, puissant ou humble de coeur, ne peut avoir accès à l'essence même de la mystique. Il ne peut capter l'idée de Dieu, la nature de Dieu. Ainsi, la contemplation connait si bien la grandeur de Dieu qu'elle ne songe plus à connaitre. Ce savoir le plus haut suppose qu'on a renoncé au savoir, comme le dit si bien Jacques Maritain. De ce fait, nous nous rendons compte que ce n'est pas en cherchant à devenir saint par l'imitation des saints que nous accèderons au bonheur, à la paix intérieure. Quel est donc cet attrait que l'Eglise cultive sur les saints ? L'Eglise veut nous montrer que ce n'est pas pour connaitre que les saints contemplent, ce n'est pas pour montrer un exemple à suivre qu'ils cheminent sur des voies uniques, c'est pour aimer. Ils n'aiment pas pour aimer, c'est-à-dire pour ressentir un bien-être à aimer ou uniquement pour se construire eux-mêmes dans l'amour qu'ils ont de Dieu, mais ils aiment pour l'amour de Celui qu'ils aiment.
Si nous aimons Dieu pour l'amour qui est la seule réalité présente en Lui, alors nous pouvons aimer notre prochain pour l'amour qui habite en lui. Offre-t'on un sacrifice à l'amour pour l'amour ce celui que nous aimons ? Non, pour l'amour de celui que nous aimons, nous offrons mieux qu'un sacrifice, nous lui offrons notre vie qui s'éternise alors dans l'amour, qui devient amour, qui git dans le silence non plus de la contemplation mais de l'Adoration. C'est le chemin que le Fils nous invite à suivre.
Pour les saints, l'union même à Dieu que l'amour demande, c'est pour Dieu premier aimé qu'ils y aspirent, ne s'aimant eux-mêmes que pour Lui. Alors en aimant Dieu de cette manière, ils s'aiment eux-mêmes non plus pour eux-mêmes mais pour l'amour de Dieu, de Celui qui aime. S'aimant ainsi comme Dieu les aime, ils aiment alors leur prochain à la manière du Christ, comme Dieu les aime. Ils sont dans l'Apostolat le plus parfait et se réalise en eux la Parole « Soyez Saints comme moi Je suis Saint ». Alors, ce ne sont plus les yeux de la Contemplation qui instruisent l'âme, mais les yeux de l'adorateur émerveillé, emporté dans le char de l'Amour comme l'image d'Elie nous le témoigne. Les saints laissent à d'autres le manteau de grâce dont ils étaient vétu. Plus rien ne les intéresse, les dons les plus sublimes qui les animent ne peuvent plus être pour eux des éléments d'orgueil, leur seule fierté c'est le Christ. Ils sont là, devant le Fils, face à Sa Parole, plongés dans Ses Sacrements, emportés par Lui. Et s'accomplit la Parole qu'ils annoncent : « Philippe, qui me voit voit le Père ! » Les voilà les yeux de l'Adoration qui dépassent et supplantent les yeux de la Contemplation. Les oeuvres du Fils mènent au Père, et s'il faut au moins croire en ses oeuvres à défaut de croire en sa divinité, il faut, pour nous, croire en sa divinité pour voir le Père, et voir le Père pour dépasser les oeuvres et la science des oeuvres christiques.
En contribuant ainsi au bien du Bien, les saints ne cherchent plus leur âme, ils la perdent, ils ne l'ont plus. Ils n'accumulent pas des trésors dans les cieux, ils mettent leur âme dans le trésor céleste, là où les vers ne pourront ronger ni leur vie, ni leur mémoire, ni leurs actions. Tout est dans le coeur de Dieu et plus rien ne peut l'en faire sortir.
Prions le Saint Esprit qu'Il mette en nos coeurs le désir de l'abandon spirituel et intellectuel, afin que la grâce élève elle-même notre âme et la conduise dans la plus haute connaissance de l'amour de charité. Amen.
Homélie prononcée par le P. Yann. Dimanche après la Toussaint.
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