L’apostolat du désert, celui de Jean Baptiste, est un peu celui de l’ermite. Quel mystère que celui d’un apostolat dans le désert, tout comme celui de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, qui, enfermée dans son Couvent, est aujourd’hui patronne des missions.
La vie d’un ermite est fréquemment vue d’un mauvais œil par ceux qui prônent l’activité apostolique. Elle fait souvent l’objet de débats stériles… En effet, qu’est-ce qui est le plus important : d’annoncer la parole de Dieu par le don de la langue ou par la Vertu de Charité ? L’une et l’autre forme d’apostolat sont aussi importantes et la charité doit alimenter les deux. Toutefois, si l’on ne peut annoncer la venue du Christ sans la Charité, la parole humaine n’est pas forcément nécessaire. Comment a germée la conversion dans le cœur des hommes ? Est-ce seulement par la main des Apôtres, de douze apôtres dans le monde entier ? N’est-ce pas aussi par le silence de l’humanité face à un Dieu qu’elle ne connaissait pas, et par l’accueil de l’Esprit Saint en ce monde, qui convertit les cœurs de façon inattendue ? L’ermite, donc, est celui qui fait l’apostolat de la prière, qui offre au Christ le monde en détresse, qui admire la Création et ce qui se fait de beau dans le monde, qui offre à Dieu d’humbles sacrifices de louange ou d’intercession. L’ermite est celui qui doit ouvrir son âme à la Charité, une charité ardente, qui prend conscience que sa vie, à la manière de Jean Baptiste, est une vie d’offrande et d’intercession afin que l’eau du baptême du Christ, ce baptême qui se perpétue de génération en génération, coule non seulement sur le front des hommes, mais irrigue les êtres tout entiers. L’ermite ne voit pas les fruits de son apostolat, et en cela il garde la parcimonie de son action indirecte, l’humilité, et donc, finalement, il est aussi à l’image de la Vierge Marie, pleine de silence, silence qui la rend aussi pleine de grâce. La Vierge porte en elle la Grâce absolue, le Verbe de Dieu, et le souffle de l’Esprit Saint. L’ermite doit porter en Lui les Sacrements du Christ afin de porter le Christ en lui, la Parole de Dieu, afin d’attirer la grâce sur lui, et vivre dans le silence qui est son ami, sa seule conversation valable, la conversation spirituelle, la conversation de l’Esprit, qui devient la conversion lente, discrète mais si belle d’une âme bâtie sur le roc. L’apostolat du désert doit faire naître en nous la joie, comme nous l’enseigne le psaume du Magnificat chanté par Marie dans ce moment de sa vie qui était à la fois rempli de bonheur, mais aussi d’interrogations sur la Volonté divine. La joie est l’ami du silence, tant pour la Vierge Marie que pour l’ermite qui est façonné à son image. La joie est aussi nécessairement l’ami de la croix. Car, lorsque nous portons la croix, si nous n’avons pas la joie au fond du cœur, c’est que nous oublions de la porter avec le Christ, de l’offrir sur la patène, et donc la croix sans la joie est une croix sans espérance. L’ermite ne doit pas oublier d’offrir à chaque Messe ses moments difficiles de cette vie austère. Car le silence peut se transformer en ennui, s’il n’est accompagné de la conversation du silence de l’Esprit. Le silence de l’ermite est folie pour les hommes, surtout en notre temps, mais il est sagesse de l’âme, qui garde en elle la finalité de la grâce qu’est l’union de l’âme à la Trinité qui habite en nous depuis notre baptême. Ainsi, lorsque l’ermite fera son ascension définitive, le silence absolu ne le troublera pas, dans cette partie de l’Eglise invisible, et il continuera son action sans relâche pour la conversion du monde. Il aura été une lueur au milieu du désert, une oasis et non un mirage, où des hommes auront trouvé le verre d’eau qui ne donne plus jamais soif, le verre d’eau qui ne vient pas de nous, mais de celui qui est venu avant nous et qui viendra après nous, dans la Gloire.  Recommandez (23) | L'article sur votre site ? | Pages vues: 695
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