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Page 10 sur 12 Les débuts de la prédication de Michée
Isaïe n'était pas seul à entreprendre la conversion des royaumes de Samarie et de Juda. Dés 730 et peut-être même dés le règne de Joatham un autre prophète apparait. C'est Michée qui vient de Moresbet, petit village du sud-ouest de la Palestine situé à la frontière du Royaume de Juda et des territoires philistins. Michée est un disciple d'Isaïe, mais un disciple qui dépouille le message du maître de sa forme aristocratique pour lui rendre la couleur du prophétisme rural et populaire. Sa prédication renoue avec la rudesse d'Amos de Teqoa. Dés le début de son intervention dans la vie publique, Michée, comme naguère Isaïe, commence par s'en prendre aux chefs du royaume, aux accapareurs de biens fonciers, aux ennemis déclarés de la justice prophétique. Mais il ne s'attaque pas d'abord et seulement à Jérusalem. Il sait bien que les plus grands coupables sont à Samarie, et c'est parce que Juda imite des fautes du royaume du Nord qu'il sera englobé dans la même catastrophe. Amos s'en prenait vivement à la fainéantise des riches. Amos montre ces grands propriétaires uniquement préoccupés d'agrandir leurs biens et mûrissant longtemps leurs desseins de consfisquer le patrimoine des petits paysans. Ces riches ruinent sans pitié des familles entières. On retrouve dans cet ancien poème de Michée le ton des "malédictions" d'Isaïe contre les aristocrates de Samarie. Mi 2/1 -5) Ce thème de prédication lui sert de leitmotiv, spécialement contre Samarie. (Mi 13/16-4) Cette fois l'image populaire est d'une hardiesse telle qu'elle eût choqué Amos lui-même. "Comment osez-vous moudre le visage des pauvres s'écriait Isaïe au nom de Yahweh. Renchérissant sur cette apostrophe, Michée montre ces misérables littéralement dépecés et décharnés. Jamais l'injustice sociale n'avait été dépeinte si crûment...
Le prophète est plus explicite dans un autre oracle sur le même sujet et toujours dirigé contre Samarie.(Mi 6/9-16) Pour Michée les trésors frauduleux, les balances fausses, les sacs à poids truqués sont des symboles populaires de la corruption des moeurs, comme l'étaient le vin coupé et l'argent falsifié qui servaient d'exemples à Isaïe. Le message de Michée qui fut diffusé aussi bien dans le royaume du nord qu'en Juda, devait susciter autant que celui d'Isaïe la tenace opposition des prophètes officiels. Ceux-çi étaient payés dans les deux pays par le pouvoir royal et soutenaient la politique d'Osée et d'Achaz. (Mi n2/5c-11) Dans les deux derniers vers de son oracle, Michée se désolidarise des prophètes optimistes qui monopolisent la faveur des grands. A plus forte raison agît-il de même dans cet autre oracle encore plus véhément. (Mi 35-8) Michée prophétiquement range déja Israël dans ce peuple des ténèbres dont parle le Prologue de l'Evangile de Jean. Comme dans le poème d'Isaïe sur la marche des damnés dans l'obscurité, cet oracle de Michée représente déjà le peuple comme enveloppé de ces voiles funèbres qui empêchent la pénétration de la vraie lumiére du Verbe.
Comme Isaïe, Michée appuya sa prédication morale sur une espérance surnaturelle et mystique: celle de l'imminence du Jour de Yahweh. Et pour annoncer cette prochaine irruption divine dans le destin des peuples, Michée trouve des accents aussi apassionnés que ceux d'Isaïe (Mi 1/29). Sans espoir, Michée prend à l'avance le deuil de Samarie. Il frémit en songeant aux conséquences de cette chute pour Jérusalem. Il a raison de dire que Juda en sera profondément affecté.
Le dernier des poèmes de Michée qu'on peut dater avec vraisemblance d'avant 722 est un oracle contre l'idolâtrie. C'est un morceau qui offre de frappantes ressemblances avec la première strophe du poème d'Isaïe sur la Parousie. Il y est question d'une épuration sévère qui vise problablement Samarie. L'oracle permet de préciser le sens du mot "Jour de Yahweh", puisqu'il s'agit de la chute de la ville. (Mi 5/9-13)
Ainsi Michée, de 730 à 722, par des oracles dont il ne nous reste que quelques fragments, mais qui durent propablement être nombreux et pressants, corroborait la prédication d'Isaïe. Il ne s'arrêtera pas d'agir et de prêcher, et la chute de Samarie ne fera qu'accroître son prestige.
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