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Page 3 sur 42 De l’erreur des gens du monde qui aiment et servent Dieu pour leur consolation.
1.- Je veux te parler de l’amour imparfait et de l’erreur de ceux qui m’aiment pour leur propre consolation. Tu sauras que le serviteur qui m’aime imparfaitement, cherche plutôt la consolation qu’il ne me cherche moi-même : cela est évident, puisqu’il se trouble dès qu’il manque de consolations spirituelles ou temporelles.
2.- Les consolations temporelles charment les hommes du monde, qui font quelque bien tant qu’ils sont dans la prospérité ; mais quand vient la tribulation que je leur donne dans leur intérêt, ils se troublent et abandonnent le peu de bien qu’ils faisaient. Si vous leur demandez : Pourquoi vous troublez-vous? Ils répondront : Parce que je suis dans la peine, et le peu de bien que je faisais dans la prospérité me semble inutile, puisque je ne le fais plus avec le même amour et le même esprit. C’est la tribulation qui en est cause, car il me semble que j’agissais bien mieux, avec plus de paix et de calme autrefois que maintenant.
3.- Celui qui parle ainsi est aveuglé par l’intérêt. Il n’est pas vrai que ce soit la tribulation qui diminue son amour et ses oeuvres. Ce qu’on fait dans la tribulation vaut autant que ce qu’on fait dans la consolation, et même Le mérite en augmenterait si l’on avait la patience. Mais cela vient de ce que ces hommes s’attachent trop à la prospérité. Ils m’aiment peu par vertu, et se reposent l’esprit (109) dans quelques bonnes oeuvres. Dès qu’ils sont privés de ce qui, les charme, il leur semble qu’ils n’ont plus la paix nécessaire pour bien faire ; il leur arrive comme à un homme qui est dans un beau jardin : parce qu’il s’y plaît, il aime y travailler ; il croit aimer son travail, mais c’est le beauté du jardin qu’il aime. Il est- facile de voir qu’il aime plus le jardin que le travail ; car, dès qu’il a quitté le jardin, il ne ressent plus de plaisir. Si son plaisir venait du travail, il ne l’aurait pas ainsi perdu ; il l’aurait toujours, parce que la faculté de bien faire ne peut se perdre sans la volonté de l’homme, même lorsqu’on ne jouit plus de la prospérité, comme l’homme ne jouit plus du jardin.
4.- La passion égare ceux qui agissent ainsi et qui disent : Je sais que je faisais mieux et que j’avais plus de consolations avant d’être éprouvé. J’aimais à faire le bien, mais maintenant je n’y ai aucun goût. Ils se font illusion ; s’ils eussent aimé le bien par amour du bien, ils n’auraient pas cessé de l’aimer et, loin d’en perdre le goût, ils l’auraient davantage ; mais ils faisaient le bien pour le plaisir qu’ils y trouvaient ; leur amour du bien cesse avec ce plaisir, et c’est là une erreur où tombent la plupart de ceux, qui font des bonnes oeuvres ; ils s’abusent sur le plaisir qu’elles leur causent.
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