Ceux qui sont arrivés à cet état unitif sont éclairés dans leur intelligence par une lumière surnaturelle et infuse de la grâce.- Il vaut mieux consulter, pour le salut de son âme, un humble qui a une conscience pure, qu’un savant qui a de l’orgueil.
1.- C’est avec cette lumière qui éclairait son intelligence que me vit saint Thomas d’Aquin et qu’il acquit, les clartés de la science, comme le firent saint Augustin saint Jérôme et nies autres saints docteurs. Ils étaient éclairés d’en haut et comprenaient dans les ténèbres ma vérité, c’est-à-dire la Sainte Ecriture qui parait obscure parce qu’elle n’est pas comprise, non par le défaut de l’Écriture, mais par l’ignorance de celui qui ne la comprend pas. Aussi j’ai donné ces lampes pour éclairer les aveugles et les intelligences grossières, afin que l’homme puisse connaître la vérité dans les ténèbres.
2.- Moi, le feu qui consume le sacrifice, je les ai ravis en leur donnant la lumière surnaturelle qui fait comprendre la vérité dans les ténèbres. Et alors ce qui paraissait obscur est devenu évident pour les ignorants comme pour les savants. Chacun reçoit la lumière selon sa capacité et selon la préparation qu’il apporte à mie connaître ; car je ne méprise les bonnes dispositions de personne.
3.- L’intelligence reçoit une lumière infuse par la grâce, supérieure à la lumière naturelle, une lumière avec laquelle les saints docteurs et mes autres serviteurs ont connu la lumière dans les ténèbres. Des ténèbres est venue la lumière, car l’intelligence a été formée avant l’Écriture ; c’est dé l’intelligence que vient la science, puisque c’est en voyant qu’elle discerne.
4.- Avec cette lumière, les prophètes ont vu l’avènement et la mort de mon Fils ; les apôtres l’ont possédée après la descente du Saint-Esprit ; les évangélistes, les docteurs, les confesseurs, les vierges, les martyrs en ont tous été éclairés ; tous l’ont reçue selon que le demandaient leur salut, le salut des âmes et l’enseignement de la Sainte Écriture. (139)
5.- Les docteurs l’ont reçue pour expliquer la doctrine de ma Vérité, la prédication des Apôtres et les textes des Évangélistes ; les martyrs, pour montrer par leur sang la lumière de la foi, le trésor et le fruit du sang de l’Agneau ; les vierges l’ont montrée par la charité et la pureté. Les obéissants ont fait briller l’obéissance du Verbe, cette obéissance parfaite que mon Fils a embrassée pour courir à la mort ignominieuse de la Croix.
6.- Cette lumière est visible dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament. Dans l’Ancien Testament, par les prophètes dont l’intelligence a été surnaturellement éclairée par ma grâce ; dans le Nouveau Testament, par la vie évangélique révélée au chrétien fidèle. La nouvelle loi venait de la même lumière, car elle n’a pas détruit l’ancienne, elle en est inséparable ; elle en a seulement ôté l’imperfection, parce qu’elle était fondée sur la crainte.
7.- Lorsque le Verbe mon Fils vint avec la loi d’amour, il l’accomplit en lui donnant l’amour, en ôtant la crainte de la peine, et en ne lui laissant que la bonne et sainte, crainte. Aussi, mon Fils disait à ses disciples pour montrer qu’il ne détruisait pas la loi : « Je ne suis pas venu pour- détruire la loi, mais l’accomplir » (S. Matth., V. 17 ). Comme s’il disait : Jusqu’à présent, la loi était imparfaite ; mais avec mon sang je la rendrai parfaite et je l’accomplirai en ce qui lui manque, parce que j’ôterai la crainte de la peine ; je l’établirai sur l’amour et sur la crainte sainte et filiale.
8.- Comment la Vérité est-elle connue? Par la lumière surnaturelle qui est donnée à qui veut la recevoir de ma grâce. Toute lumière qui sort de la sainte Ecriture, sort de cette lumière. Les ignorants, orgueilleux de leur science, s’aveuglent dans la lumière, parce que leur orgueil et les nuages de l’amour-propre en couvrent et en cachent la clarté. Ils comprennent la lettre et l’apparence de l’Écriture plus qu’ils n’en saisissent le sens ; ils goûtent la lettre en consultant beaucoup de livres, mais ils ne goûtent pas la moelle de l’Écriture, parce qu’ils sont privés de la lumière avec laquelle l’Écriture a été formée et présentée.
9.- Ceux-là s’étonnent et murmurent quand ils voient des gens sans instruction plus éclairés sur la vérité que (140) ceux qui ont longtemps étudié. Ce n’est pas surprenant, puisqu’ils possèdent la cause de la lumière d’où vient la science ; mais, parce que, les superbes ont, perdu la lumière, ils ne voient pas et ne connaissent pas ma bonté et la lumière de la grâce répandue sur mes serviteurs.
10.- Aussi je te dis qu’il vaut mieux prendre pour le conseiller de son âme une personne humble qui a une conscience droite et pure, qu’un savant orgueilleux qui a beaucoup étudié. Car on ne peut donner que ce qu’on a soi-même. Une vie de ténèbres change souvent en ténèbres pour les autres la lumière des Saintes Écritures. Tu trouveras le contraire dans mes serviteurs parce que la lumière qu’ils ont en eux, ils la présentent avec l’ardent désir du salut des âmes.
11.- Je te dis cela, ma très douce fille ; pour te faire connaître la perfection de l’état unitif, où l’intelligence est ravie par le feu de ma charité qui donne la lumière surnaturelle. L’âme m’aime avec cette lumière, parce que l’amour suit l’intelligence ; plus elle connaît, plus elle aime, et plus elle aime, plus elle connaît. L’intelligence et l’amour se nourrissent réciproquement.
12.- C’est par cette lumière que l’âme isolée du corps parvient à mon éternelle vision, où elle me goûte en vérité, comme je te l’ai dit en t’expliquant le bonheur que l’âme reçoit en moi. C’est l’état le plus élevé où l’âme dans sa vie mortelle puisse goûter la vie des Bienheureux. Souvent son union est si grande, qu’elle sait à peine si elle est avec son corps ou sans son corps. Elle a un avant-goût de la vie éternelle, parce qu’elle m’est étroitement unie, et que sa volonté est morte en elle : c’est cette mort qui l’unit à moi, et il n’y a pas d’autre moyen de s’unir à moi parfaitement. L’âme goûte la vie éternelle dès qu’elle est délivrée de l’enfer de sa volonté propre. L’homme souffre comme un damné quand il obéit à sa volonté sensitive.