Il y a une chose dans le coeur de l'homme qui est plus petite qu'une idée et plus grande qu'une idée... Plus petite parce qu'elle n'est pas une idée, et plus grande parce qu'elle est à la racine de la conscience. Cette chose, c'est l'image de Dieu imprimée dans l'âme créée.
Ceux qui désirent pleurer et ne le peuvent pas, ont des larmes de feu.- Pour quelle raison Dieu retire les larmes corporelles.
1.- Je t’ai parlé des larmes parfaites et imparfaites toutes sortent du coeur comme d’un vase, qu’elle qu’en soit la raison : aussi peut-on les appeler toutes des larmes. du coeur. Leur différence vient de l’amour réglé ou déréglé, parfait ou imparfait, comme je te l’ai dit : il me reste maintenant à te parler, pour satisfaire ton désir, de ceux qui souhaitent la perfection des larmes et semblent ne pouvoir l’atteindre.
2.- Y a-t-il une autre manière de pleurer? Oui, car il y a des larmes de feu, c’est-à-dire les larmes d’un vrai et saint désir, les larmes de ceux qui se consument d’amour et qui voudraient perdre la vie dans la douleur, par haine pour eux-mêmes, par zèle pour le salut des âmes ; et il semble qu’ils ne peuvent y réussir. Je te dis que ceux-là ont des larmes de feu, par lesquelles le Saint-Esprit pleure devant moi, pour eux et pour le prochain. Ma divine charité embrase de ses flammes cette âme, qui m’offre ses ardents désirs sans pouvoir pleurer.
3.- Ces larmes sont des larmes de feu, et c’est pour cela que je te dis que le Saint-Esprit pleure dans cette âme. Au lieu des larmes qu’elle ne peut répandre, elle offre le désir, la volonté qu’elle a de pleurer par amour pour moi. Lorsque mes serviteurs exhalent le parfum des saints désirs, et offrent en ma présence d’humbles et continuelles prières, l’Esprit Saint gémit en eux. C’est ce que mon glorieux apôtre saint Paul voulait exprimer lorsqu’il disait que l’Esprit Saint me sollicite pour vous par des gémissements inénarrables (Rom., VIII, 26).
4.- Tu vois donc que ces larmes de feu ne sont pas. moins efficaces que les larmes qui coulent des yeux. Souvent même elles valent davantage, selon la mesure de l’amour. L’âme ne doit donc pas se troubler et se croire privée de moi parce qu’elle désire les larmes et qu’elle ne peut en répandre comme elle le voudrait. Elle doit les désirer en conformant sa volonté à la mienne, et s’humilier (152) toujours, qu’elle les obtienne ou qu’elle ne les obtienne pas, selon qu’il plaît à ma bonté divine.
5.- Quelquefois je n’accorde pas les larmes dû corps, pour que l’âme persévère dans l’humilité, la prière et le désir de me goûter ; car si elle recevait de moi ce qu’elle me demande, elle n’en retirerait pas l’utilité qu’elle en attend, mais elle serait contente de posséder ce qu’elle désire, et ralentirait son ardeur. Pour soutenir et augmenter sa vertu, je la prive des larmes des yeux ; je lui donne des larmes du coeur tout embrasées du feu de ma divine charité. Je suis le médecin, et vous êtes les malades ; je donne à tous ce qui est nécessaire à votre salut et à la perfection de vos âmes.
6.- Ceci est la vérité et l’explication des différentes sortes de larmes que tu m’as demandée, ma fille bien-aimée. Baigne-toi dans le sang de Jésus crucifié, dans le sang de l’humble Agneau sans tache, et avance toujours dans la vertu, afin d’augmenter en toi le feu de ma divine charité.