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Annuaire Ecrits Eckhart

Oeuvres de Maitre Eckhart Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Oeuvres de Maitre Eckhart
de l'abnégation
De l'abandon des choses
de la vigilance
la puissance de la volonté
la puissance de la volonté (2)
du détachement
du détachement (2)
la retraite spirituelle
la retraite spirituelle (2)
Oeuvre et être
vie contemplative
de la pauvreté en esprit
de la perfection de l'âme
de la perfection de l'âme (2)
de la connaissance de Dieu
de l'union de Dieu et de l'âme
des justes

Eckhart né vers 1260 à Hochheim en Thuringe, il entre,en 1275, comme novice au couvent dominicain d'Erfurt.
Après des études brillantes consacrées après la première année de noviciat à l'étude des constitutions de l'Ordre (2 ans), puis à la philosophie (5 ans),enfin la théologie. 

A Cologne, Eckhart approfondit sa science des Ecritures et de la Théologie... Il fut envoyé poursuivre ses études au Studium Générale de Cologne pour l'élite de son ordre.
Vers 1293 il rejoint Paris alors capitale incontestée de la théologie chrétienne. Quelques années plus tard (avant 1298) il est nommé Prieur d'Erfurt et Vicaire général de Thuringe. Vers 1300, Eckhart est envoyé à nouveau à Paris où le titre de Maître en Ecriture sainte lui est accordé. En 1304, il est nommé provincial de Saxe. Le grade de licencié en théologie lui fut attribué directement par bulle pontificale...
Eckhart effectue un troisième séjour en Sorbonne où il compose les premiers commentaires de la Bible qu'il devait poursuivre (sans les achever) à Strasbourg et à Cologne. Par ce troisième séjour, tout à fait exceptionnel, le Thuringien est nommé à un poste universitaire de tout premier plan. Eckhart enseigne en qualité de Magister Actu Regens qui n'avait jamais été donné chez les Prêcheurs qu'au seul Thomas D'Acquin. En 1314, Eckhart prend la direction du Studium Generale de Strasbourg, dix ans plus tard, il préside celui de Cologne, le fleuron de son ordre.

La grâce divine

De l'accomplissement (Luc. 1, 26)

Oeuvres de Maître Eckhart

 

    Que veut dire toute force de la nature ? Qu'elle veut se produire elle-même au dehors ! Que veut dire toute nature, là

où elle se manifeste dans la procréation. Qu'elle veut se produire elle-même au dehors ! La nature de mon père voulait - à l'intérieur de sa nature (humaine) - produire un père. Comme elle n'était pas en état de le faire, elle voulut tout au moins produire quelque chose qui lui fût semblable en tout point, et produisit la chose la plus semblable qu'elle put : un fils !

Et quand la force ne peut même pas atteindre jusque-là ou que quelque accident arrive, elle produit un être humain encore plus dissemblable du père.

  Mais en Dieu il y a une force illimitée ! C'est pourquoi il produit son image ressemblante dans cette naissance : tout ce qu'il est en force, en vérité et en sagesse, il l'engendre dans l'âme sans déchet. Saint Augustin dit : ce que l'âme aime, elle lui devient semblable ; aime-t-elle des choses terrestres, elle devient terrestre, aime-t-elle Dieu - on pourrait demander : "Devient-elle Dieu alors ." Si je le disais, cela paraîtrait incroyable à ceux dont le sens est trop faible pour cela et qui, par conséquent, ne le comprennent pas. Je ne le dis pas, mais je vous renvoie à l'Ecriture qui dit : "J'ai dit, vous êtes des dieux !" - Quiconque tourne un regard d'espoir ou de confiance vers la richesse dont j'ai parlé plus haut, il comprend bien ceci : que jamais rien n'a été par la naissance aussi proche d'autre chose, aussi pareil, aussi un avec elle que l'âme l'est de Dieu dans cette naissance. Que si cela se heurte à quelque empêchement, en sorte que l'âme ne devienne pas pareille à Dieu en tous points, ce n'est pas la faute de Dieu ! Dans la mesure où elle a été dépouillée de toute imperfection, dans cette mesure il la rend aussi pareille à lui-même. Que le charpentier ne puisse faire une belle maison

avec du bois vermoulu, ce n'est pas sa faute, c'est celle du bois. De même pour l'opération de Dieu dans l'âme. Si l'ange le plus inférieur se reflétait dans l'âme ou naissait en elle, ce monde entier serait déjà, vis-à-vis de lui, un néant ; car une

seule petite étincelle de l'ange suffit à faire verdoyer et fleurir et briller tout ce qui est sur la terre. Et cette naissance c'est Dieu lui-même qui l'opère ! L'ange n'a rien à y faire d'autre qu'un ouvrage de serviteur.

  "Ave" cela veut dire : "sans douleur". Qui est sans créature est sans douleur et sans enfer ; et la créature qui l'est le moins et en a le moins en soi, elle a le moins de douleur. Je dis parfois : Qui, du monde, possède le moins, il en possède le plus. A personne le monde n'appartient tant en propre qu'à celui qui a renoncé au monde entier. Savez-vous par quoi Dieu est Dieu ? Par ceci qu'il est sans créatures ! Il n'a jamais nommé son nom dans le temps. Dans le temps est la créature, et le péché et la mort. Ils constituent d'une certaine manière une coterie, et quand l'âme s'est soustraite au temps il n'y a plus en elle non plus de mal ni de peine d'enfer. Même les misères deviennent pour elle une joie. Quoi qu'on puisse imaginer en plaisir et en joie, en délices et en ardeur d'amour, si on le compare au ravissement qui est éprouvé dans cette naissance, tout cela n'est plus de la joie !

  Je te salue, pleine de grâce ! La plus infime oeuvre de la grâce est d'une nature plus haute que celle de tous les anges. Saint Augustin dit : une oeuvre de grâce que Dieu opère, comme quand il convertit un pécheur et en fait un homme bon, est quelque chose de plus grand que s'il créait un monde nouveau. Car il est aussi facile à Dieu de retourner le ciel et la terre qu'à moi de retourner une pomme dans ma main. Quand la grâce est dans une âme, elle est si pure et si semblable à Dieu et parente avec Dieu ! Et pourtant la grâce n'opère à proprement parler rien - de même que dans la naissance dont je viens de parler il n'y a pas pas d'opération. La grâce n'opère aucune oeuvre : saint Jean n'a jamais fait un miracle. - Et pourtant l'oeuvre qui incombe à l'ange en Dieu est si sublime que jamais un maître ni l'esprit humain n'ont été en état de la comprendre. De cette oeuvre se détache et tombe un fragment, comme dans une maison que l'on démolit : un regard par quoi l'ange - c'est là ce qu'il accomplit de moins important - met en mouvement le ciel, par quoi verdoie et fleurit et vit tout ce qui est sur la terre.

  Je me sers volontiers de l'expression : source - il faut, bien que cela puisse paraître singulier, que nous parlions suivant notre sentiment ! Une source est celle où le Père engendre hors de lui-même son fils unique. De cette source justement la grâce jaillit et se répand au dehors. Une seconde source est celle où les créatures [émanant de Dieu]. Elle est aussi éloignée de celle d'où jaillit la grâce que le ciel l'est de la terre.

La grâce n'opère pas : là où le feu terrestre est dans sa vraie nature, il ne brûle ni ne consume ; seule la chaleur qui émane du feu brûle ici-bas. Là où la chaleur est encore enfermée dans la nature du feu, elle ne brûle pas et est inoffensive.

Et pourtant, là également où elle est encore enfermée dans le feu, elle est aussi éloignée de la vraie nature du feu que le ciel l'est de la terre. La grâce n'opère aucune oeuvre, elle est trop sublime pour cela : elle est aussi éloignée d'oeuvrer que le ciel l'est de la terre. Un être-au-dedans, adhérer, être un avec Dieu, c'est cela qu'est la grâce, et là est " Dieu avec toi ". Car cela en découle.

Dieu est avec toi : alors se produit la naissance ! Cela ne doit paraître impossible à personne d'en venir là. Si difficile que cela puisse paraître, qu'est-ce que cela me fait, puisque c'est Dieu, n'est-ce pas, qui le fait. Tous ses commandements me sont faciles à observer ! Qu'il me commande ce qu'il veut, je ne m'en soucie pas, tout cela est peu de chose pour moi : pourvu qu'il me donne pour cela sa grâce. Quelques-uns disent qu'ils ne l'ont pas ! Je réponds que cela me fait de la peine !

Mais si tu ne soupires pas après, cela me fait encore plus de peine. Si vous ne pouvez donc l'avoir, ayez pourtant le désir de l'avoir l que si l'on ne peut pas non plus avoir ce désir qu'au moins on désire avoir ce désir Comme le dit David : "J'ai soupiré ardemment, Seigneur, vers un désir de ta justice."

Puissions-nous soupirer ainsi vers Dieu, en sorte qu'il désire lui-même de naître en nous. Qu'à cela Dieu nous aide ! Amen.



 
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