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C'est dans le silence que l'on savoure le meilleur.

 
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Oeuvres de Maitre Eckhart Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Oeuvres de Maitre Eckhart
de l'abnégation
De l'abandon des choses
de la vigilance
la puissance de la volonté
la puissance de la volonté (2)
du détachement
du détachement (2)
la retraite spirituelle
la retraite spirituelle (2)
Oeuvre et être
vie contemplative
de la pauvreté en esprit
de la perfection de l'âme
de la perfection de l'âme (2)
de la connaissance de Dieu
de l'union de Dieu et de l'âme
des justes

De la retraite spirituelle

 

On m'a demandé : "Certaines gens se retirent rigoureusement de toute société et aiment être seuls : ils en ont besoin pour

leur recueillement ; ou ne doivent-ils pas en outre se trouver à l'église : n'est-ce pas cela le mieux ?" Non ! ai-je répondu. Et laisse-toi dire pourquoi ! Qui est dans la disposition d'esprit requise, tous les lieux lui conviennent, et toutes les société ; mais qui ne l'est pas, aucun lieu et aucune société ne lui convient. Le premier, en effet, il a Dieu en soi. Mais Dieu, si on l'a du tout, on l'a en tous lieux : dans la rue et parmi les gens aussi bien qu'à l'église ou dans un ermitage ou une cellule. Si quelqu'un l'a, et n'a que lui, personne parmi les hommes ne peut le troubler.

" Pourquoi ? "

  Dieu lui est un et tout ; et qui, en toutes choses, n'a purement que Dieu en vue, il porte Dieu dans toutes ses oeuvres et dans tous les lieux. Toute son action, c'est bien plutôt Dieu qui la fait. Car qui est cause d'une action, elle lui appartient en vérité plus qu'à celui qui ne fait que l'exécuter. Si, sans aucun regard de côté, Dieu est notre but, en vérité ! il faut qu'il soit l'auteur de nos actions. Et lui faire obstacle dans son action, personne absolument n'en a la puissance, même pas l'espace et la pesanteur. Ainsi personne n'a non plus la puissance de faire obstacle à cet homme. Car il ne désire et ne cherche rien et ne goûte rien, que Dieu : dans toutes ses intentions il devient un avec Dieu. Et de même qu'aucune multiplicité ne peut disperser Dieu, de même rien ne peut non plus disperser cet homme, ni le diversifier : il est un dans l'un, où toute diversité est unité, inviolable unité.

  C'est au milieu des choses que l'homme doit saisir Dieu et habituer son coeur à le posséder en tout temps comme quelqu'un de présent, dans le sentiment, dans l'esprit et dans la volonté. Fais attention à la façon dont tu es disposé envers ton Dieu, quand tu demeures dans l'église ou dans la cellule : tiens fermement la même disposition d'esprit et emporte-la au dehors parmi la foule et dans le tumulte, dans un monde si étranger ! Mais, comme je l'ai déjà souligné ailleurs : quand nous réclamons pour cela une égalité d'âme nous n'entendons pas qu'on doive tenir pour frugales toutes les occupations, ni tous les lieux, ni tous les hommes - ce serait tout à fait erroné : car, naturellement, prier est une meilleure oeuvre que filer, et l'église un lieu mieux approprié que la rue. Mais tu dois pendant le travail avoir une égale disposition d'esprit, et une fidélité égale et conserver vis-à-vis de ton Dieu un égal sérieux. Par ma foi ! si tu avais une telle égalité d'âme personne n'interromprait la continuelle présence de ton Dieu.

  Par contre celui pour qui Dieu n'est pas une telle possession intérieure, mais qui doit en tout aller le chercher du dehors ici ou là - où il le cherche donc d'une façon insuffisante, parmi des oeuvres déterminées, des gens ou des lieux : c'est justement ainsi qu'on ne l'a pas, et alors vient facilement quelque chose qui vous trouble. Et alors ce n'est pas seulement la mauvaise compagnie qui vous trouble, mais aussi la bonne, pas seulement la rue, mais aussi l'église, pas seulement les mauvaises paroles et actions, mais tout autant les bonnes. Car l'empêchement réside en lui : Dieu n'est pas encore né en lui.

S'il l'était il se sentirait, en tous lieux et en toutes compagnies, parfaitement bien et caché : il aurait toujours Dieu, et personne ne pourrait le lui prendre, personne ne pourrait faire obstacle à son oeuvre.

  Sur quoi repose donc une telle vraie possession de Dieu ? Elle repose sur le sentiment du coeur et sur une disposition d'esprit intérieure raisonnable, une orientation de la volonté vers Dieu. Non sur une idée fixe permanente de Dieu ! Ce serait d'ailleurs humainement impossible d'exécuter une pareille résolution, ou du moins extrêmement difficile, et en tout cas ce ne serait pas le meilleur. L'homme ne doit pas se donner pour satisfait avec une idée de Dieu - quand l'idée disparaît, le Dieu disparaît aussi. Mais on doit avoir un Dieu réel, qui est élevé au-dessus de la pensée de l'homme et de tout le créé. Ce Dieu ne disparaît pas, à moins qu'on ne s'en détourne volontairement.

 



 
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