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A partir de cet Evangile nous pouvons méditer sur le regard du Christ Ressuscité, car le fait que les disciples d'Emmaüs ne reconnaissent pas le Seigneur de suite doit nous interroger sur ce nouveau regard. C'est à ce cliché du regard caché que je vous invite à nous arrêter aujourd'hui.
Ce regard n'est donc plus celui que l'on connait et reconnait singulièrement. Ce regard n'est plus seulement un regard bouleversant d'un instant, regard qui en a décidé plus d'un à suivre le Christ et qui en a appelé beaucoup à la conversion de tout leur Être. Nous pouvons parfois penser : « Comme j'aimerai connaitre ce visage de Jésus ! Quelle chance ont eu ceux qui l'ont reçu de la sorte ! »
Si ce regard était le même que ceux que nous venons d'évoquer, les disciples auraient reconnu le Christ sur le champ ! Non, le regard du Christ n'est plus de ce monde, n'appartient plus seulement à l'apparence humaine, n'est plus seulement source de conversion « à vue ». Vous souvenez-vous de la réponse de Jésus à Pilate : « Mon Royaume n'est pas de ce monde. Si mon Royaume était de ce monde des soldats se seraient battu pour le défendre. Non, mon Royaume n'est pas de ce monde. » Et voilà que le nouveau regard du Christ nous montre Son Royaume Céleste qui n'est pas de ce monde, qui n'est pas connaissable par la vue de l'homme. Ce regard a donc une double inconnue : Il n'est plus une source de conversion « à vue » et, de plus, il n'est pas reconnaissable par la vue humaine. Ce regard, c'est donc le regard du Christ... Eucharistie ! « Il prit le pain, prononça la bénédiction et le leur donna... ALORS LEURS YEUX S'OUVRIRENT ET ILS LE RECONNURENT. » Voilà le visage du Christ Ressuscité, nous le trouvons dans l'Eucharistie ! Cette chance du regard du Christ mes frères, il nous appartient et c'est à nous de le saisir, par l'Eucharistie ! Alors nos yeux s'ouvriront et nous deviendrons de vrais adorateurs en Esprit et en Vérité. Et nous pourrons clamer comme Claude Bernard : « Ton regard Jésus, ton regard ! Il m'a ressuscité le soir de ton retour. Ton souffle m'a poussé au large de l'Amour : Va vers tes frères ! »
Ici se dévoile la clé de voute qui différencie les catholiques de nos frères protestants. Nous reconnaissons dans l'Eucharistie le regard du Christ Ressuscité et nous le contemplons, nous l'adorons dans la Sainte Eucharistie car telle est notre foi, notre source d'Espérance, notre source de sainteté de regard. Et nous devons être des modèles de ce regard intérieur qui ne juge pas, qui accepte tous les regards portés sur soi ou sur l'Eglise et qui les porte dans la prière, la prière étant ici le don au Christ de notre regard uni au sien. Nous devons toujours porter un regard christique, un regard bienveillant, un regard qui condamne le mal et non les hommes, la souffrance et non les souffrants, la distorsion due au mal et non les êtres distendues par la souffrance ou par le vécu. Le regard n'est pas génétique, pas plus que ne l'est totalement la vie d'un homme. Le regard est le portrait de l'âme, et de la même manière la vie de l'homme est le reflet de sa misère et de sa grandeur unies dans la vie, la première servant à hausser la seconde.
Le regard du Christ dans l'Eucharistie est l'expression même de l'âme mystique de Jésus vivant et crucifié allié à Sa Divinité. C'est en cela que ce regard allie celui de l'âme de l'homme Jésus crucifié et ressuscité à celui de la Transfiguration. Ce regard de l'âme du Christ rejoint sa divinité -à laquelle il est d'ailleurs uni- avant de nous parvenir et alors il nous illumine de joie. Ces paroles de Marcel Van éclaire cela : « Si j'avais été triste à cause de mes souffrances, certainement que je devrais l'être encore davantage maintenant dans le sacrement de l'Eucharistie... Mon petit Marcel, il n'en n'est pas ainsi. Plus je me sacrifiais pour les âmes, plus je désirais me sacrifier encore davantage, et toujours davantage. Et pour tout dire, c'est là une chose que seul l'Amour est capable de comprendre. » Voilà ce qui explique pourquoi les disciples d'Emmaüs avaient le coeur brulant pendant qu'Il leur parlait sur le chemin : parce que le regard de l'Eucharistie sur les hommes de peu de foi les préparait déjà à recevoir la joie du seul Dieu offert en victime et en Rédempteur. Ce regard porte et révèle en lui toute l'histoire de Dieu. Il se révèle en joie et en souffrance ; en joie de la souffrance portée sur Lui et en souffrance de notre misère, mais jamais en souffrance de la joie de se donner. Au regard de Jésus miséricordieux, dans sa mission, il manquait la vision de la souffrance de Dieu. Cette souffrance à la Croix voilà ce que revêt la joie du regard de Jésus Ressuscité. Voilà aussi ce qui nous empêche de le reconnaitre, de même qu'il n'était plus reconnaissable à la croix comme l'avait prédit Jérémie, et voilà ce qui fait que les hommes ne veulent plus en faire leur Roi maintenant que le pain a un regard de joie dans la souffrance. Mais voilà ce qui le rend Glorieux jusque dans le regard d'un ressuscité, voilà ce qui le rend à notre portée de contemplatifs et d'adorateurs. Voilà aussi notre vie de chrétien, nous devons être cela... en souffrance de la misère du monde mais toujours en joie de se perdre dans l'Eucharistie. Oui, nous perdre dans l'Eucharistie afin de nous retrouver dans les regards croisés sur les chemins de notre existence, afin de raviver sans cesse l'espérance de ceux qui désespèrent... telle est notre vie parce que telle fût la seule mission du Christ. L'Eucharistie est la seule voie de la transfiguration de l'être car L'Eucharistie est inséparable de la joie, et la joie est inséparable du chrétien. Amen.
p.Y
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