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16ème dim. temps ordinaire A
Aujourd'hui la liturgie nous enseigne que dans le coeur de chaque homme pousse le bien et que l'ennemi sème aussi le mal pour empêcher la victoire du Bien en nous. Cela pose alors le problème de la manière de lutter contre le mal. Il y a deux solutions, celle d'arracher l'ivraie ou celle de la laisser pousser jusqu'à la moisson, c'est cette seconde solution que préconise le Christ. Il est très important de noter que c'est pendant que les gens dormaient que l'ennemi est venu semer l'ivraie.
Aussi, si nous ne sommes pas des veilleurs qui maintenons notre lampe, notre foi en Dieu allumée, alors l'ennemi viendra semer de plus en plus d'ivraie et notre terre produira de moins en moins. Il y a deux semaines nous avons vu qu'il nous fallait faire attention de ne pas confondre le mal avec le bien, de ne pas tomber dans la fatalité qui conduit à dédouaner le mal et à le rendre inoffensif à nos yeux. La semaine dernière nous avons vu la parabole du semeur et de la graine qui tombe dans la bonne terre, la terre promise, la terre de Dieu, des Sacrements que le Christ nous a offerts pour prendre racine en Dieu Lui-même, en Dieu offert. Et curieusement, aujourd'hui cette parabole de l'ivraie qui ressemble au blé et se confond avec lui nous montre à nouveau le danger de ne pas différencier le bien du mal et ses origines fondamentales.
1°) Nous nous rendons compte que laisser pousser l'ivraie ne signifie donc pas de dédouaner le mal, de l'accommoder au bien parce que notre volonté n'arrive pas toujours à le dominer. Et le Christ nous enseigne en même temps que ce n'est pas par nos efforts que nous arriverons à vaincre cette ivraie, mais par la Miséricorde. La Miséricorde de Dieu séparera l'ivraie du blé à la fin de notre vie terrestre. La miséricorde que nous avons pour nous-même ou pour les autres nous permet de nous situer face au soleil ardent de l'Amour divin et de faire sécher l'ivraie plus vite que le blé, de réduire les effets de l'ennemi. C'est la raison pour laquelle si nous ne dormons pas du point de vue de la foi nous pouvons diminuer les effets du mal en nous d'une part, et ne pas succomber à la tentation première de dédouaner le mal, de s'en accommoder, de le rendre inoffensif à notre conscience pour nous donner bonne conscience d'autre part. Il y a un juste milieu à atteindre dans la vie spirituelle.
2°) Cet Evangile nous enseigne autre chose : à la fin des temps l'ivraie sera jetée au feu et ceux qui commettent le mal et font tomber les autres iront au châtiment éternel, c'est-à-dire qu'ils ne pourront avoir part au Royaume de la Miséricorde puisqu'ils ne l'ont pas cherché ici-bas ou ne se sont pas converti de leur perversité... Cela signifie bien que ce n'est pas pour le mal présent en nos coeurs ou pour les tendances de notre misère charnelle que nous serons condamnés. Il est extrêmement important de comprendre que nous ne sommes condamnés que si nous utilisons cette ivraie, cette mauvaise graine pour aller la répandre sur des innocents, sur d'autres personnes... C'est ce que l'on appelle communément la perversité de celui qui ne voit plus son mal, ne l'identifie plus ou ne veut pas l'identifier, se sert de son intelligence pour se convaincre que le mal vers lequel il tend est un bien de la nature, et retourne sa désespérance ou son fatalisme, (voire sa perversion dans certains cas) en perversité pour commettre ce que le péché engendre en lui. Orgueil, luxure, paresse, gourmandise, envie, colère, avarice sont les sept péchés dit « capitaux ». Ces péchés se développent dans l'être par paliers successifs que le démon engendre en nous lorsque nous nous endormons dans la foi. D'abord il nous conduit à vouloir lutter de nos propres forces contre tel ou tel défaut en vain. Cela conduit soit au désespoir, soit à la négation du mal dans un second temps. Puis vient le temps où l'on accuse Dieu d'avoir "râté" sa création et d'être en quelque sorte à l'origine du mal par le fait qu'il le laisse se répandre dans le monde et dans le coeur des hommes. Ensuite, l'homme s'enferme dans la révolte intérieure et les péchés capitaux sont aussi à l'origine de la diffamation ou de la médisance, car ces péchés se nourrissent de la délation avérée ou imaginée pour entretenir une fausse apparence de force, de pouvoir, de supériorité, dénoncée dans la première lecture du Livre de la Sagesse... Cette fausse force donc, est en fait une compensation dû à la frustration première de ne pas arriver à se dominer ou à trouver la vraie force qui permet de surmonter ses défaillances personnelles. Elle est donc le fruit du travail du démon, de la fausse récolte imagée par l'ivraie dans cette parabole.
3°) Nous comprenons donc que le Christ ne nous invite pas à laisser pousser l'ivraie pour la fertiliser et la répandre en nous (par négation des effets de l'ivraie, par endormissement de la foi, par fatalité due à un désespoir, ou bien évidemment par perversité) ou chez les autres. Le Seigneur veut que nous prenions patience -et par cette parabole nous prévient que dans toute vie il y a une lutte du bien et du mal au plus profond de l'être humain- que nous soyons à la fois miséricordieux envers nous-même et envers les autres tout en demeurant fermes dans la foi (qui maintient dans la droiture grâce au lien de cette vertu avec le Don d'Intelligence). C'est en cela qu'Il a institué le Sacrement de Réconciliation, que l'on pourrait aussi appeler le Sacrement de Miséricorde, non pas tant pour arracher l'ivraie (car nous plongerions dans l'orgueil de nous croire supérieurs et nous arracherions le blé avec l'ivraie) mais pour nous maintenir fermes dans la foi en la victoire du bien sur le mal dés ici bas par la grâce de Dieu. Ainsi, se confesser toujours de "la même chose" est le refrain fréquent des pénitents. Il s'agit non pas là d'une banalisation de ce Sacrement que de se confesser toujours des mêmes défauts mais bien plutôt d'un acte d'humilité qui peut conduire à se maintenir dans l'espérance par les encouragements que l'on trouve dans cette grâce spéciale d'un Dieu de Miséricorde. Cette grâce nous a été accordée lors de notre baptême dans la pureté d'un coeur de petit enfant (ou de catéchumène), et elle est renouvelée et renforcée dans notre vie par ce Sacrement de Réconciliation qui nous permet de prendre conscience et de notre ivraie (de notre misère) d'une part, et de la miséricorde de Dieu d'autre part, de son lien d'Amour étroit avec chacun d'entre nous. Ce travail de l'Esprit Saint en nous, la seconde lecture l'exprime clairement et parfaitement ("Nous ne savons pas prier comme il faut. L'Esprit Saint s'exprime en nous par des cris inexprimables"...) Alors nous comprenons la première lecture : « Ta force (Seigneur) est à l'origine de ta justice, et ta domination sur toute chose te rend patient envers toute chose.» Demandons à Dieu de nous donner cette sagesse dans la force, cette assertivité spirituelle, cette détente de l'âme qui prend racine dans la force imperturbable de Dieu Lui-même, force qui ne panique pas face à l'adversaire et qui ne prend pas pour autant son parti. Amen.
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