Un autre Grégoire, cependant, le frère de Basile, récemment nommé évêque de Nysse, était arrivé à Nazianze pour consoler et encourager le nouveau prélat. On peut se demander si la démarche était opportune; Grégoire de Nysse, qui avait en toutes choses les intentions les plus pures, se trompa quelquefois par excès de zèle. Grégoire de Nazianze, prêchant devant lui, ne put s'empêcher de faire un parallèle entre les deux frères, et de mettre en pendant la compassion de l'un et ce qui lui paraissait être l'humeur impérieuse de l'autre. Bientôt, cependant, un nouvel incident se produisit. La passion de la solitude fut un instant la plus forte : se dérobant à ses nouveaux devoirs, Grégoire s'enfuit au désert ou se réfugia dans quelque maison de retraite. Son père et Basile eurent beaucoup de peine à le décider au retour. Il revint cependant à Nazianze; dans un discours mélancolique, il y pleura son repos perdu. « Je désirais, dit-il, laisser à d'autres les travaux et les honneurs, les combats et les victoires; je voulais me créer une vie de méditation et de paix, traverser sur une petite barque un étroit océan, me bâtir modestement une petite maison pour l'éternité. » Mais, ajoute-t-il, « l'amitié, d'une part, de l'autre les cheveux blancs de mon père l'ont emporté : cette vieillesse qui touche presque au port, et cette amitié qui est riche en Dieu et qui enrichit les autres de ses dons ! » Aussi, conclut le pieux orateur, « j'abjure désormais toute colère, je regarde d'un œil calme la main qui m'a fait violence, et je souris à l'Esprit; ma poitrine haletante s'apaise; la raison revient; l'amitié, cette flamme qui était assoupie et presque éteinte, se rallume et revit. » Je regrette d'être obligé d'interrompre ces citations; rien autant que ces trois discours ne fait comprendre l'âme délicate, hésitante, prompte à s'éloigner et à revenir, l'âme sainte et douloureuse de Grégoire de Nazianze. Peut-être n'est-il pas de meilleure explication de la conduite de Basile, qui se sentait obligé de suppléer par une volonté ferme à l'indécision de son pieux ami. Accoutumé à tout regarder d'un point de vue supérieur, il ne songea peut-être pas assez à la disproportion qu'il y avait entre le petit siège de Sasimes et le mérite de Grégoire. Ou s'il y songea, ce fut pour dire que « le nouvel évêque ne tirerait aucun lustre de sa résidence, mais au contraire illustrerait celle-ci; car il est d'un homme vraiment grand de n'être pas seulement prêt aux grandes choses, mais de grandir par ses talents celles qui semblent infimes. » Si même Basile manqua en quelque chose aux ménagements que l'extrême sensibilité de son ami eût demandés, ou si Grégoire, de son côté, se froissa ou se découragea avec excès, nous contemplerons d'un œil ému la passagère imperfection mêlée à de si hautes vertus, et nous remercierons Dieu de nous laisser voir en ses saints quelque reste d'humaine faiblesse. Ajoutons, cependant, que l'approbation donnée sans réserves par le vénérable évêque de Nazianze à la conduite de Basile semble propre à disculper celui-ci de tout reproche.