|
Page 9 sur 9
La Basiliade
La calomnie, qui suit toujours les grandes entreprises, ne pouvait manquer de noircir les desseins de Basile et d'incriminer ses intentions. On effraya le gouverneur. On lui dénonça dans l'évêque un rival, et dans les édifices dédiés à la charité une seconde Césarée, destinée à éclipser la première. Il est certain que l'établissement formé par Basile avait les apparences d'une véritable cité. Le peuple l'appelait la Basiliade, nom qu'elle gardait encore au Ve siècle. Tant d'intérêts se sentaient attirés vers elle, que peu à peu le centre d'activité de Césarée paraît s'être déplacé, et que la population abandonna graduellement l'ancienne ville pour se grouper, un ou deux milles plus loin, autour des constructions religieuses et hospitalières. Mais ce résultat, que Basile n'avait pas cherché, ne se produisit probablement pas de son temps. A coup sûr, Basile était innocent de toute pensée d'ambition. On allait à lui et à ses fondations, comme, aux époques où toutes les institutions semblent déclinantes ou mortes, on va d'instinct là où se manifeste la vie. Basile n'aurait pu aisément répondre cela au représentant de l'autorité impériale : mais il n'eut pas de peine à se justifier auprès de ce magistrat, qui était un excellent chrétien, et l'un des meilleurs administrateurs qu'ait eu la Cappadoce. Il sut lui faire apercevoir tout l'éclat que l'œuvre nouvelle ferait jaillir sur la ville, sur la province, sur le gouverneur lui-même. A ceux, d'ailleurs, qui l'accusaient d'arrogance et de faste, il eût suffi, dit saint Grégoire de Nazianze, de montrer Basile au milieu de ses malades et de ses pauvres. Il laissait à d'autres les tables somptueuses, les riches vêtements, les élégants équipages : son luxe était d'être parmi ses lépreux et de coller ses lèvres sur leurs plaies saignantes. Recommandez (11) | L'article sur votre site ? | Pages vues: 408
|