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Basile avait manifesté l'intention de ne pas écrire : cependant, le zèle l'emporta, et lui inspira une nouvelle lettre « aux évêques d'Italie et de Gaule. » Malgré la monotonie de telles citations, il est impossible de ne pas reproduire ici la description très précise qu'il donne des maux causés par la persécution arienne. « Les pasteurs sont chassés, les troupeaux dispersés, et, ce qui est plus triste, le peuple refuse aux victimes le nom de martyrs, parce que les persécuteurs se parent eux-mêmes de celui de chrétiens. On ne punit plus sévèrement qu'un crime : la fidélité aux traditions paternelles. Ceux qui en sont coupables sont expulsés de leur patrie et relégués dans les déserts.... Tandis qu'aucun scélérat n'est condamné sans preuves, il suffit de la plus légère calomnie pour faire prononcer la condamnation d'un évêque, et l'envoyer au supplice. Quelques-uns sont enlevés de nuit, conduits dans les pays lointains, sans avoir été confrontés avec leurs accusateurs et avoir même comparu devant un tribunal... Les prêtres, les diacres s'enfuient : le clergé se dépeuple... Les jours de fête sont changés en jours de deuil : il n'y a plus d'assemblées de chrétiens, plus de prédicateurs, plus de veillées pieuses, plus de joies spirituelles. Les maisons de prière sont fermées; les autels restent sans sacrifices... Les enfants sont élevés dans des doctrines impies... On enseigne une Trinité mutilée où le Fils ne participe pas à la nature divine, où le Saint-Esprit est une créature... Les âmes des ignorants s'habituent à ces blasphèmes... Par les baptêmes, par l'hospitalité envers les voyageurs, par la visite des malades, par les consolations prodiguées aux malheureux, par l'administration des sacrements, les hérétiques s'insinuent dans le peuple; le mal fait de tels progrès que, si on ne se hâte de l'arrêter, il deviendra inutile de rendre la liberté aux catholiques : beaucoup, séduits par une longue erreur, ne reviendront plus à la vérité. » Saint Basile craint que la contagion de ce mal ne s'étende. « L'hérésie est une bête dévorante : on peut redouter qu'après avoir fait sa pâture de nos Églises, elle ne se glisse ensuite jusqu'aux vôtres, plus saines et mieux préservées. » Certes, pour arrêter cette contagion les moyens spirituels sont préférables à tous les autres. Mais une expérience récente a montré qu'ils sont parfois moins efficaces et surtout moins rapides qu'on n'eût espéré d'abord. Basile a maintenant la pensée d'une intervention de nature différente. Ce qui fait en Orient la force de l'hérésie, c'est qu'elle a su gagner à sa cause le pouvoir impérial. Le souverain qui règne en Occident s'est, au contraire, montré soucieux de garantir à ses sujets la paix religieuse. Mais il a toujours évité de s'engager à fond, et de se faire le champion déclaré de l'orthodoxie. « Ceci est l'affaire des évêques, » répondit un jour Valentinien à quelqu'un qui lui demandait de prendre parti dans les querelles religieuses. Si l'on peut obtenir qu'il sorte d'une réserve à bon droit jugée excessive, et le toucher de pitié pour les catholiques orientaux, ceux-ci, assurément, seront sauvés. Valentinien est tout-puissant sur son frère Valens, qui lui doit le trône. A cette œuvre Basile convie maintenant les évêques. « Ce que nous demandons surtout, leur écrit-il, c'est que, par les soins de votre piété, le trouble de nos affaires soit porté à la connaissance de l'empereur qui gouverne la partie du globe où vous habitez. » Cet appel ne parvint pas tout de suite à ceux à qui il était adressé. Le mémoire de Mélèce, pour lequel Sanctissime recueillait avec zèle des signatures, la correspondance des évêques, et en particulier la lettre de Basile, devaient être portés en Occident par le prêtre Dorothée (probablement distinct du diacre de ce nom). Mais le voyage de celui-ci paraît avoir subi d'assez longs retards, dus à l'hiver et aux brigands qui infestaient tout le pays, de la Cappadoce à Constantinople. Il fut un instant question de lui adjoindre Grégoire de Nysse, sans doute pour donner plus d'éclat à sa mission. Basile ne fut pas de cet avis : la douceur et la simplicité de son frère, peu accoutumé aux usages des cours, ne lui paraissaient point propres à traiter avec « un homme assis sur un trône sublime, d'où il entend à peine ceux qui d'en bas lui disent la vérité ». Ce langage, par lequel est évidemment désigné le pape Damase, surprend après la lettre si cordiale de 371 : c'est le premier symptôme d'un malentendu qui dura quelque temps, et eut surtout pour cause la manière différente d'apprécier les affaires d'Antioche. Peut-être aussi Basile s'irritait de la lenteur avec laquelle, à Rome, étaient étudiées les questions si multiples de doctrines et de personnes, qui se rattachaient à la pacification religieuse de l'Orient. Celle-ci cependant fit tout à coup un pas considérable, auquel les lettres enfin portées en Occident par Dorothée ne furent probablement pas étrangères.
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