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CAUSES ET RAISONS POUR LESQUELLES LE CHRIST A VOULU SE DONNER VOILE ET CACHE DANS LE SAINT SACREMENT, ET NON PAS A DÉCOUVERT DANS LA FORME QU'IL POSSÉDAIT ALORS SUR LA TERRE ET QU'IL A MAINTENANT DANS LE CIEL.
Il y a beaucoup de gens grossiers et insensés, qui prétendent être plus sages que le Christ, la Sagesse de Dieu. Ils se demandent pourquoi le Christ a voulu se donner dans le saint Sacrement voilé et caché, au lieu de paraître à découvert, tel qu'il était alors et qu'il est maintenant dans le ciel.
La sainte Écriture leur donne la réponse, en disant : «Tout ce que Dieu a fait est très bien, et tout ce qui vient de lui est bien ordonne (59) . » Le prophète Isaïe dit aussi: «Une lumière s'est levée pour le peuple qui errait dans le royaume des ténèbres et de la mort (60) .» Cette lumière c'est le Christ, selon la parole de saint Jean : « Et la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres n'ont pu la saisir (61) . » C'est pourquoi saint Paul enseigne qu'actuellement nous voyons comme dans un miroir et une ressemblance; mais dans la vie éternelle, nous verrons face à face la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ (62) . Nous le connaîtrons clairement comme il nous connaît lui-même dès maintenant. Mais nous pouvons déjà le connaître dans la lumière de notre foi, comme le connaissaient les apôtres, aussi bien avant sa mort qu'après sa résurrection. Ils voyaient un homme, mais leur foi leur disait qu'il était Dieu et que la divinité se cachait dans l'humanité.
De même, nous voyons des yeux de notre corps le saint Sacrement et nous croyons que le corps de Notre-Seigneur s'y cache pour nous. Si le Seigneur, en effet, se montrait à nous avec la gloire et la clarté qu'il a dans le ciel, nous ne pourrions les soutenir. Car nos yeux sont mortels et la seule clarté du corps de Notre-Seigneur nous aveuglerait et ferait défaillir tous nos sens. Voyez par là combien grande, au-dessus de toute compréhension, doit être la clarté spirituelle de son âme et de sa divinité. C'est pourquoi, vous le savez, Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu voiler et envelopper dans les sacrements et dans des signes sensibles tout ce qu'il nous a donné comme fondement de notre vie spirituelle. Il en est ainsi pour le saint Baptême, qui donne entrée à la vie éternelle : l'eau et les paroles consacrées le constituent pleinement. Tous les autres dons que le Christ a confiés à son Église sont également voilés sous différents symboles, comme le chrême, l'huile, certaines paroles et certains actes, des signes et des sacrements, le tout d'après des règles fixes et selon les besoins de chacun.
Mais surtout le Seigneur de tous les dons, Jésus-Christ, a voilé et caché pour nous sa chair et son sang dans le saint Sacrement, par la vertu de ses paroles. Et il l'a fait afin de nous obliger à vivre ici-bas, au milieu de tous ses dons, avec une foi ferme et non dans la claire et glorieuse contemplation; car c'est par la foi intègre que l'on mérite la contemplation éternelle.
C'est pourquoi ils sont insensés ceux qui veulent transporter la vie éternelle et la gloire de Dieu dans le temps, ou le temps dans l'éternité, car les deux choses sont également impossibles.
Voir Notre-Seigneur comme il est au ciel rendrait impossible autant qu'inhumain de manger son corps et de boire son sang. Mais actuellement c'est le Sacrement que nous mangeons réellement, et par le fait du Sacrement, nous mangeons la chair du Seigneur et buvons son sang, dans notre âme, par la foi et l'amour; et ainsi nous sommes unis à lui et lui à nous. Cette union amoureuse, le Christ, la Sagesse de Dieu, l'a conçue dans sou esprit, et l'a réalisée en vérité dans ses œuvres, telle qu'elle existait en figures et en symboles dès le commencement du monde.
Notez bien cette union d'amour que le Christ veut avoir avec nous tous. Avant la consécration, toutes les hosties que, dans tout l'univers, les prêtres ont devant eux, ne sont ensemble qu'une seule substance de pain. À la consécration, par un effet de la puissance de Dieu, la substance du pain est changée en la substance du corps de Notre-Seigneur, la substance et le corps mêmes qu'il a dans le ciel : et dans le Sacrement, nous le recevons tous ensemble substantiellement. Mais dans la substance nous recevons aussi tout ce qui ne fait qu'un avec elle essentiellement, c'est-à-dire la longueur, l'étendue, la grandeur, tout ce qui appartient au corps et ne fait qu'un avec la substance. C'est là ce que nous recevons tous dans le Sacrement. De cette manière, le corps de Notre-Seigneur se trouve sacramentellement dans tous les pays, en tous lieux, dans toutes les églises; nous pouvons le lever et le déposer, le porter et le conserver dans des pyxides, le prendre dans le ciboire, le donner et le recevoir.
Mais s'il s'agit de la forme qu'il a au ciel, avec ses mains, ses pieds et tous ses membres et la plénitude de gloire qu'il possède devant les anges et les saints, alors il ne quitte pas le lieu où il est, et sa demeure y est permanente. Sous cette forme, nous ne pouvons le recevoir ni actuellement, ni jamais.
Cependant, au dernier jour, lorsque nous entrerons au ciel avec nos corps glorieux, nous serons avec le Seigneur et chez le Seigneur; nous contemplerons de nos yeux de chair sa face glorieuse et nous entendrons de nos propres oreilles sa voix douce et pleine d'amour, et ainsi notre cœur et nos sens seront remplis de sa gloire. Dès lors nous nous fondrons d'amour et de joie en lui, et lui en nous.
Bien que ce soit là une gloire accidentelle dans le ciel, parce qu'elle vient de l'extérieur et qu'elle est sensible, nous ne pouvons cependant, tant que nous sommes ici-bas, contempler sous une telle clarté la face de Notre-Seigneur: nos sens ne pourraient la soutenir. Nous devons donc maintenant cheminer dans la foi chrétienne et recevoir le saint Sacrement avec dévotion, révérence et amour, afin de pouvoir après cette vie connaître et goûter la béatitude éternelle. Amen.