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Le miroir du Salut Eternel |
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Page 16 sur 28 CHAPITRE XIV.
DE LA CINQUIÈME CATÉGORIE DE PERSONNES.
Voici maintenant la cinquième catégorie de ceux qui vont au Sacrement. Ce sont des gens préoccupés et pleins d'eux-mêmes, qui se croient justes et saints, habiles et sages plus que tous, pour ce qui est à faire ou à omettre. Ils ne sont pas illuminés de Dieu, et c'est pourquoi ils ont grande estime pour eux-mêmes et pour leurs œuvres.
Le plus souvent, ils visent à l'effet, voulant paraître saints et être réputés tels. Ils veulent toujours avoir l'avantage sur les autres hommes, qu'il s'agisse de se confesser ou de recevoir le Sacrement; et lorsque quelqu'un en fait plus qu'eux, ils s'en fâchent et s'en chagrinent, car il semble qu'on leur fasse tort dès qu'on les devance; ils sont susceptibles et chatouilleux, aimant qu'on les loue et les honore, mais non qu'on les humilie ou qu'on leur résiste. Être appelés saints, être entourés d'honneur et de bien-être, ils l'acceptent volontiers. En aucune chose ils ne souffrent d'être dirigés, enseignés ni repris; mais ils veulent eux-mêmes diriger, enseigner et reprendre tous ceux qui les approchent. Et encore qu'à l'église ils soient appliqués à lire, à prier, à s'agenouiller en belle forme, dès qu'ils rentrent chez eux ils se montrent durs, âpres, chagrins, grondeurs, d'un abord difficile pour leurs domestiques et tous ceux qui les entourent. Pourtant ils ont la hardiesse et l'audace d'aller souvent au Sacrement; car tout ce qu'ils font leur paraît juste et bien fait, ou seulement faute légère, quand ils ne rejettent pas sur autrui leurs propres fautes.
Aussi, tant que ces gens se complaisent de la sorte en eux-mêmes, leur esprit demeure plein d'orgueil et ils sont incapables de reconnaître le mal qui naît d'une telle racine, car ils croient mériter tous égards et avoir toujours raison en toutes choses.
Si, en ces circonstances, ils peuvent éviter le péché mortel, à cause de leur ignorance et des multiples confessions qu'ils font, leur vie est néanmoins fort dangereuse. Lorsqu'ils se confessent, on doit leur montrer souvent de la sévérité, les reprendre et les châtier de leur orgueil, et leur dire en toute franchise: « À la rigueur, à cause de la miséricorde du Seigneur, on peut vous donner le saint Sacrement aux grandes fêtes, pour que vous ne soyez pas sans espoir et que vous puissiez patienter. Mais si vous étiez doux et humble, vous pourriez sans cesse vous nourrir du Christ et grandir en lui, en même temps que profiter dans toutes les vertus. »
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