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Avoir peur du silence c'est avoir peur de son « moi », être trop sûr de lui. Être trop sûr de son « moi » c'est être trop « raisonneur ».

 
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Le miroir du Salut Eternel Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Le miroir du Salut Eternel
Prologue
Doctrine de ce livre
Les commençants (débutants)
Ceux qui progressent
Recevoir le Sacrement
Du Saint Sacrement
Matière et forme du St Sacrement
Christ donné dans le St Sacrement
De l'Amour de Dieu
Du Christ caché
De ceux qui communient
2° catégorie de personnes
3ème catégorie de personnes
4ème catégorie de personnes
5ème catégorie de personnes
6ème cat. de personnes
7ème cat. de personnes
De la vie contemplative
De l'Adoration
De l'état de vide...
Dignité du Fils de Dieu
De la vraie contemplation
De la nature de la vie
De la vie supérieure
De l'essence de la vie sup.
De la super-essence de la vie sup.
Bibliographie et notes

CHAPITRE I.
 

COMMENT IL FAUT ENTENDRE LA DOCTRINE DE CE LIVRE.
 

     Chère et bien-aimée en Notre-Seigneur, j'ai ferme espoir et confiance que vous avez été vue de lui, appelée, élue et aimée de toute éternité; et non pas vous seule, mais encore tous ceux qui au monastère font vraiment profession devant sa face glorieuse; tous ceux qui librement et sans feinte font choix de le servir, de le louer et de l'aimer pour toujours. Car c'est là un témoignage véridique et un signe certain que dès l'éternité Dieu les a vus, élus et appelés par pure bonté, en compagnie de ses bien-aimés, pour vivre dans sa maison.

     Bien que vous soyez encore novice, prenez cependant toute l'observance, et faites déjà profession dans l'amour et la vraie sainteté. Embrassez franchement et d'un cœur libre ce que vous avez choisi, et vous comprendrez alors que vous avez été élue de Dieu éternellement. C'est pour ses bien-aimés élus qu'il a envoyé son Fils unique, un avec lui en substance et devenu un avec nous en nature, afin de nous consacrer sa vie, son enseignement, son amour jusqu'à la mort. De fait il nous a rachetés et délivrés de tous nos ennemis ainsi que de tous nos péchés, nous tous sans distinction, nous laissant aussi à tous ses sacrements.

     Si donc vous êtes décidée à faire choix de lui par amour, c'est un signe que vous êtes élue dès l'éternité. Et afin de vous donner foi et pleine confiance en lui, il vous a livré sa chair et son sang en nourriture et en breuvage. La saveur en doit pénétrer tout votre être et alimenter votre âme jusqu'à la vie éternelle. Il veut, en effet, vivre et habiter en vous, et être lui-même votre vie, lui Dieu et homme; il veut être entièrement vôtre, pourvu que vous consentiez à être pleinement à lui, à vivre et à habiter en lui, comme un homme céleste et divin.

     C'est l'ordre et la conduite de l'amour éternel que vous soyez à lui et non pas à vous-même, que vous viviez pour lui et non pour vous. Car, de son côté, il est devenu vôtre et vous a consacré sa vie, afin de vous appartenir pour toute l'éternité. Vivez donc aussi pour lui et chantez ses louanges ; recherchez-le, aimez-le et servez-le pour sa gloire éternelle, et non pas seulement en vue d'une récompense ou d'un bien propre, d'une satisfaction, d'un bonheur, ou de quoi que ce soit qui puisse en résulter pour vous. Car l'amour véritable ne poursuit pas ce qui est sien, et c'est pourquoi il est riche de Dieu et de toutes choses, s'élevant au-dessus de la nature par la grâce.

     Donnez au Christ, votre Époux, tout ce que vous êtes, tout ce que vous avez et ce qui est en votre pouvoir. Faites-le d'un cœur libre et généreux en retour, il vous donnera tout ce qu'il est et tout ce qui est en son pouvoir; jamais vous n'aurez vu jour si joyeux. Il vous ouvrira son cœur aimant et glorieux, ainsi que l'intime de son âme toute remplie de gloire, de grâce, de joie et de fidélité. Vous y trouverez bonheur et croissance et vous grandirez en amour affectif. La plaie ouverte de son côté sera pour vous la porte de l'éternelle vie et l'entrée de ce paradis vivant qu'il est lui-même.

     Vous y goûterez le fruit de vie éternelle, produit pour nous par l'arbre de la croix, ce fruit que nous avait fait perdre l'orgueil d'Adam et que nous avons recouvré dans l'humble mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ, notre paradis vivant. En lui et de lui coule la source de santé éternelle, et de ses blessures s'échappe un baume qui guérit tous les maux. Le parfum en est si fort qu'il met en fuite tous les serpents diaboliques et ressuscite ceux qui sont morts dans le péché; il donne la grâce et la vie éternelle.

     D'autre part, dans l'intime même de Notre-Seigneur Jésus-Christ coulent des fleuves de miel, qui dépassent en suavité et en douceur tout ce qui peut être imaginé. Puissiez-vous y pénétrer, en goûter et ressentir la douceur ! vous triompherez alors facilement du monde, de vous-même et de tout chose. Car le Seigneur vous montrera le chemin d'amour qui conduit à son Père, chemin qu'il a suivi lui-même et qu'il est lui-même; il vous fera connaître comment son humanité constitue une digne offrande, cette humanité qu'il vous a donnée avec toutes ses souffrances, afin de vous permettre de vous présenter hardiment à la cour céleste, ayant obtenu pour vous la paix avec la liberté.

     Vous devez donc présenter et offrir le Christ d'un cœur humble et généreux, comme votre vraie offrande et le trésor qui a servi à votre délivrance et à votre rachat. À son tour il vous offrira avec lui-même à son Père céleste, comme le fruit bien-aimé pour lequel il est mort et le Père vous accueillera avec son Fils dans un embrassement plein d'amour.

     Voyez, là tous les péchés sont pardonnés, toute dette est payée, toute vertu accomplie, et l'Amour unit le bien-aimé à son bien-aimé. Lorsque vous serez ainsi en sa possession, vous expérimenterez et connaîtrez que vous vivez dans l'amour et que l'Amour vit en vous : ce qui est la source de la vraie sainteté. Car on ne va au Père que par le Fils, par sa passion et par sa mort, en s'y appliquant par l'amour (3) . Ceux qui veulent monter et pénétrer d'une autre manière se trompent, ce sont voleurs et larrons qui appartiennent au feu de l'enfer.

     Mais dès que le Fils vous a présentée avec lui-même à son Père, dans sa mort, vous recevrez l'embrassement d'amour; et l'Amour vous est donné comme un gage de l'achat, qui a été fait de vous pour le service de Dieu, et comme des arrhes par lesquelles vous êtes établie en possession de son royaume. Dieu ne peut pas retirer son gage, car ce gage c'est tout lui-même et tout ce qui est en son pouvoir. Voyez, en effet, le gage et les arrhes qui vous sont données, c'est l'Esprit-Saint (4) , qui constitue votre dot et votre douaire ou trésor, et Jésus votre Époux vous en a constitué l'héritage dans le royaume de son Père.

     Veillez donc soigneusement à bien garder et tenir votre gage et votre douaire, dans l'unité d'amour, avec Jésus votre Époux bien-aimé (5) . Car c'est dans l'unité d'amour que se renouvellent sans cesse ceux qui consacrent dignement à Dieu leur vie et leur service.

     Il y en a trois catégories, dans lesquelles rentrent tous ceux qui appartiennent à la famille de Dieu. La première comprend les hommes vertueux de bonne volonté, qui, vainqueurs d'eux-mêmes, meurent sans cesse au péché. La deuxième, ce sont les hommes intérieurs, riches de leur vie, qui pratiquent toutes les vertus dans la plus haute perfection. La troisième catégorie se compose des hommes élevés, tout remplis de lumière, qui expirent sans cesse dans l'amour et s'anéantissent dans l'unité avec Dieu.

     Ce sont là trois états ou trois degrés, où se pratiquent tous les modes de sainteté; et lorsque ces trois états se rencontrent dans le même homme, il vit alors selon l'entière volonté de Dieu. Faites attention maintenant à ces trois états ou modes de vie, avec leurs différences. Je vous les montrerai et expliquerai, afin que vous puissiez bien vous connaître vous-même et ne point vous estimer meilleure ni plus sainte que vous n'êtes (6) .
 


 
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