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Le miroir du Salut Eternel Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Le miroir du Salut Eternel
Prologue
Doctrine de ce livre
Les commençants (débutants)
Ceux qui progressent
Recevoir le Sacrement
Du Saint Sacrement
Matière et forme du St Sacrement
Christ donné dans le St Sacrement
De l'Amour de Dieu
Du Christ caché
De ceux qui communient
2° catégorie de personnes
3ème catégorie de personnes
4ème catégorie de personnes
5ème catégorie de personnes
6ème cat. de personnes
7ème cat. de personnes
De la vie contemplative
De l'Adoration
De l'état de vide...
Dignité du Fils de Dieu
De la vraie contemplation
De la nature de la vie
De la vie supérieure
De l'essence de la vie sup.
De la super-essence de la vie sup.
Bibliographie et notes

CHAPITRE XIX.

DE L'ÉTAT DE VIDE DANS LA NATURE SIMPLE
ET LA PURETÉ DE L'ESPRIT.
 

     Comprenez maintenant en élevant bien haut votre esprit; car ici l'homme dépasse toutes ses puissances et leur activité, et parvient à un état de vide dans la nature simple et la pureté de l'esprit.

     Or, cet état de vide, c'est en nous l'évanouissement de toutes images. La nature simple, c'est le regard tourné vers la vérité éternelle. La pureté de l'esprit, c'est l'union avec l'Esprit de Dieu, là où nous nous sentons unis avec Dieu, unité en Dieu, un même esprit avec Dieu et nous dépassant en Dieu.

     Cette union vivante que nous expérimentons avec Dieu est active et se renouvelle toujours entre nous et lui. En effet, le baiser et l'embrassement nous montrent une dualité qui ne nous permet pas de demeurer en nous-mêmes. Vivant au-dessus de la raison, nous ne sommes pourtant pas sans raison, et nous avons conscience de toucher et d'être touchés, d'aimer et d'être aimés, de recommencer toujours et de rentrer en nous-mêmes, d'aller et de venir comme l'éclair dans le ciel. Car de lutter ainsi et de combattre en l'amour, c'est remonter un courant: nous ne pouvons ni franchir ni dépasser notre nature créée.

     Le toucher de Dieu, cet effort intime et profond de la créature, c'est le dernier intermédiaire entre nous et Dieu, où nous nous unissons à lui dans une rencontre mutuelle d'amour. De cette source vive, en effet, de l'Esprit-Saint, agent de notre union à Dieu, jaillit avec abondance un flot si puissant, si divinement impétueux, que nous ne pouvons pénétrer dans l'abîme de son amour sans fond: c'est le toucher de Dieu. Et c'est pourquoi nous nous tenons toujours en nous-mêmes, au-dessus de la raison et sans images, les yeux fixés sur la beauté incompréhensible et tendant vers elle de toutes nos forces   (87) .

     Ce sont là les trois propriétés de la nature de l'âme, sa vie et son action, et c'est ainsi qu'elle est semblable à Dieu dans sa partie la plus haute et la plus noble, là même où elle répond à la sainte Trinité de Dieu (88) . Là, en effet, elle est vide, sans images, habitation du Père, son temple et son royaume. Et le même Père engendre son Fils, sa clarté infinie, devant les yeux de l'âme grands ouverts et attentifs; il fait écouler son Esprit, il donne son amour comme prix de cet intime effort de l'esprit humain tendu vers l'éternité.

     Lorsque nous agissons, nous gardons toujours la ressemblance dans la pureté de notre esprit; car nous reconnaissons en nous-mêmes que notre regard et notre effort tendent vers un autre que nous-mêmes; en cela nous avons ressemblance. Mais lorsque c'est Dieu qui agit, son Esprit exerce sur nous son influence et nous soumet à la transformation de sa clarté et de son amour; dès lors il y a plus que ressemblance, nous devenons fils de Dieu par grâce.

     Et lorsque nous sentons en nous que notre activité et notre effort vont vers lui, et que, d'autre part, nous soutenons son action et son travail, c'est par l'effet de sa lumière, tandis que dans son esprit nous goûtons son amour. L'union nous rend un même esprit, un même amour, une même vie avec lui, mais nous demeurons toujours créatures car, bien que transformés dans sa lumière et ravis par son amour, nous reconnaissons bien et sentons que nous sommes autres que lui.

     Aussi faut-il sans cesse tendre vers lui nos regards et nos efforts : c'est notre œuvre pour l'éternité. Car notre être créé, nous ne pouvons ni le perdre, ni tellement le dépasser que nous ne demeurions à jamais autres que Dieu. Le Fils de Dieu, en effet, a bien pu prendre notre nature et se faire homme lui-même, il ne nous a pas faits Dieu; beaucoup d'hommes vivent encore dans le péché et sont impies, et ils portent leur condamnation.

     Mais le même Fils de Dieu a une âme, créée du néant, et aussi un corps formé du sang très pur de la Vierge Marie, âme et corps qui sont tellement siens et si bien unis, qu'il est tout à la fois le Fils de Dieu et le fils de Marie, Dieu et homme dans une seule personne. Et de même que l'âme et le corps ne font qu'un seul homme, de même le Fils de Dieu et Jésus le Fils de Marie ne sont qu'un même Christ vivant, Dieu et Seigneur du ciel et de la terre; car son âme sainte est informée par la Sagesse de Dieu. Elle n'est pas Dieu cependant, ni de la nature divine, car Dieu ne devient pas créature. Mais les deux natures demeurant distinctes sont unies en une seule personne divine: c'est Jésus-Christ notre cher Seigneur.

     Il est seul avec Dieu au-dessus de toutes créatures, prince vivant et tout-puissant au ciel et sur la terre, et personne autre ne lui ressemble. Car son humanité est comblée de tous les dons de Dieu et possède la plénitude de toute sainteté; et tandis que tout ce que les autres saints ont reçu depuis le commencement du monde et peuvent encore recevoir à jamais est divisé entre eux, selon la volonté de Dieu, l'humanité de Notre-Seigneur a reçu à elle seule la plénitude indivisée de toutes les grâces, qui, de là, s'épanchent ensuite sur toutes les créatures qu'elles vont renouveler. Et il est seul la source de tout le bien que nous possédons ou pouvons obtenir de Dieu.
 


 
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