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Le miroir du Salut Eternel |
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Page 26 sur 28 CHAPITRE XXIV.
DE L'ESSENCE DE LA VIE SUPÉRIEURE.
La troisième considération qui vient ensuite a trait à l'essence de la vie supérieure, où nous sommes un avec Dieu au-dessus de tout exercice d'amour, dans une fruition éternelle. Il n'y est point question d'agir ou de pâtir, c'est une inaction bienheureuse, quelque chose qui dépasse l'union, l'unité avec Dieu, où personne n'agit plus que Dieu seul. Car son action, c'est lui-même et sa propre nature; et lorsqu'il agit, nous demeurons, nous, inactifs, tout transformés et unifiés dans son amour, mais non pas un dans la nature, car ce serait être Dieu et n'avoir plus d'être à nous, ce qui est impossible.
Mais au-dessus de la raison et en dehors de la raison, nous recevons un clair savoir, où il n'y a plus de distance entre nous et Dieu; nous nous sommes dépassés nous-mêmes, et, au-dessus de tout ordre perçu, nous sommes transportés hors d'esprit dans son amour. Alors il n'y a plus de demande ni de désir, il n'y a plus à donner ni à recevoir; mais c'est seulement une essence bienheureuse et inactive, couronnement et récompense essentielle de toute sainteté et de toutes vertus.
C'est bien là ce que souhaitait notre cher Seigneur Jésus-Christ lorsqu'il disait: « Père, je veux que tous ceux que vous m'avez donnés soient un comme nous sommes un (90) . » Non pas sans doute en toutes manières, car il est un avec son Père dans la nature, puisqu'il est Dieu; il est un aussi avec nous dans notre nature, puisqu'il est homme; il vit en nous et nous en lui par le moyen de sa grâce et de nos bonnes œuvres, et ainsi il nous est uni et nous à lui.
Par sa grâce et avec lui nous aimons et recherchons notre Père céleste; cet amour et cette recherche nous unissent à lui, mais sans nous rendre un avec lui. Car le Père nous aime, et nous l'aimons de retour, et dans ce fait d'aimer et d'être aimés nous sentons toujours une distinction et une dualité, et c'est là le caractère de l'amour éternel.
Mais, lorsqu'au-dessus de tout exercice d'amour nous sommes embrassés et saisis avec le Père et le Fils dans l'unité du Saint-Esprit, alors nous sommes tous un, comme le Christ, Dieu et homme, est un avec son Père dans leur mutuel amour sans limite. Et ce même amour nous consomme tous ensemble dans une fruition éternelle, c'est-à-dire en une essence bienheureuse et sans action, en dehors de compréhension pour toute créature.
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