Demandons au Saint Esprit qu'Il nous fasse découvrir la richesse du discours du silence, support d'humilité parfaite qui développera en nous les Dons de ce même Esprit.
Dans l'état d'inaction dont je viens de parler, alors que nous sommes un avec Dieu dans son amour, naît un état super-essentiel de contemplation et de connaissance, le plus haut qu'on puisse exprimer par des paroles: cela s'appelle vivre en mourant et mourir en vivant, c'est-à-dire passer de notre essence dans notre béatitude super-essentielle. C'est ce qui arrive lorsque, par le moyen de la grâce et du secours de Dieu, nous avons assez d'empire sur nous-mêmes pour nous dépouiller d'images toutes les fois que nous le voulons et parvenir à cette inaction où nous sommes un avec Dieu dans l'abîme sans fond de son amour. Là il y a pleine satisfaction, car nous avons Dieu en nous et nous sommes bienheureux dans notre essence, sous l'action de Dieu avec qui nous sommes un en amour, non point en essence ni en nature. Mais nous sommes bienheureux et béatitude même dans l'essence de Dieu, là où il jouit de lui-même et de nous tous dans sa très haute nature. C'est là le cœur de l'amour qui se cache dans une obscurité et un non-savoir insondables.
Ce non-savoir est une lumière inaccessible, c'est l'essence même de Dieu; pour nous il est toujours super-essentiel, pour Dieu seul il est essentiel; car Dieu est lui-même sa propre béatitude et il jouit de lui-même dans sa propre nature. Et nous, lorsque nous jouissons de lui, nous sommes morts, submergés et perdus selon notre jouissance, mais non selon notre essence. Car notre amour et son amour sont toujours semblables et un quant à la jouissance, lorsque l'Esprit a absorbé notre amour et l'a englouti en lui-même dans une même jouissance et béatitude.
Mais quand je dis que nous sommes un avec Dieu, il faut l'entendre de l'amour et non pas de l'essence ni de la nature. Car l'essence de Dieu est incréée, tandis que la nôtre est créée; entre Dieu et la créature la distinction est immense. C'est pourquoi, bien qu'ils soient unis, ils ne peuvent devenir absolument un. Si notre essence se réduisait à néant, nous n'aurions plus ni connaissance, ni amour, ni béatitude. Mais notre essence créée ressemble à un désert sauvage et désolé, où Dieu vit et nous gouverne, et dans ce désert il nous faut errer sans modes ni mesure, car nous ne pouvons venir de notre essence à notre super-essence que par l'amour.
Ainsi donc nous sommes bienheureux dans notre essence quand nous vivons en amour; mais nous devenons béatitude dans l'essence de Dieu quand, morts à nous-mêmes dans l'amour, nous passons jusqu'à la fruition de Dieu. Toujours nous vivons dans notre propre essence par le moyen de l'amour, et toujours nous nous dépassons dans l'essence de Dieu par le moyen de la fruition. C'est pourquoi on appelle ceci une vie qui meurt et une mort qui donne la vie, car nous vivons avec Dieu et nous mourons en Dieu. Bienheureux les morts qui vivent et meurent de cette sorte, car ils sont entrés en l'héritage de Dieu et de son royaume (91) ! Maintenant priez tous avec ferveur auprès de notre cher Seigneur, avec un véritable amour, en faveur de chacun de ceux qui ont fait ou écrit ceci, pour nous donner le savoir; et pour ceux qui lisent et entendent, afin qu'ils soient tous élus, dans le royaume de là-haut, où tous d'un commun accord, éternellement et sans fin, chanteront les louanges de Dieu. Pour que nous puissions l'obtenir, et que nous parvenions si haut, nous aide Jésus le Fils de Dieu! De sorte qu'avec lui tous ensemble, sous les yeux de notre Père céleste, nous puissions ceindre la couronne. Là c'est la vie éternelle, c'est pratiquer joie continuelle, et avoir pour récompense Dieu même. Là brille la face du bien-aimé, et de nobles voix font entendre des mélodies sans pareilles; là nous nous réjouirons ensemble et en amour trépasserons la face de notre bien-aimé est si belle! En elle nous nous glorifierons et toujours jubilerons, car là nous sommes libres et confiants. Avec Dieu nous aurons règne, et il nous ordonnera, chacun en son trône de gloire. Alors nous pratiquerons son amour, et lui-même à nous se donnera, et en lui nous habiterons. Si nous nous aimons mutuellement, nous trouverons certainement sa grâce, et deviendrons ses familiers. Maintenant observons ses commandements, car il est un Dieu véritable dans la Trinité des personnes. Bien justement nous l'aimerons, celui que nous savons si noble et tout-puissant en ce qu'il fait. Il mérite une louange éternelle. Bienheureux qui soupire vers lui! Ah! puisse-t-il nous advenir que nous l'aimions de telle sorte, que rassasiée soit notre faim et qu'à jamais jouissance ayons! Qu'on dise Amen. Fiat, fiat. Amen, amen.