La table dont parle le Prophète, c'est l'autel de Dieu, où nous recevons une nourriture vivante qui nous vivifie, nous fortifie dans toute souffrance et nous fait vaincre tous nos ennemis ainsi que tout obstacle. C'est pourquoi le Christ lui-même dit à tous les hommes: «Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, vous n'avez pas la vie en vous (29) . » Et encore: «Qui mange ma chair et boit mon sang possède la vie éternelle, car il demeure en moi et moi en lui (30) .»
Cette inhabitation mutuelle, c'est donc la vie éternelle. Et comme il nous faut vivre ici-bas au milieu d'un combat spirituel, nous avons besoin d'une nourriture fortifiante qui nous fasse triompher dans la lutte et lutter encore en triomphant. Cette nourriture est cachée, c'est un pain céleste qui n'est donné qu'à celui qui obtient la victoire dans la lutte et que nul ne connaît s'il ne l'a goûté et reçu.
Écoutez maintenant mes paroles et recueillez-en la leçon et le sens. Si vous voulez recevoir le corps de Notre-Seigneur dans le Sacrement, d'une façon qui soit glorieuse pour Dieu et salutaire pour vous-même, vous devez posséder quatre qualités (31) , qui étaient en Marie, la Mère de Dieu lorsqu'elle conçut Notre-Seigneur. Soyez-lui donc disciple et camérière et asseyez-vous à ses pieds, afin que par ses exemples, elle puisse vous enseigner comment il faut vivre, car elle est la souveraine maîtresse de toute vertu et de toute sainteté.
La première qualité que possédait Marie et que vous devez avoir, c'est la pureté; la seconde est une vraie connaissance de Dieu; la troisième est l'humilité, et la quatrième un désir qui naît de la libre volonté.
Et d'abord regardez dans votre miroir, qui est Marie, cette première qualité de la pureté. Au moment même où elle fut conçue, Marie fut pure de toute tache et de toute inclination au péché, soit véniel, soit mortel. Aussi l'envoyé de Dieu, l'ange Gabriel, put-il lui dire : «Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous (32) .»
Tout ce qui est plein de grâce est pur et tout ce qui est pur est plein de grâce. Si donc vous voulez être pleine de grâce et recevoir Notre-Seigneur, vous devez être pure avec Marie. Pour cela, éprouvez et examinez ce qui apparaît en votre conscience, et tout ce que vous y trouverez qui puisse déplaire à Dieu, accusez-le et confessez-le d'un cœur humble; devant Dieu et votre confesseur. Gardez-vous surtout d'oublier et de laisser s'évanouir ce qui vous aurait paru de plus grave et dont vous auriez plus de honte et de confusion; mais accusez-vous vous-même comme un ennemi mortel, et ainsi serez-vous pure et sans tache. Quant aux autres imperfections, qui sont journalières et communes et desquelles nul ne peut se garder, parlez-en brièvement et n'en soyez pas inquiète.
De tout ce qui est péché ayez, au contraire, grande contrition et regret de cœur, avec une ferme volonté de faire toujours le bien et de vous mettre en garde contre toute faute vénielle ou mortelle. Ayez, par-dessus tout, grande foi et amoureuse confiance en Dieu, car c'est là ce qui fait pardonner les péchés, ainsi que Notre-Seigneur l'a dit en maint endroit de l'Évangile : « Votre foi vous a sauvé (33) . » C'est la première qualité pour être pure et recevoir avec Marie Notre-Seigneur.
Mais par-dessus toutes choses évitez les confessions trop longues et trop verbeuses, qui ne serviraient qu'à vous enlever la paix et à vous jeter dans l'erreur et le scrupule. Car en vous répandant ainsi dans vos confessions en beaucoup de paroles inutiles, lorsqu'il s'agit de péchés véniels, et en voulant vous tranquilliser plus par votre fait que par la confiance en Dieu, vous demeurez toujours en dehors de la lumière et de l'enseignement de Dieu.
De cette façon vous ne savez plus distinguer ce qui dans vos fautes est grand ou petit, plus ou moins grave. Et quand par malheur il vous échappe quelque chose que vous avez coutume d'accuser sans pourtant que ce soit nécessaire, vous en êtes toute troublée, écrasée et attristée, comme si vous ne vous étiez pas confessée et même bien plus encore. Ainsi, au lieu que dans votre conscience devraient régner l'espérance, la foi et l'amour en Dieu, il ne s'y trouve qu'anxiété, crainte et attachement d'amour-propre. Si vous voulez être pure et habiter avec Marie dans le secret de sa demeure, évitez tout cela.
La seconde qualité, que nul ne peut posséder s'il n'a une conscience pure, c'est la vraie connaissance de Dieu. Marie l'avait plus que tout autre, après son Fils qui est la Sagesse même de Dieu.
Cependant, lorsque l'ange lui apporta son message, elle fut remplie de crainte et elle se demandait ce que pouvait être cette salutation. L'ange lui dit alors: « Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce devant le Seigneur. Voici que vous concevrez et enfanterez un Fils, et vous l'appellerez Jésus. Il sera grand devant le Seigneur, et il sera nommé le Fils du Très-Haut. Et le Seigneur, le Père céleste, lui donnera le trône de David son père, c'est-à-dire la puissance de David, et il règnera sur la maison de Jacob pour l'éternité, et son règne n'aura pas de fin (34) .» Alors Marie dit à l'ange : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme et que je veux demeurer vierge (35) ? » Et l'ange lui répondit : « Le Saint-Esprit descendra d'en-haut sur vous et la force du Très-Haut vous couvrira de son ombre. Aussi le Saint qui naîtra de vous sera-t-il appelé le Fils de Dieu. Et voici qu'Élisabeth votre cousine a conçu un fils dans sa vieillesse; et c'est le sixième mois de celle qui est appelée stérile, car rien n'est impossible à Dieu (36) . »
Marie entendait ces paroles et elle les comprenait, enseignée qu'elle était par l'ange et plus encore par le Saint-Esprit. Elle dit alors « Voici la servante du Seigneur (37) . » Et ainsi, tandis que Dieu l'élevait souverainement, elle-même s'abaissait le plus possible, comme elle l'avait appris de la Sagesse de Dieu. Car ce qui est élevé ne peut demeurer stable que dans l'humilité; la chute des anges précipités du ciel le montre bien.
Qu'y a-t-il de plus haut, en effet, que le Fils de Dieu? Mais aussi qu'y a-t-il de plus humble que le serviteur de Dieu et de tous qui est le Christ? Et qu'y a-t-il de plus élevé que la Mère de Dieu? Et pourtant est-il rien de plus humble que d'être la servante de Dieu et de tout le monde, ainsi que Marie l'a été ? Elle remit aussi sa volonté tout entière au bon plaisir de Dieu, avec une grande ferveur, disant à l'ange : « Qu'il m'advienne selon votre parole (38) ! » L'Esprit-Saint l'entendit et Dieu en fut si touché dans son amour qu'il envoya sur l'heure dans le sanctuaire de Marie le Christ qui nous a rachetés de tous nos maux. Ainsi donc c'est de Marie et de l'ange que nous apprenons comment le Fils de Dieu est venu dans notre nature.