DE CINQ CONSIDÉRATIONS RELATIVES AU SAINT SACREMENT.
Il vous faut maintenant savoir comment nous devons recevoir le Fils de Dieu, en corps et en âme dans le saint Sacrement. L'enseignement nous en est donné, d'une part, en figure, dans la loi juive, et, d'autre part, dans la loi chrétienne, par le moyen de l'Écriture Sainte. Mais la foi nous élève au-dessus de tout ce qui est connaissance naturelle ou tradition écrite et nous donne une certitude, en dehors de tout doute, dans la grâce de Dieu.
Enfin la sainte Église, qui ne peut errer, nous instruit par ses enseignements et sa pratique, en vigueur depuis le commencement du christianisme, ainsi que par les écrits des saints.
Je vais donc vous exposer cinq considérations relatives au saint Sacrement, qu'il est utile à tout chrétien de connaître. La première regarde le temps où le Seigneur s'est donné lui-même à ses disciples dans le Sacrement. La seconde traite de la matière et de la forme de ce Sacrement. La troisième est relative au mode et à la manière dont le Seigneur a voulu se donner à tous. La quatrième dit pour quelle cause et quelle raison il a voulu se donner voilé et caché, et non pas à découvert, dans l'état où il se trouvait alors et tel qu'il est maintenant dans le ciel. La cinquième enfin s'occupera des diverses classes de personnes qui approchent du saint Sacrement, les unes pour leur salut éternel et les autres pour leur condamnation.
Écoutez maintenant ce qui a trait au temps et à la figure prophétique de notre Sacrement. Lorsque Dieu, par le ministère de Moïse, fit sortir d'Égypte les enfants d'Israël, on était au quatorzième jour de la lune d'avril, qui commence toujours en mars, et c'est alors que fut célébrée la première Pâque des juifs. Sur l'ordre de Dieu, Moïse prescrivit que dans chaque maison on mangeât un agneau rôti et qu'avec le sang de cet agneau on teignît les portes, sur les montants et sur le linteau. De cette façon, les juifs devaient être protégés contre l'extermination et contre tout mal.
Cette nuit-là même, en effet, le Seigneur fit périr par tout le pays tous les premiers-nés des hommes et des animaux, et Moïse, emmenant hors d'Égypte le peuple de Dieu, lui fit passer la mer Rouge et le fit entrer dans le désert, où le Seigneur lui donna durant quarante ans un pain céleste en nourriture.
C'était la figure de notre Sacrement. Tous les signes et symboles qui avaient été donnés aux juifs sont accomplis et nos sacrements demeureront jusqu'à la fin du monde; et puis ils passeront à leur tour, mais la vérité, qui y est cachée et qui n'est autre que la vie éternelle, demeurera pour l'éternité.
Voyez: quand un grand roi ou un sage seigneur veut s'en aller en pèlerinage dans une terre lointaine, il rassemble ses intimes et leur confie son pays, son peuple, ses enfants et sa famille, afin qu'ils les gouvernent et les maintiennent en bonne paix, jusqu'au jour où il reviendra dans sa terre. C'est ainsi que le Christ, la Sagesse éternelle de Dieu, le roi des rois et le seigneur des seigneurs, ayant achevé son pèlerinage en ce monde misérable, voulut rejoindre le pays de son Père, pour revenir ensuite au dernier jour juger le monde. La veille du jour où il devait mourir, il fit une grande fête et donna le soir un festin, auquel il invita les plus hauts princes du monde, c'est-à-dire ses apôtres, voulant leur remettre et leur confier ses sacrements, en même temps que son peuple et son royaume. Un agneau pascal avait été préparé pour la fête et ils le mangèrent tous ensemble, selon le mode de la loi juive. Et cet agneau pascal était par avance une figure de notre Sacrement. Mais ce jour-là même prenait fin la figure qui avait duré quatorze cent quatre-vingt-six ans, c'est-à-dire depuis le temps où Moïse avait fait sortir le peuple juif de la terre d'Égypte.
Le Christ donna ainsi congé à la loi juive, dont c'était la dernière Pâque, et inaugura aussitôt notre loi et notre première Pâque, manifestant en cela sa puissance sans bornes, sa sagesse, sa richesse et sa libéralité.
Tout affligé qu'il fût dans sa nature sensible, il se montra cependant, selon l'esprit, un hôte plein de prévenance et de bonté, ayant à ses côtés ses chers apôtres pour convives. Et sachant qu'il devait mourir le lendemain et se séparer d'eux, il voulut faire son testament et le leur laisser afin qu'ils pussent le transmettre à tous les fidèles jusqu'au dernier jour. Il y mit le sceau de sa mort, et tous les apôtres après lui. Et ce testament n'est autre que lui-même, Dieu et homme, présent avec tous ses dons dans le Sacrement.
Aussi cette fête est-elle grande, bienheureuse et éternelle, car c'est Jésus-Christ né de Marie, le roi du ciel et de la terre, qui l'a instituée. Élu par son Père céleste comme le premier pontife de la chrétienté, il a célébré lui-même la première messe qui fût jamais. Là il ordonna ses prêtres et leur donna l'onction des pontifes, de la même manière que le prophète Moïse, offrant le premier sacrifice de la loi ancienne, avait consacré Aaron et ses fils, pour qu'ils fussent prêtres et pontifes, leur donnant puissance et qualité pour gouverner le peuple de Dieu jusqu'à la venue du Christ. C'est pourquoi, lorsqu'il fut venu à son tour et nous eut servi durant trente-trois ans, lui, Dieu et homme, il donna congé à la loi juive, qui n'était que figure, et inaugura lui-même le premier sacrifice de la loi chrétienne, dont il était le premier pontife. Il y consacra ses prêtres et ses pontifes et il leur donna à eux et à leurs successeurs sa propre puissance, afin de gouverner et d'administrer son peuple, en tout ce qui regarde le spirituel, jusqu'au dernier jour, où il doit revenir pour juger.
C'est vers le soir qu'il débuta ainsi dans la célébration de notre messe.