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Le silence rend fidèle à Dieu; et la fidélité est la plus grande, la plus belle, la plus honorable manifestation discrète de l'Amour.

 
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Le miroir du Salut Eternel Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Le miroir du Salut Eternel
Prologue
Doctrine de ce livre
Les commençants (débutants)
Ceux qui progressent
Recevoir le Sacrement
Du Saint Sacrement
Matière et forme du St Sacrement
Christ donné dans le St Sacrement
De l'Amour de Dieu
Du Christ caché
De ceux qui communient
2° catégorie de personnes
3ème catégorie de personnes
4ème catégorie de personnes
5ème catégorie de personnes
6ème cat. de personnes
7ème cat. de personnes
De la vie contemplative
De l'Adoration
De l'état de vide...
Dignité du Fils de Dieu
De la vraie contemplation
De la nature de la vie
De la vie supérieure
De l'essence de la vie sup.
De la super-essence de la vie sup.
Bibliographie et notes

CHAPITRE VII.

DU MODE ET DE LA MANIÈRE SELON LESQUELS LE
CHRIST S'EST DONNÉ DANS LE SAINT SACREMENT.
 

     Quiconque veut s'enivrer d'amour doit contempler, scruter et admirer deux marques de l'amour que nous témoigne le Christ dans le saint Sacrement, marques si hautes et si profondes que nul ne peut les saisir, ni les comprendre pleinement.

     La première nous enseigne que le Christ a donné à notre âme sa chair en nourriture et son sang en breuvage. Une telle merveille d'amour n'avait jamais été entendue auparavant. Mais c'est la nature de l'amour de toujours donner et de prendre, d'aimer et d'être aimé, et ces deux choses se rencontrent en quiconque aime.

     Ainsi l'amour du Christ est avide et libéral: s'il nous donne tout ce qu'il a et tout ce qu'il est, en retour il prend en nous tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes; et il réclame de nous plus que nous ne sommes capables de donner. Sa faim est démesurément grande; il nous consomme en entier jusqu'au fond, tellement son avidité est immense et son désir insatiable : il dévore jusqu'à la moelle de nos os. Cependant nous nous livrons à lui volontiers, et plus nous lui cédons, plus il goûte nos attraits. Et bien qu'il nous consomme, il ne peut jamais être rassasié, car il est insatiable et sa faim est sans mesure; nous sommes pauvres, il le sait : mais il n'en a cure, et n'exige pas moins.

     Tout d'abord il prépare son repas et il consume dans l'amour tous nos péchés et nos défauts. Puis, lorsque nous sommes purifiés par le feu de l'amour, il fond sur nous comme le vautour sur sa proie. Car il veut transformer et consumer notre vie pleine de péché en sa vie toute remplie de grâce et de gloire, qu'il est toujours prêt à nous donner, pourvu que nous consentions à nous renoncer nous-mêmes et à délaisser le péché. Si nous pouvions voir l'ardent désir qu'a le Christ de notre salut, nous ne serions pas capables de nous retenir et nous irions nous jeter nous-mêmes en lui. Encore que mes paroles sonnent étrangement, ceux qui aiment me comprennent bien.

     L'amour de Jésus est de si noble nature que, tout en consumant, il veut nourrir. S'il nous absorbe entièrement en lui, en retour il se donne lui-même. Il fait naître en nous la faim et la soif de l'esprit, qui doivent nous le faire goûter avec une jouissance éternelle, et à cette faim spirituelle ainsi qu'à l'amour affectif il donne l'aliment de son propre corps. Et de ce corps sacré, si nous le prenons et consumons en nous avec une dévotion intime, s'écoule en tout notre être et dans nos veines mêmes son sang glorieux et plein d'ardeur. Nous sommes embrasés par lui d'amour affectif et de charité; corps et âme, nous sommes pénétrés de jouissance et de goût spirituel.

     C'est ainsi qu'il nous donne sa vie remplie de sagesse, de vérité et d'enseignements, afin que nous l'imitions en toutes vertus; et alors il vit en nous et nous en lui. Il nous donne aussi son âme avec la plénitude de grâces qu'elle possède, afin que, d'une manière stable, nous puissions toujours demeurer avec lui, en communion d'amour, de vertus et de louanges de son Père. Enfin, ce qui dépasse tout, il nous offre et nous promet sa divinité pour en jouir éternellement. Peut-on s'étonner dès lors qu'ils soient dans la jubilation ceux qui goûtent et expérimentent de telles choses ?

     Lorsque la reine de l'Orient put contempler la richesse, la majesté et la gloire du roi Salomon, elle se sentit défaillir devant une telle merveille, et toute hors d'elle-même elle s'évanouit. Mais vous pouvez comprendre combien toute la richesse et la majesté de Salomon étaient peu de chose en comparaison de la richesse et de la gloire qu'est le Christ lui-même et qu'il nous a préparées dans le saint Sacrement. Car s'il nous est possible de recevoir tout ce qui appartient à son humanité et de demeurer cependant en possession de nous-mêmes, lorsque nous venons à contempler sa divinité présente devant nous dans le Sacrement, c'est un sujet de telle admiration que nous devons nous élever en esprit jusqu'à un amour super-essentiel, car l'étonnement et le transport nous feraient défaillir devant la table de Notre-Seigneur.

     Mais c'est avec dévotion et amour affectif que nous prenons en nourriture et que nous consommons l'humanité de Notre-Seigneur en nous-mêmes, car l'amour attire à lui tout ce qu'il aime, et avec un amour tout semblable Notre-Seigneur nous attire et nous consomme en lui, et il nous remplit de sa grâce. Alors nous grandissons et nous nous élevons au-dessus de la raison jusqu'à un amour divin qui nous fait prendre et consommer spirituellement la nourriture céleste, et tendre avec un amour pleinement dépouillé vers la divinité. C'est là que nous rencontrons son Esprit, son amour immense, qui consume et transforme notre esprit avec toutes ses œuvres, nous entraînant avec lui vers l'unité, où l'on goûte le repos et la béatitude (43) .

     Ainsi donc, dévorer toujours et être dévoré, monter et descendre avec l'amour, c'est là notre vie dans l'éternité. Voilà bien ce que pensait le Christ lorsqu'il disait à ses disciples : « J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir (44) .

     Notre Pâque, c'est le Christ, que nous recevons dans le Sacrement, comme les apôtres, réunis tous ensemble à la Cène autour de leur Maître, le reçurent eux-mêmes sous la forme d'un aliment qui nourrit le corps. Et chacun d'eux y trouva un aliment éternel, par le moyen de la foi, de l'amour et du désir, qui sont comme la bouche de l'âme, et c'est ainsi qu'ils reçurent en nourriture le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec tous ses membres, non pas cependant selon la quantité matérielle de ce corps assis à la table du festin. Cette quantité matérielle, il l'avait cachée dans la substance de son corps et dans le Sacrement : car son corps était vivant, et si les apôtres l'avaient mangé comme un aliment vulgaire, il en eût ressenti de la souffrance. Mais il leur donna, par un procédé surnaturel, sa vie tout aimable, sa chair, son sang, son âme et sa divinité et c'était là leur nourriture spirituelle, aussi bien que la sienne et la nôtre à tous. Il demeurait cependant en lui-même tout ce qu'il était, sans division ni changement dans sa nature.

     Toute la substance que le Christ avait reçue de la Vierge Marie, sa mère, c'est-à-dire sa nature humaine, fut donnée par lui. Et il se livra ainsi tout entier et indivisé de deux manières, son corps sous l'espèce du pain et son sang sous l'espèce du vin, demeurant cependant tout entier et sans partage sous chacune des deux espèces. Car son corps est l'appui de son sang et son sang est l'appui vital de son corps; l'âme est la vie des deux, et ces trois éléments réunis forment une seule vie indivisée, qui est le Christ, vie qu'il a donnée à ses disciples et qu'il nous a laissée dans le Sacrement. De même, en effet, qu'à la consécration toutes les hosties, aux mains de tous les prêtres, sont toutes, sans division, une seule substance et une même nature de pain, de même, après la consécration, elles sont l'unique substance du corps de Notre-Seigneur. qu'on ne peut diviser. Il faut en dire autant du vin que l'on consacre en son sang.

     Ainsi donc sous chaque goutte dans le calice, sous chaque parcelle d'hostie consacrée, si petite soit-elle, et partout où est l'espèce du pain, le Christ est présent tout entier, comme il l'est au ciel. Car, malgré que les parcelles et les hosties soient divisées, en tous lieux, en une multitude de parties, le Sacrement demeure un et le Christ est un et indivisé dans tout le Sacrement, par toute la terre.

     De même que l'âme de l'homme vit en tous ses membres et en chacun d'eux, sans être divisée ni localisée, de même le corps glorieux de Notre-Seigneur est vivant dans tout le Sacrement, par toute la terre, sans division ni enchaînement au lieu, de façon à pouvoir être donné également à tous ses membres, c'est-à-dire à tous ceux qui le désirent dans la foi chrétienne. Et chacun le reçoit tout entier, selon son mode particulier, conformément à ses besoins et à ses désirs. C'est ce qu'on appelle la communion, c'est-à-dire la participation commune; car nous recevons tous en commun le corps de Notre-Seigneur dans le Sacrement, chacun recevant en particulier tout ce que les autres reçoivent ensemble. Et bien que les prêtres prennent à la messe le saint Sacrement sous les deux espèces, ils ne reçoivent pourtant pas plus que les laïques; la consécration est double, celle du calice et celle de l'hostie, mais le Christ n'en est pas moins en entier et sans partage sous chacune des deux espèces.

     Sans doute un incrédule peut être assez fou pour penser et dire en lui-même: Le Sacrement que le Christ consacra fut consommé tout entier par les apôtres qui l'entouraient à ce moment; qu'est-ce donc que font maintenant les prêtres? À cette question le Christ a répondu lui-même, lorsque, aussitôt après la consécration, il dit à ses apôtres: « Toutes les fois que vous ferez ceci, vous le ferez en mémoire de moi (45) »: c'est-à-dire en mémoire de mon amour, de ma passion et de ma mort; pour rappeler aussi que je suis véritablement Dieu et homme, tout-puissant au ciel et sur la terre.

     Les apôtres accueillirent ces paroles de la bouche de Notre-Seigneur, selon le sens qu'il avait en vue; ils les regardèrent comme une prophétie, en même temps que comme un ordre et un pouvoir divin qu'il leur donnait à eux et à leurs successeurs, pour remplir cet office jusqu'au dernier jour.

     C'est pourquoi, aussitôt après son Ascension, lorsqu'ils eurent reçu le Saint-Esprit qui leur enseigna toute vérité, ils commencèrent à célébrer la messe, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ (46) . Et son Esprit parlait par leur bouche, lorsqu'ils disaient à la consécration : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » Ils ordonnèrent des évêques et des prêtres de la part du Seigneur et en son nom, leur donnant le pouvoir qu'ils avaient reçu de Dieu d'exercer les fonctions sacerdotales dans le monde entier. La sainte Église possède ainsi son fondement dans le Christ, et le Christ vit avec elle. Elle lui est unie dès le commencement, et elle demeurera d'une façon stable en possession de son ministère jusqu'au dernier jour.

     Les prêtres, en consacrant le saint Sacrement, sont des instruments volontaires de Notre-Seigneur Jésus-Christ; c'est lui qui, par la bouche de chacun et de tous, dit : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » Et chaque prêtre consacre réellement le corps de Notre-Seigneur, et tous ensemble ne consacrent pas davantage que ce même corps en toute vérité.

     J'en ai fini ainsi avec la première marque d'amour que le Christ nous a montrée et enseignée dans le saint Sacrement.

     Le second témoignage d'amour, qui vient ensuite, nous est marqué dans ces autres paroles de la consécration :
     « Ceci est le calice de mon sang, qui sera versé pour vous et pour un grand nombre, pour la rémission des péchés (47) »Le Christ les prononça lorsqu'il fit de son sang un breuvage pour ses apôtres et pour nous tous, alors qu'il allait le répandre et souffrir la mort par amour, à cause de nos péchés.

     Jamais on ne vit plus grand amour que celui du Fils de Dieu livrant sa vie à la mort, et au prix de cette mort nous rachetant à la justice de son Père, pour nous faire vivre avec lui éternellement. Il s'est offert, et nous avec lui, à la clémence de son Père, en souffrant une mort ignominieuse; et le Père nous a reçus avec lui dans l'héritage céleste de son Fils. Voilà pourquoi le Christ a fait une double consécration, voulant nous laisser le souvenir du calice de sa passion, qu'il a bu par amour, afin de nous délivrer de la mort éternelle et acheter pour nous à son Père la vie de la grâce et de la gloire. C'est ce que nous enseigne la consécration du précieux sang. Mais la consécration du corps de Notre-Seigneur nous montre la grandeur de son amour, qui l'a porté à vouloir nous servir lui-même d'aliment et de nourriture spirituelle, afin de vivre en nous et nous en lui, comme il a été dit plus haut. Il est mort par amour afin de nous faire vivre, et il vit en nous afin que nous demeurions vivants en lui pour l'éternité.

     Ce sont là deux marques d'amour si hautes, que nul ne peut les comprendre pleinement. Chaque fois que nous entendons la messe et que nous allons au Sacrement, nous devons nous pénétrer de ces choses et penser à l'amour du Seigneur, afin de nous oublier nous-mêmes et d'abandonner pour son honneur tout autre amour.

     S'il nous arrive peine et souffrance, nous pourrons penser à ce que lui-même a enduré et souffert, et nous irons à sa suite par obéissance et abandon de nous-mêmes, jusqu'à la mort. Ainsi nous pourrons goûter l'amour par lequel il nous a élus et aimés de toute éternité, sans commencement.



 
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