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Le livre des sept clôtures |
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Page 15 sur 24 CHAPITRE XIII.
DE LA QUATRIÈME CLÔTURE.
L'amour affectif, pratiqué pour Dieu, nous donne accès à la quatrième clôture, où nous remettons par amour notre volonté et tout ce qui nous est propre à la libre volonté de Dieu, de telle sorte que nous ne puissions ni ne désirions vouloir autrement que Dieu ne veut.
De cette façon, notre volonté est librement prise et cloîtrée par amour dans la volonté de Dieu, sans retour. Et ainsi faisons-nous profession à Dieu dans l'ordre de la vraie sainteté, quelque habit que nous portions ou dans quelque état que nous soyons. Mais, aussi longtemps que nous préférons une certitude à la confiance qui se repose sur Dieu et que notre volonté n'est pas unie à la sienne, soit pour vouloir ou ne pas vouloir ; aussi longtemps que nous souhaitons qu'il suive notre volonté plutôt que nous la sienne, nous ne pouvons faire entièrement profession en amour, mais nous devons demeurer novices. Car le feu de l'amour de Dieu n'a pas encore brûlé ni consumé l'alliage qui se mêle à l'or, c'est-à-dire toute recherche d'amour-propre qui fait que nous nous cherchons et poursuivons nous-mêmes.
Lors donc que l'amour en nous devient assez fort et assez ardent pour consumer tout plaisir ou déplaisir, toute crainte de perte personnelle et tout espoir de gain propre, toute recherche enfin et poursuite de nous-mêmes ; alors aussi notre amour est pur, chaste et parfait, et il ressemble à un anneau d'or qui serait plus ample que le ciel, la terre et toutes choses. Voilà le vrai cellier où l'amour introduit ses élus, comme nous l'apprenons dans son livre (17) ; la charité y est ordonnée, ainsi que toute vertu. Là aussi se trouvent la racine, la vie, la croissance, l'aliment et la conservation des différentes vertus, la règle des mœurs et toutes les bonnes œuvres.
Cependant, il est un cellier plus intime où l'amour demeure avec son bien-aimé, par-dessus la raison, les modes et la pratique des vertus. Il ne s'y occupe qu'à aimer et il se suffit à lui-même selon tous ses désirs ; car il ne cherche et ne désire rien en dehors de lui-même. En s'élevant vers Dieu, il s'enivre et se dépouille de modes et de manières. C'est pourquoi il nous fait nous perdre audessus de la raison, dans une absence de procédés et un non-savoir sans fond. Là nous demeurons captifs sans retour.
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