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Le livre des sept clôtures |
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Page 17 sur 24 CHAPITRE XV.
DE LA SIXIÈME CLÔTURE.
En effet, de même que l'homme a été créé le sixième jour dans sa nature, à l'image et à la ressemblance de Dieu, de même il est aussi créé à nouveau dans cette sixième clôture, où il reçoit l'image et la ressemblance de Dieu, par-dessus sa nature, en union d'amour, de façon à être avec Dieu un seul esprit et une seule vie. Ce qui fait dire à saint Jean : « Tout ce qui a été créé était vie en Dieu (19) » Car en notre principe, c'est-à-dire dans la nature féconde de notre Père céleste, nous avons vie sans être manifestés ni engendrés ; dans le Fils, nous sommes engendrés et de toute éternité connus et élus ; et dans l'effusion du Saint-Esprit, nous sommes éternellement aimés : c'est ce que nous devons entendre volontiers.
Notre génération dans le Fils dure toujours, et sans cesse nous sommes engendrés avec lui ; comme aussi éternellement nous demeurons non engendrés dans le Père. De même le lien et l'union d'amour demeurent toujours entre le Père et le Fils ; et cependant la génération du Fils et l'émanation du Saint-Esprit se renouvellent sans cesse dans la sublime nature de Dieu, car la nature est féconde, elle est une pure activité dans la Trinité des personnes.
De même Dieu règne et vit en nous et nous en lui, audessus de notre être de créatures, dans l'union d'esprit. Là nous demeurons toujours unis à Dieu par le lien d'amour. Néanmoins, nous devons nous renouveler sans cesse en vertus et en ressemblance plus grande avec Dieu, car nous ne sommes pas seulement faits à l'image de Dieu, mais aussi à sa ressemblance. C'est pourquoi là où se fait notre union avec Dieu existe une touche cachée ou motion, c'est-à-dire la source des grâces divines qui illuminent notre intelligence afin de lui faire connaître clairement et distinctement la vérité, et qui enflamment notre volonté d'amour afin de lui faire désirer toute justice. Or, aussi longtemps que l'amour et le désir sont soumis à la raison éclairée, nous pouvons faire de grandes œuvres et orner toutes nos clôtures de vertus et de saintes pratiques. Mais quand l'amour et le désir deviennent ardents et impatients, sous l'action de cette touche divine dans l'union d'amour, alors la raison doit se retirer et laisser agir l'amour, aussi longtemps que dure son ardeur.
Ainsi donc nous devons ressembler à Dieu par le moyen de sa grâce et de la vertu en nous-mêmes, et nous serons unis à lui par une contemplation et un regard continus de notre esprit élevé vers lui. Là s'achève la sixième clôture, où notre esprit se trouve élevé à une vie contemplative et devient une seule vie, un seul esprit et un seul amour avec Dieu.
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