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Il y a une chose dans le coeur de l'homme qui est plus petite qu'une idée et plus grande qu'une idée... Plus petite parce qu'elle n'est pas une idée, et plus grande parce qu'elle est à la racine de la conscience. Cette chose, c'est l'image de Dieu imprimée dans l'âme créée.
 
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Le livre des sept clôtures Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Le livre des sept clôtures
Prologue
Du Christ serviteur
Principe de bonne vie
De la Messe
4 modes de l'exercice intime
Obéissance et humilité
Comportement des malades
Conduite envers le prochain
De la gourmandise...
Du parloir
De la première clôture
De la 2° clôture
De la 3ème clôture
De la 4ème clôture
De la 5ème clôture
De la 6ème clôture
De la 7ème clôture
3 vies de l'homme juste
4 manières de vie spirituelle
Pratique de ces 4 manières
De l'habit (religieux)
3 livres du soir
Bibliographie et notes

CHAPITRE IV.

DES QUATRE MODES DE L'EXERCICE INTIME.
 

     Le premier mode nous fait monter vers Dieu par une charité intime et un amour éternel, accompagnés d'actions de grâces, de louanges, de prières dévotes et de supplications affectueuses et toutes confiantes. En même temps l'esprit demeure impuissant, ainsi que tout effort de notre part, en face de l'amour de Dieu et de sa bonté éternelle. Tel est le premier mode de notre exercice intérieur ou l'ascension de notre vie en Dieu.

     Le second mode nous fait descendre par un humble mépris de nous-mêmes. Dès lors personne ne peut plus ni nous élever par ses louanges, assurés que nous sommes que Dieu est en nous l'auteur de toutes nos bonnes œuvres, ni nous humilier et nous affliger de son mépris, puisque nul autre que Dieu ne jugera nos péchés. Or, c'est parce que nous sommes pécheurs et infirmes en toutes vertus que nous devons nous faire petits et nous abaisser devant Dieu, devant nos supérieurs, nos égaux et nos inférieurs. Nous n'oserons nous comparer à personne, mais nous n'aurons que mépris pour nous-mêmes, nous considérant comme les plus indignes parmi les hommes. Puis nous devons laisser les créatures et les démons eux-mêmes nous flageller et nous tourmenter, autant que Dieu le voudra permettre, afin que soit vengé en nous le péché, que Dieu ait l'honneur et nous la confusion. C'est là le second mode, qui consiste dans l'abaissement de notre propre vie, dans le mépris et l'anéantissement de nous-mêmes au plus profond de l'humilité.

     Le troisième mode nous mène au dehors, en nous faisant pratiquer intérieurement une charité très large, qui consiste à honorer tous les saints et à nous réjouir de leurs mérites et de leur récompense, à désirer aussi leur aide et leur prière, de façon à devenir dignes de partager ces mérites et la louange éternelle de Dieu. Nous serons encore unis à tous les hommes de bien par le moyen des vertus et de l'amour mutuel, afin que tous ensemble nous puissions vaincre nos ennemis, remporter la victoire et obtenir le triomphe final. Nous prierons aussi pour nous-mêmes et pour tous les pécheurs, souhaitant que Dieu nous fasse miséricorde et nous retire de nos péchés, pour nous mettre au nombre des élus, C'est le troisième mode de vie intime, par lequel nous sortons de nous-mêmes pour aller vers notre prochain avec cet amour très large qui a rempli le ciel et la terre de l'abondance des grâces et des vertus.

     Le quatrième mode de vie intime établit notre raison entre le temps et l'éternité. Si elle regarde en bas, elle nous montre ce monde comme un lieu d'exil, où nous sommes retenus prisonniers ; en regardant en haut, elle nous fait voir le royaume des cieux, auquel nous sommes appelés et élus. Aussi longtemps que notre raison demeure suspendue ainsi entre les deux, nous sommes dans la peine ; car nous apercevons au-dessus de nous la gloire de Dieu et toutes choses en paix, sans pouvoir y parvenir ; tandis qu'en dessous de nous, nous voyons l'instabilité, le péché, le dommage, la honte et toutes choses en confusion, et pourtant il nous faut demeurer là. Aussi le monde nous devient-il une croix et une cause de tristesse qui nous fait pleurer, nous lamenter et gémir aussi longtemps que nous vivons dans cet exil, disant avec le prophète : « Hélas ! notre habitation ici-bas s'est prolongée (10) . Quand viendrons-nous et apparaîtrons-nous devant la face du Seigneur (11)  ? »

     De là naît, par le don de Dieu, dans le cœur aimant, la plus haute vertu que je connaisse, cette longanimité patiente qui nous fait dire : « Seigneur, votre volonté, non la mienne doit se faire ; votre honneur et votre louange, non ma commodité ni mon agrément. Seigneur, je me donne et me livre à vous pour le temps et pour l'éternité. »

     Tel est, dans l'exercice intime, ce qu'on peut appeler la longueur, qui fait attendre patiemment toutes choses.
Si vous êtes en possession de ces quatre modes, avec le fondement substantiel où ils prennent racine, vous pouvez alors contempler, au-dessus de la raison, dans un état de vide et de dépouillement, tandis que par la raison vous considèrerez toutes les vertus à l'état distinct.

     Cette pratique ressemble à un denier d'or fin, avec lequel on achète la vie éternelle (12) , Mais il faut que chacun éprouve et examine son denier, pour voir s'il est d'or fin, de juste poids et bien frappé des deux côtés. Sachez donc que, si nous aimons Dieu pour lui-même et non pour autre chose, nous avons un denier d'or fin, Ensuite, si nous aimons tout le reste pour Dieu, y prenant intérêt et en usant de façon à ce que l'amour de Dieu l'emporte sur toute chose, alors notre denier est exact et du poids voulu. Puis, lorsqu'à la suite du Christ nous portons notre croix, affligeant et mortifiant notre nature par la résistance que nous lui opposons et les pénitences que nous lui faisons subir ; lorsque nous obéissons à nos supérieurs et à la règle, aux commandements et à notre raison, imitant la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, c'est alors que le Christ vit en nous et nous en lui. Et ainsi la face de notre denier qui porte la croix reçoit son ornement, sa marque et sa frappe exacte, qu'il nous faut sans cesse embellir davantage par nos vertus, en imitant la vie du Christ.

     Quant à la face nue de notre denier, c'est l'essence de notre âme, où Dieu a imprimé son image. Et lorsque, par la foi, l'espérance et la charité, nous rentrons en nousmêmes, pour y aimer et posséder Dieu, nous recevons ainsi son image d'une manière surnaturelle sur la face nue de notre denier. Car cette face de notre denier, qui est notre vie recueillie en elle-même, est frappée et ornée de l'image de la sainte Trinité, qui est Dieu même : c'est la vie de Dieu en nous et de nous en lui. Ainsi donc la face nue de notre denier reçoit comme ornement l'inhabitation même de Dieu, et la face qui porte la croix est ornée de nos vertus, ainsi que de la vie et des mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Et voilà denier d'or qui a valeur de vie éternelle, car il est lui-même la vie éternelle.

     C'est pourquoi chacun doit se tenir en garde ; car celui qui, au jugement de Dieu, présente un denier faux et sans le poids voulu, est condamné au feu éternel. Si donc votre denier est maintenant de mauvais aloi, non exact et faux dans sa frappe, priez et suppliez le Saint-Esprit qu'il vous donne de l'or pur, afin qu'avec son secours vous puissiez fondre et frapper un denier qui ait assez de finesse pour plaire à Dieu.

     De cela je ne veux plus parler. Mais je dois instruire ma sœur de la façon dont elle doit accomplir son service avec humilité et pureté, afin d'être fille de Dieu et de recevoir la couronne de la virginité avec la récompense au centuple.



 
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