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C'est dans le silence que la vie retourne de là où elle vient pour rejoindre sa demeure.

 
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Le livre des sept clôtures Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Le livre des sept clôtures
Prologue
Du Christ serviteur
Principe de bonne vie
De la Messe
4 modes de l'exercice intime
Obéissance et humilité
Comportement des malades
Conduite envers le prochain
De la gourmandise...
Du parloir
De la première clôture
De la 2° clôture
De la 3ème clôture
De la 4ème clôture
De la 5ème clôture
De la 6ème clôture
De la 7ème clôture
3 vies de l'homme juste
4 manières de vie spirituelle
Pratique de ces 4 manières
De l'habit (religieux)
3 livres du soir
Bibliographie et notes

CHAPITRE VIII.

DE LA MANIÈRE D'ÉVITER LA GOURMANDISE
ET D'UNE AUTRE QUESTION.

     Lorsque vous allez au réfectoire avec vos sœurs, dites votre Benedicite selon votre coutume ; puis gardez-vous de manger à l'excès, alors même que vous ressentiriez une grande faim et un grand désir de boire et de manger ; car la gourmandise est la racine et la source de tous les péchés. C'est d'elle que naissent la paresse et le penchant impur, d'elle aussi parfois que viennent les actions coupables et, à leur suite, un grand nombre d'autres vices.

     Adam, notre premier père, ne souffrait pas de la faim, cependant il fut tenté de gourmandise et il transgressa le commandement du Seigneur, tombant ainsi en péché mortel et nous entraînant tous avec lui. Au contraire, le Christ, Fils de Dieu» eut faim et il fut aussi tenté, mais il remporta la victoire sur l'ennemi, en disant pour notre enseignement : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (15) . »

     Vous savez bien que l'homme est composé de deux éléments, l'un spirituel et l'autre corporel, c'est-à-dire d'une âme et d'un corps. La nourriture corporelle est pour le corps et la nourriture spirituelle pour l'âme. La faim qu'éprouve le corps est quelque chose qui passe, et l'aliment qui l'apaise est imparfait, car cette vie est périssable. Mais la faim spirituelle, c'est la charité, l'amour de Dieu ; son aliment, c'est la vie, et cette vie consiste dans l'union à Dieu qui donne félicité et gloire.

     L'aliment corporel est préparé par nous-mêmes ou par d'autres ; mais l'aliment spirituel, c'est Dieu qui nous l'a préparé lui-même dès l'éternité. La faim spirituelle trouve toujours un aliment éternel qui lui est préparé, tandis que le corps peut souffrir de la faim et n'avoir souvent que pauvreté et grande disette. Ainsi donc celui qui a faim et soif selon l'esprit reçoit toujours de Dieu sa nourriture et il vit en grâce devant Dieu. Mais celui qui a seulement faim dans son corps est mort devant Dieu, car sa vie n'est pas différente de celle de la bête. Aussi, chaque fois que vous prenez ce qui est nécessaire à votre corps, élevez votre cœur vers Dieu et asseyez-vous à table avec le Christ, les anges et les saints, en compagnie de vos sœurs, prenant comme de la main de Dieu ce que l'on vous sert ; de cette façon vous serez nourrie, selon l'homme intérieur, d'un aliment éternel qui entretiendra en vous la vie de Dieu.

     Mourez au monde et vivez à Dieu, cherchez et goûtez les choses d'en-haut : c'est l'aliment éternel que le Christ nous a préparé. N'ayez point de souci pour vous-même, et prenez ce qui est nécessaire à votre corps, selon qu'il a été pourvu par Dieu. Ne recherchez ni goût, ni plaisir, ni commodité ; mais contentez-vous d'aliments grossiers et de ce que les autres laissent, si toutefois vous pouvez le supporter. Avec discrétion et sagesse, mesurez selon votre santé et votre tempérament ce qui vous est nécessaire, et au contraire ce dont vous pouvez vous passer. Car si vous donnez à votre corps trop au delà de ses besoins, vous fortifiez votre ennemi, et si vous lui donnez trop peu, vous faites périr le serviteur qui devait vous aider à servir Dieu.

     Voyez les anciens Pères qui vivaient autrefois dans le désert leur pain était pesé et leur eau mesurée, tant ils estimaient l'abstinence et la privation et aimaient à se contenter de peu. Cependant ils se montraient larges et généreux envers ceux qui les approchaient et envers tous les hôtes qui venaient à eux.

     C'est ce qu'on rencontre aussi chez les fondateurs d'ordres qui ont composé des règles et y ont conformé leur propre vie, comme saint Augustin, saint François, saint Benoît. Ils étaient durs et austères pour eux-mêmes, sobres et mesurés, ne prenant que le plus strict nécessaire. Mais ils étaient pour leurs frères et pour ceux qui les approchaient bons et compatissants, largement attentifs à tous leurs besoins.

     Ces exemples et ces maximes se trouvent bien encore dans les livres, mais on ne les rencontre plus guère dans les cœurs ni dans la pratique ; car les abbés et les abbesses, ainsi que les prélats de la sainte Église, à quelque état de religion qu'ils appartiennent, vivent pour la plupart, semble-t-il, dans le faste et la recherche du bien-être corporel, avec grand train de maison et des dépenses énormes comme s'ils appartenaient au monde. Il existe dans toutes les religions et presque dans tous les cloîtres des riches et des pauvres comme dans le monde.

     Les prélats, les moines et les nonnes, les sœurs et les frères et tous ceux qui dans la religion possèdent des biens, s'enferment chez eux, et y mangent et boivent à leur gré. On doit leur demander le soir ce qu'ils veulent pour le lendemain et comment il faut l'apprêter. Je ne parle pas d'ailleurs de ceux qui sont malades, infirmes et âgés, ou de santé si délicate qu'ils ne peuvent supporter les aliments grossiers ; mais j'ai en vue tous ceux qui vivent selon la chair, qui se recherchent eux-mêmes et leur propre bien-être d'une façon désordonnée ; tous durs et sans miséricorde, avares et peu prodigues d'eux-mêmes aussi bien de ce qu'ils ont ou peuvent acquérir. Ils ressemblent vraiment au riche dont parle Notre-Seigneur dans l'Évangile de saint Luc (16) , qui était vêtu de pourpre et de lin, qui mangeait et buvait chaque jour splendidement, mais ne donnait rien à personne, pas même au pauvre Lazare qui gisait devant sa porte.

     Voyez de même ce pauvre convent assis au réfectoire devant les portes du riche ; on ne lui donnera rien de plus que son dû. Ses plaintes s'élèveraient-elles jusqu'au ciel, qu'on ne lui octroierait ni un œuf, ni une moitié de hareng en plus de la pitance ordinaire. Cependant ces pauvres gens doivent jeûner au temps voulu et supporter le fardeau du chant et des lectures de nuit et de jour. Mais s'ils sont obéissants et patients, et s'ils persévèrent dans leur ordre et sous leur règle jusqu'à la mort, ils seront portés par les anges avec Lazare dans le sein d'Abraham. Quant aux riches avares, qui s'approprient le bien commun et en profitent pour vivre selon leur goût et leurs désirs sensuels, ils seront ensevelis avec le riche dans le fond de l'enfer, et au milieu des flammes ils prieront qu'on humecte leur langue d'une goutte d'eau, mais jamais ils ne pourront l'obtenir. Vous devez donc vous-même être sobre, mesurée, aimer la tempérance, demeurer silencieuse et satisfaite de ce que vous avez à manger ou à boire. Puis élevez vers Dieu votre cœur, tandis que vous prenez votre repas.

     Après quoi, vous direz vos grâces avec vos sœurs, selon l'usage, et vous remercierez et louerez Dieu pour tous ses biens. Vous prierez aussi pour ceux par qui ils vous viennent et vous demanderez enfin à Dieu de vous pardonner s'il vous est arrivé de manquer de discrétion en prenant trop ou trop peu, et de vous faire miséricorde.
 


 
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