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Les sept degrés de l'échelle d'amour spirituel Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Les sept degrés de l'échelle d'amour spirituel
Prologue
Du premier degrés
Du 2° degrés
Du 3ème degrés
Du 4ème degré
Du 5ème degré
3 Manières d'honorer Dieu
Du 2° mode d'exercice
Du 3ème mode d'exercice
Rôle des hiérarchies supérieures
2 voies enseignées par le Christ
De ceux qui croient être saints
Des mélodies célestes
Du 6ème degré d'amour
Du 7ème degré d'Amour
Bibliographie et notes

CHAPITRE IX.

CE QUE FONT POUR NOUS LES HIÉRARCHIES SUPÉRIEURES.

     Les esprits de la hiérarchie la plus élevée, qui sont les Trônes, les Chérubins et les Séraphins, ne nous accompagnent pas dans la lutte engagée par nous pour vaincre nos péchés. Avec nous seulement ils vivent dans cet état où, au-dessus de la lutte, nous sommes élevés vers Dieu en toute paix, contemplation et amour éternel.

     Les trois ordres de la hiérarchie moyenne sont les Principautés, les Puissances et les Dominations. Ils nous sont donnés pour combattre avec nous contre le démon, contre le monde et tous les vices, contre tout ce qui, enfin, constitue un obstacle dans le service de Notre-Seigneur. Ils nous ordonnent et nous gouvernent, et ils nous aident à mener jusqu'au bout une vie intime ornée de toutes les vertus.

     En effet, lorsque par la grâce de Dieu et le secours des anges, nous sommes vainqueurs du monde et de tout ce qui lui appartient, nous devenons rois et princes pour dominer ce monde, et le royaume des cieux est à nous. C'est alors que le quatrième chœur des anges, qu'on nomme les Principautés, nous prête ses services pour l'honneur de Dieu.

     De plus, lorsque nous nous abaissons nous-mêmes, nous méprisant et humiliant, de cœur et du profond de l'âme, au-dessous de toutes les créatures, pour l'honneur de Dieu, nous sommes vainqueurs du démon et de tout son pouvoir. Le cinquième chœur des anges, qui s'appelle Puissances, nous accompagne et nous prête son concours dans la pratique de notre vie intime, afin de nous assurer la victoire, pour la gloire de Dieu.

     Mais voici quelque chose de plus: c'est lorsqu'un homme se méprise lui-même et s'humilie au-dessous de tous les bons, ne s'estimant digne de se comparer à aucun en vertu, ne jugeant d'ailleurs personne et ne condamnant que lui seul. Tout ce qu'il peut faire de vertueux lui paraît de peu de valeur et comme rien, car le sentiment de la justice de Dieu et celui de sa propre bassesse ne le laissent pas s'y reposer. Nuit et jour il entend dans son cœur « Tu loueras Dieu et le serviras. » Cette voix lui ronge le cœur dans le sein et la moelle des os. La faim et l'ardeur de servir Dieu sont si grandes que tout ce qu'il peut faire de bon est consumé en un instant et ne lui donne aucun repos. Aussi il s'indigne et s'irrite contre lui-même, se sentant impuissant à faire autant de bien qu'il voudrait. Il n'a plus de complaisance naturelle ni pour soi ni pour aucune créature : cela est mort en lui et disparu. Mais il ne sait et ne sent plus qu'une seule chose : louer Dieu et le servir. Et voyant qu'il n'y peut atteindre à son gré, il se hait lui-même et se méprise, car l'Esprit du Seigneur impose sans cesse à ses désirs une nouvelle tâche de service et de louange, et plus qu'il n'en peut faire. Quoi qu'il donne, il doit toujours davantage et c'est la cause pour lui de désirs sans repos.

     Lors donc que cet homme humble voit bien et comprend qu'il ne peut accomplir ce que Dieu réclame de lui, il tombe aux pieds du Seigneur en disant: « Seigneur, je ne puis m'acquitter envers vous, je m'abandonne moi-même et me livre entre vos mains; faites de moi tout ce que vous voudrez. » À cet humble abandon, Notre-Seigneur répond : « Ton abandon et ta confiance me sont agréables: je te donne mon esprit de liberté et de vérité, afin que tu ne mettes ta complaisance qu'en moi, au-dessus de toutes bonnes œuvres et actions vertueuses. »

     Voyez : cette complaisance mutuelle qui existe entre Dieu et l'homme vraiment libre et humble, c'est la racine de la charité et de toute sainteté dans la vie intérieure. L'homme qui s'y exerce ne peut être tenté d'aucun péché, car tous les ennemis fuient devant lui comme le serpent devant la vigne en fleurs (30) . Cette même complaisance mutuelle est encore l'œuvre la plus élevée et la plus noble qu'il y ait dans la vie intime. Toutes vertus et toutes bonnes œuvres s'y achèvent et s'y ordonnent; car Dieu répand alors sa grâce et l'homme intérieur offre en retour à Dieu toutes ses œuvres.

     Ainsi s'accroissent et se renouvellent sans cesse la grâce et les bonnes œuvres; car Dieu parle à l'intime de l'homme et lui dit: «Je te donne ma grâce, donne-moi tes œuvres. » Puis, s'adressant encore à la bonne volonté et à la liberté des désirs, il ajoute: « Donne-toi à moi, je me donne à toi. Veux-tu être mien? Moi je veux être tien. » Ce sont là invitations et réponses qui sont dites à l'intérieur, dans l'esprit, et non pas extérieurement par des paroles.
     L'âme aimante répond alors: « Seigneur, vous vivez en moi avec vos grâces, et je me complais en vous par-dessus toutes choses. Je dois vous aimer, vous remercier et vous louer, et je ne puis m'en abstenir, car c'est pour moi la vie éternelle.
Vous êtes ma nourriture et mon breuvage:
plus je mange et plus j'ai faim,
plus je bois et plus j'ai soif
plus je possède et plus je désire.
Vous m'êtes plus doux au goût que le rayon de miel,
au-dessus de toute douceur qui se puisse mesurer.
Toujours demeurent en moi la faim et le désir,
car je ne puis vous épuiser.
Est-ce vous qui me dévorez, ou moi qui vous dévore? je ne sais;
car au fond de mon âme je ressens l'un et l'autre.
Vous exigez de moi que je sois un avec vous,
et cela me donne grande peine;
car je ne veux pas abandonner mes pratiques
pour m'endormir dans vos bras.
je ne puis que vous remercier, vous louer et vous rendre honneur,
car c'est pour moi la vie éternelle.
Je trouve en moi-même une certaine impatience,
et je ne sais ce que c'est.
Si je pouvais obtenir l'unité avec Dieu
et demeurer néanmoins dans mes œuvres,
alors je cesserais toutes mes plaintes.
Que Dieu, qui connaît tout besoin,
fasse de moi ce qu'il voudra!
Je me remets entièrement à son pouvoir,
et ainsi demeurerai-je intrépide en toute souffrance. »

     À cela l'Esprit du Seigneur répond dans l'intime de l'âme, sans paroles extérieures, mais au plus profond du sens : « Chère bien-aimée, je suis tien et tu es mienne; je me donne à toi par-dessus tous mes dons, et, en retour, je te réclame et je t'attire en moi au-dessus de toutes tes bonnes œuvres. »

     Lorsque, dans son intime, l'âme suit l'attraction divine, de façon à se donner librement à l'Esprit de Notre-Seigneur, elle sent alors un amour immense dans lequel elle est comme enveloppée de toutes parts. Et ainsi élevée au-dessus d'elle-même et de tous dons jusque dans l'Esprit du Seigneur, elle goûte un bonheur infini qu'elle ne peut comprendre et où elle s'écoule tout entière. Elle est embrassée et prise totalement entre l'amour immense et le bonheur sans fin, sous le regard de l'Amour même.

     Mais l'heure est courte, car l'amour ne peut rester oisif. Il crie à haute voix dans l'intime de l'âme « Remerciez, louez, honorez votre Dieu : c'est le conseil de l'amour et son commandement.»

     Voilà ce qui peut être de plus noble et de plus élevé comme exercice de vie intérieure et c'est ce qu'il y a de plus proche de la vie contemplative. On y ressemble aux anges du sixième chœur, qui s'appellent les Dominations, parce qu'ils dominent les cinq chœurs ou ordres qui sont au-dessous d'eux. C'est de même façon, en effet, que le mode d'exercice dont nous parlons est élevé au-dessus de tous ceux qui se peuvent pratiquer dans la vie intérieure.



 
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