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Avoir peur du silence c'est avoir peur de son « moi », être trop sûr de lui. Être trop sûr de son « moi » c'est être trop « raisonneur ».

 
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Les sept degrés de l'échelle d'amour spirituel Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Les sept degrés de l'échelle d'amour spirituel
Prologue
Du premier degrés
Du 2° degrés
Du 3ème degrés
Du 4ème degré
Du 5ème degré
3 Manières d'honorer Dieu
Du 2° mode d'exercice
Du 3ème mode d'exercice
Rôle des hiérarchies supérieures
2 voies enseignées par le Christ
De ceux qui croient être saints
Des mélodies célestes
Du 6ème degré d'amour
Du 7ème degré d'Amour
Bibliographie et notes

CHAPITRE XI.

COMMENT PLUSIEURS CROIENT ÊTRE SAINTS
ET SE TROMPENT EN BEAUCOUP DE MANIÈRES .

     On rencontre bien des gens, remplis de complaisance pour eux-mêmes, qui se figurent mener une vie sainte et être grands devant Dieu et qui cependant se trompent en beaucoup de manières; car ceux qui ne sont ni détachés d'eux-mêmes, ni mortifiés dans leur vie, ne sauraient être non plus ni élevés, ni expérimentés dans la vie de la grâce, ni éprouvés devant la divine majesté. Ils peuvent être doués d'intelligence et de raison subtile, mais ils se complaisent en eux-mêmes et cherchent à plaire aux hommes, et c'est là se détourner de Dieu. De même est-ce la racine principale de tout péché.

     Aussi de tels hommes cherchent-ils à s'élever au-dessus des autres et même au-dessus de tout le monde si cela leur était possible. Ils ne veulent se soumettre sincèrement à personne, mais désirent, au contraire, que tous s'inclinent devant ce qui leur paraît bon. Ils sont désagréables et pleins d'eux-mêmes, et ils veulent toujours avoir raison vis-à-vis de leurs contradicteurs. Ils se vexent facilement, ils sont mécontents, irascibles, susceptibles, mauvais, durs et hautains dans leurs paroles, dans leurs actes et dans leur attitude. Aussi est-il impossible de vivre en paix avec eux. La paix, ils ne l'ont pas non plus en eux-mêmes; car ils ne pensent qu'à épier et juger tout le monde, mais non pas leur propre personne.

     Toujours pleins de soupçons et de pensées malveillantes, n'ayant que déplaisir, rancune et dépit intérieur vis-à-vis de ceux qui ne leur plaisent pas, ils sont sans cesse tourmentés et inquiets, croyant plus savoir et mieux faire que tout le monde. Remplis de zèle pour instruire les autres, pour renseigner, reprendre et corriger, ils ne souffrent, au contraire, d'être instruits, renseignés ou repris par personne, car ils se croient les plus sages du monde. Tyranniques et méprisants à l'égard de leurs inférieurs ou de leurs égaux, lorsque ceux-ci ne leur rendent pas honneur et amour à leur gré, ils sont querelleurs et portés à l'injure, raillent souvent avec âpreté et aigreur de cœur, car ils n'ont pas l'onction du Saint-Esprit.

     Ils prennent volontiers la parole parmi les gens de bien, se croyant autorisés à parler devant tous, sages qu'ils sont, à leurs yeux, au-dessus de tous. Sous une attitude humble, ils cachent leur orgueil, et leur haine prend des apparences de justice. Ils montrent beaucoup d'affabilité et d'égards à qui les flatte ou leur fait bon visage. Pour leurs propres affaires, ils ne savent avoir trop de sollicitude, d'attention et de soin : ils se réjouissent et s'attristent à la manière du monde, selon le bien ou le mal de leurs intérêts terrestres. Louez-les ou blâmez-les en face et vous verrez bien ce qu'ils sont. Ils n'ont d'ailleurs d'anxiété ou de peine que pour ce qui les touche: la maladie, la mort, l'enfer, le purgatoire, les jugements de Dieu et sa justice. Préoccupés d'eux-mêmes, ils redoutent et craignent tout ce qui leur peut arriver, car ils s'aiment eux-mêmes d'une façon désordonnée et non pas pour Dieu ni en vue de Dieu.

     C'est pourquoi ils sont inquiets et contraints dans leur vie, gênés en face de Dieu et remplis de sollicitudes et de craintes pour tous les intérêts du monde, Ils sont aux pieds des mécréants, dans la peur qu'on ne leur enlève vie et richesses, qu'on ne leur vole ou confisque leur bien ou qu'on ne les paie pas. Ils craignent de devenir pauvres, misérables et méprisés, vieux et malades, sans consolation d'amis ou de biens terrestres. Ce sont là soucis déréglés et insensés qui nourrissent un vieux fond d'avarice et qui mènent parfois jusqu'à la folie.

     On rencontre jusque dans les ordres et dans l'état religieux des gens de cette sorte, tout pleins encore de leur volonté propre et immortifiés en eux-mêmes; ils craignent que quelque supérieur ou prélat n'entre dans leur vie, ne les gêne et n'ait pas pour eux assez d'estime, et ils pensent qu'ils ne pourraient pas supporter chose semblable. Et voyez ce qu'ils roulent dans leur tête contre ceux qu'ils croient leur être hostiles « Si celui-ci devenait mon supérieur, comment pourrais-je lui être soumis et lui obéir? Il ne m'aime pas; il ne pourrait que m'opprimer et me mépriser en toute circonstance, et tous ses amis s'entendraient avec lui contre moi. Cette anxiété leur fait tourner le sang; ils s'irritent et disent encore en eux-mêmes « Non, c'est impossible : j'y perdrais le sens, ou bien je devrais quitter le cloître.

     Voilà bien des craintes folles, une prudence désordonnée et une prévoyance qui part d'un fond d'orgueil. S'ils devenaient eux-mêmes supérieurs, c'est alors qu'ils opprimeraient et mépriseraient tous ceux qui leur seraient opposés et quiconque ne se plierait pas à leur bon plaisir. Car ils croient gouverner et ordonner toutes choses mieux et plus sagement que personne. Aussi critiquent-ils souvent dans leur cour les supérieurs et ceux qui sont en charge, et ils le font aussi devant ceux qu'ils savent disposés à les entendre. Les louanges données aux autre. leur sont pénibles, car ils s'en croient moins estimés Ils n'admettent d'ailleurs de supériorité de vie chez personne au-dessus de ce qu'ils savent et de ce qu'ils connaissent. Ce sont hommes, enfin, qui s'estiment plus sages et plus prudents que tous ceux qui les entourent, et pourtant ils sont inhabiles et inaptes à obtenir la vraie sainteté.

     Ainsi donc que chacun s'éprouve, qu'il examine et juge son esprit et ses penchants naturels, afin de voir s'il ne sent ou ne trouve en lui quelque chose qu'il doive éliminer et vaincre pour acquérir la vraie sainteté. Il nous faut, en effet, mourir au péché, afin de vivre à Dieu; il nous faut être vides d'images et nous détacher de ce qui nous plaît ou nous déplaît, afin de voir son royaume. Notre cœur, enfin, et nos désirs doivent être fermés aux choses de la terre et ouverts à celles de Dieu et de l'éternité, si nous voulons les goûter.
Fuyons donc tout ce qui est du monde
pour aimer et haïr avec Dieu,
si nous voulons jouir de Dieu même.
Il nous faut nous renoncer,
afin que l'Esprit-Saint gagne en nous
et nous délivre de toute entrave.
Ainsi pourrons-nous le louer par-dessus tous les cieux
et être un avec lui sans partage.
Alors nous le bénirons,
et nous entendrons en paix les mélodies célestes
avec leurs quatre modes harmonisés
et leurs tons multiples.



 
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