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C'est par le silence que l'on tait la langue.

 
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Les sept degrés de l'échelle d'amour spirituel Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Les sept degrés de l'échelle d'amour spirituel
Prologue
Du premier degrés
Du 2° degrés
Du 3ème degrés
Du 4ème degré
Du 5ème degré
3 Manières d'honorer Dieu
Du 2° mode d'exercice
Du 3ème mode d'exercice
Rôle des hiérarchies supérieures
2 voies enseignées par le Christ
De ceux qui croient être saints
Des mélodies célestes
Du 6ème degré d'amour
Du 7ème degré d'Amour
Bibliographie et notes

CHAPITRE XII.

DES MÉLODIES CÉLESTES

     Notre Père céleste nous a éternellement appelés et élus en son Fils bien-aimé, et il a écrit nos noms du doigt de son amour (42) dans le livre vivant de sa Sagesse éternelle: c'est pourquoi nous lui répondons de tout notre pouvoir, avec une révérence et une vénération sans fin (43) . Et c'est ainsi que débutent tous les chants des anges et des hommes, qui ne cesseront jamais.

     Le premier mode de chant céleste, c'est l'amour envers Dieu et envers le prochain, et pour nous l'apprendre Dieu le Père nous a envoyé son Fils. Qui ne connaît, en effet, ce mode ne peut entrer dans le chœur céleste, car il n'en a ni la connaissance ni l'ornement, et il devra donc demeurer éternellement au dehors.

     Jésus-Christ, notre amant éternel, au jour de sa conception dans le sein vénérable de sa mère, chantait en esprit gloire et honneur à son Père céleste, repos et paix à tous les hommes qui sont de bonne volonté. Et dans la nuit où il naquit de la Vierge Marie sa mère, les anges chantèrent le même doux petit chant. C'est de quoi la sainte Église se souvient lorsqu'elle le chante à son tour, spécialement en ces deux fêtes.

     Aimer Dieu et aimer le prochain en vue de Dieu, à cause de Dieu et en Dieu, voilà, en effet, ce qui peut être chanté de plus sublime et de plus joyeux au ciel et sur la terre. L'art et la science de ce chant sont donnés par le Saint-Esprit.

     Le Christ, notre chantre et maître de chœur, a chanté dès le commencement et nous entonnera éternellement le cantique de fidélité et d'amour sans fin. Puis, nous tous, de tout notre pouvoir, nous chanterons à sa suite, tant ici-bas qu'au milieu du chœur de la gloire de Dieu. Ainsi l'amour vrai et sans feinte est le chant commun qu'il nous faut connaître tous pour faire partie du chœur des anges et des saints dans le royaume de Dieu; car l'amour est la racine et la cause de toutes les vertus à l'intérieur, il est l'ornement et la vraie parure de toutes les bonnes œuvres à l'extérieur. Il vit de soi et est à soi-même sa propre récompense. Dans son action, il ne peut se tromper, car là nous avons été devancés par le Christ, qui nous a enseigné l'amour et qui a vécu dans l'amour, lui avec tous les siens. Nous devons donc l'imiter, si nous voulons être bienheureux avec lui et posséder le salut.

     Tel est le premier mode du chant céleste que la Sagesse de Dieu enseigne à tous ses disciples obéissants, par l'intermédiaire de l'Esprit-Saint.

     Vient ensuite le second mode: c'est l'humilité sincère, que personne ne peut élever ni abaisser. En elle, en effet, est la racine et le fondement solide de toutes les vertus et de tout édifice spirituel. C'est elle aussi qui constitue la teneur et les finales de tout chant céleste, demeurant en harmonie avec toutes les vertus: car elle est le manteau et l'ornement de la charité, et c'est la voix la plus douce qui puisse chanter devant la face de Dieu.

     Ses accords sont si gracieux et si attrayants qu'ils attirèrent la Sagesse de Dieu jusque dans notre nature; car lorsque Marie dit : « Voici la servante du Seigneur, que tout ce qu'il veut se réalise en moi », (44) Dieu fut tellement vaincu qu'il voulut de sa Sagesse éternelle emplir l'humble sein de la Vierge.

     Ainsi la sublime hauteur s'est réduite à l'abaissement; le Fils de Dieu s'est humilié et a revêtu la forme d'esclave, afin de nous élever jusqu'à la forme de Dieu. Il s'est humilié et mis au-dessous de tous les hommes il s'est méprisé lui-même et il a voulu nous servir jusqu'à la mort. C'est pourquoi, si vous voulez lui ressembler et le suivre là où on chante le cantique de l'humilité sincère, vous devez vous renier et mépriser vous-même, aimer et désirer le mépris, le dédain et l'oubli de tous les autres hommes; car l'humilité reste insensible à ce qui flatte ou à ce qui est pénible, à l'honneur ou à la honte et à tout ce qui n'est pas elle. C'est le don le plus élevé et le joyau le plus beau que Dieu puisse donner à l'âme aimante, en dehors de lui-même. Elle est la plénitude de toute grâce et de tous les dons. Qui habite en elle lui est uni et il a trouvé la paix sans fin.

     Le troisième mode de chant céleste consiste à renoncer à notre volonté propre et à tout ce qui nous appartient, afin de nous abandonner à la très chère volonté de Dieu, et de supporter et souffrir tout ce qu'il voudra nous imposer. Et quoique la nature qui porte la croix et suit Notre-Seigneur jusqu'à la mort soit dans la peine, l'esprit qui fait volontairement une telle offrande est dans la joie.

     La nature pleure et se. plaint à cause du lourd fardeau qui l'accable, mais nous nous réjouirons ensuite dans la gloire de Dieu, alors que Jésus essuiera nos larmes et nous montrera que, par son sang précieux, il nous a acquis à son Père, en donnant pour prix sa mort.

     Alors nous chanterons avec lui cette douce mélodie que mérite la souffrance volontaire et qui n'appartient qu'aux hommes et non aux anges. Et autant le martyre, le labeur et la souffrance auront été grands et multiples, autant aussi il y aura de gloire, de récompense et d'honneur. Le Christ, notre chantre, nous imposera lui-même ce cantique, car il est le prince et le roi de toute souffrance portée volontairement par amour et pour l'honneur de Dieu. Et sa voix est d'une clarté, d'une richesse et d'une sonorité sans pareille; il a la science parfaite du chant céleste, de ses modes, de ses nuances et de ses harmonies variées. Avec lui nous chanterons tous, remerciant et louant son Père céleste qui nous l'a envoyé.

     Le Christ devait souffrir et monter ainsi dans sa gloire. C'est pourquoi, nous aussi, il nous faut souffrir de bon cœur, pour lui ressembler et le suivre dans cette gloire et celle de son Père, avec qui il est un dans la fruition du Saint-Esprit. Là nous chanterons tous, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, chacun personnellement, en esprit, selon nos mérites et notre dignité devant Dieu.

     Vient enfin le quatrième mode de chant céleste, le plus intime, le plus noble, le plus élevé, qui consiste à défaillir dans la louange de Dieu (45) .

     Notre Père céleste est en même temps avide et généreux. À ses bien-aimés qui sont élevés en esprit et qui marchent devant sa face, il donne libéralement sa grâce, ses dons et ses bienfaits; mais en retour il exige de chacun qu'il lui rende, en actions de grâces, en louanges et en exercice de toutes bonnes œuvres, selon qu'il a été doté de Dieu extérieurement et intérieurement. Car la grâce divine n'est pas donnée inutilement ni en vain, et si nous la mettons à profit, elle coule sans cesse et nous donne tout ce dont nous avons besoin, réclamant en retour de nous tout ce que nous pouvons rendre; et ces dons réciproques font naître et pratiquer toutes vertus, sans crainte d'erreur.

     Mais au-dessus de toutes œuvres et exercices de vertus, notre Père céleste enseigne à ceux qui lui sont spécialement chers que, dans ses dons et dans ses exigences, il se montre non seulement libéral et avide, mais bien avidité et libéralité mêmes. Il veut, en effet, se donner à nous tout entier, lui et tout ce qu'il est; mais en retour il réclame que nous nous donnions à lui pleinement, avec tout ce que nous sommes. Ainsi son intention et sa volonté sont-elles que nous soyons totalement siens, comme lui se fait tout entier nôtre, chacun demeurant cependant ce qu'il est. Car nous ne pouvons devenir Dieu, mais nous lui sommes unis, tout à la fois par intermédiaire et sans intermédiaire.

     L'intermédiaire pour l'union, c'est la grâce et nos bonnes œuvres. Et le mutuel amour constitué ainsi par la grâce de Dieu et nos bonnes œuvres fait qu'il vit en nous et que nous vivons en lui, soumis à son influence au point de ne faire qu'une seule volonté avec la sienne pour tout bien. Car son Esprit et sa grâce opèrent en nous toutes bonnes œuvres, plus que nous ne le faisons nous-mêmes, et la grâce qu'il nous donne, en même temps que l'amour que nous lui rendons, élabore une œuvre que nous faisons ensemble et d'un commun accord. Notre amour pour Dieu, en effet, est l'œuvre la plus haute et la plus noble dont nous puissions avoir conscience entre nous et Dieu. L'Esprit divin, de son côté, réclame de notre esprit que nous aimions Dieu, que nous lui rendions grâces et que nous chantions ses louanges selon sa noblesse et sa suprême dignité; et là viennent défaillir tous les esprits aimants tant au ciel qu'en terre. Ils s'épuisent et tombent tous sans force devant cette hauteur infinie de Dieu. C'est l'intermédiaire le plus noble et le plus élevé qui puisse être entre nous et Dieu: la grâce de Dieu y est dans sa perfection avec toutes les vertus.

     Mais nous sommes encore unis à Dieu sans intermédiaire, au-dessus de la grâce et de toute vertu; car en dehors de tout intermédiaire, nous avons reçu l'image de Dieu dans la substance vive de notre âme (46) , et là nous sommes unis à Dieu sans intermédiaire. Nous ne devenons pas Dieu néanmoins; mais nous demeurons toujours semblables à Dieu, et il vit en nous et nous en lui par le moyen de sa grâce et de nos bonnes œuvres. Ainsi nous sommes unis à Dieu sans intermédiaire, au-dessus de toute vertu, là où nous portons son image à la cime même de notre nature créée: néanmoins nous lui demeurons toujours semblables et unis en nous-mêmes, par le moyen de sa grâce et de notre vie vertueuse. Et, de la sorte, nous demeurons à jamais semblables à Dieu en grâce et en gloire, et au-dessus de ressemblance, un avec lui dans notre image éternelle.

     L'unité vivante avec Dieu est dans notre essence même: nous ne pouvons ni la comprendre, ni l'atteindre, ni la saisir. Elle se joue de toutes nos forces et elle exige de nous d'être un avec Dieu sans intermédiaire, et cela nous ne pouvons l'accomplir. Et c'est pourquoi nous le suivons en entrant dans le repos de notre être. Dans ce sanctuaire tranquille, l'Esprit du Seigneur se repose et demeure en nous avec tous ses dons (47) , Il donne sa grâce et ses dons à toutes nos puissances et il réclame de nous d'aimer, de rendre grâces et de louer. Et il habite lui-même dans notre essence, réclamant de nous le repos et l'unité avec lui au-dessus de toute vertu. De là vient que nous ne pouvons pas demeurer en nous-mêmes avec nos bonnes œuvres, ni au-dessus de nous avec Dieu dans l'état de repos et c'est là le jeu le plus intime de l'amour (48) .

     L'Esprit du Seigneur est une éternelle opération de Dieu, et il veut qu'éternellement nous travaillions et lui soyons semblables. Mais il est aussi repos et fruition du Père et du Fils et de tous ses bien-aimés en éternelle inaction. Cette fruition est au-dessus de nos œuvres nous ne pouvons la comprendre. Et nos œuvres demeurent toujours au-dessous de la fruition : nous ne pouvons les introduire jusqu'à elle. Lorsque nous agissons, il nous manque toujours quelque chose; nous ne pouvons aimer Dieu suffisamment. Mais en jouissant nous avons satisfaction nous sommes tout ce que nous voulons.

     Tel est le quatrième mode de chant céleste, le plus noble qui puisse être chanté au ciel et sur la terre.

     Vous devez savoir cependant que ni Dieu, ni les anges, ni les âmes ne chantent avec une voix corporelle, car ils sont esprits. Ils n'ont ni oreilles, ni bouche, ni langue, ni gosier, ni gorge, pour former un chant. L'Écriture sainte dit bien que Dieu parla à Abraham, à Moïse, aux patriarches et aux prophètes, en mille manières, avec des paroles sensibles, avant de prendre lui-même la nature humaine. La sainte Église, à son tour, atteste que les anges chantent éternellement et sans fin : Sanctus, Sanctus, Sanctus . De même l'ange Gabriel apporta-t-il à Notre-Dame le message qu'elle concevrait le Fils de Dieu par la vertu de l'Esprit-Saint. Des anges transportèrent en chantant l'âme de saint Martin au ciel, et Marie-Madeleine trouvait dans le chant des anges sa nourriture de chaque jour.

     Ainsi donc les esprits bons et mauvais et les âmes peuvent se montrer aux hommes en la forme qu'ils veulent, autant qu'il plaît à Dieu de le permettre, mais dans la vie éternelle ceci n'est pas nécessaire. Car nous contemplerons alors avec les yeux de l'intelligence la gloire de Dieu, de tous les anges et de tous les saints en général, en même temps que la gloire spéciale et la récompense de chacun, en toutes manières que nous voudrons.

     Mais, au dernier jour, au jugement de Dieu, lorsque nous ressusciterons avec nos corps glorieux, par la puissance de Notre-Seigneur, ces corps seront blancs et resplendissants comme la neige, plus brillants en clarté que le soleil et transparents comme le cristal, Et chacun aura sa marque spéciale en honneur et en gloire, selon qu'il aura supporté et enduré les tourments et autres souffrances, volontairement et librement pour l'honneur de Dieu. Car toutes choses seront ordonnées et récompensées selon la sagesse de Dieu et la noblesse de nos bonnes œuvres. Et le Christ, notre chantre et maître de chœur, chantera de sa voix triomphante et douce un cantique éternel, c'est-à-dire louange et honneur à son Père céleste. Et tous nous chanterons ce même cantique d'un esprit joyeux et d'une voix claire, éternellement et sans fin. La jouissance et la gloire de notre âme rejailliront sur nos sens et tous nos membres, et nous nous contemplerons mutuellement de nos yeux glorifiés; nous entendrons, dirons et chanterons la louange de Notre-Seigneur avec des voix sans défaillance. Le Christ nous servira et il nous montrera sa face toute brillante et son corps glorieux portant les marques de fidélité et d'amour qui y sont imprimées.

     De même, nous contemplerons tous les corps glorieux revêtus des nombreuses marques de l'amour dépensé au service de Dieu, depuis le commencement du monde, et notre vie sensible sera toute remplie extérieurement et intérieurement de la gloire de Dieu. Notre cœur plein de vie brûlera d'un amour ardent pour Dieu et tous les saints; toutes les puissances de notre âme resplendiront de gloire et elles seront ornées des dons de Dieu et de toutes les vertus qu'elles auront pratiquées dès le commencement. Enfin, et cela surpasse toutes choses, nous serons ravis hors de nous dans la gloire de Dieu qui est infinie, incompréhensible, sans mesure, et nous en jouirons avec lui éternellement et sans fin.

     Le Christ dans sa nature humaine mènera le chœur de droite, car il est ce que Dieu a fait de plus élevé et de plus sublime, et à ce chœur appartiennent tous ceux en qui il vit et qui vivent en lui. L'autre chœur est celui des anges, car, bien qu'ils soient plus nobles en nature, nous avons été dotés d'une façon plus sublime en Jésus-Christ avec qui nous sommes un. Lui-même sera le Pontife suprême au milieu du chœur des anges et des hommes, devant le trône de la souveraine majesté de Dieu. Et il offrira et renouvellera devant son Père céleste, le Dieu tout-puissant, toutes les offrandes qui furent jamais présentées par les anges et les hommes, et, sans cesse, elles seront renouvelées et demeureront fixées dans la gloire de Dieu.

      Ainsi, nos corps et nos sens, avec lesquels nous servons Dieu maintenant, seront glorifiés et béatifiés, de cette même gloire dont brille le corps du Christ, pour le service dont il s'est acquitté envers Dieu et envers nous-mêmes. Nos âmes, en qui maintenant et éternellement nous aimons, remercions et louons Dieu, seront alors des esprits bienheureux et glorieux, comme sont bienheureux et glorieux l'âme du Christ, les anges et tous les esprits, qui aiment, remercient et louent Dieu. Et par le Christ nous serons ravis en Dieu et nous serons un avec lui dans la fruition et dans la béatitude éternelle. Et ainsi j'en ai fini avec le cinquième degré de notre échelle céleste.



 
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