DE LA SOUVERAINETÉ DE DIEU ET DE LA CRÉATION DES ANGES ET DES HOMMES.
En premier lieu, il est parlé du Seigneur : car Dieu est le principe, la source, la vie et le soutien de toutes les créatures. Quatre prérogatives appartiennent à un seigneur : la puissance, la sagesse, la libéralité ou miséricorde, et la rectitude. Dieu est puissance : tout lui est soumis. Dieu est sagesse insondable, et aux yeux de cette sagesse toutes choses sont claires et à découvert. Il est la libéralité et la bonté qui donne sans mesure. Enfin il est la rectitude qui récompense ou punit chacun selon ses actes.
C'est pour montrer sa puissance, sa sagesse et sa bonté qu'il a créé le royaume des cieux et celui de la terre, donnant au ciel comme ornement les anges et lui-même, et au royaume de la terre les hommes et la grande variété des créatures. En créant il a manifesté sa puissance ; dans l'ordonnance de toutes choses il a montré sa sagesse ; il a fait preuve enfin de bonté et de libéralité en répandant ses dons innombrables.
Dieu a créé la nature angélique, les esprits de haute intelligence et il leur a donné le pouvoir et la grâce de se tourner vers lui avec humilité et révérence, amour, louange et respect souverain, afin que, pratiquant ce retour, ils puissent posséder le royaume infini d'éternelle immutabilité. Il a voulu que leur intelligence fût transformée et illuminée par la sagesse sans mesure ; que leur volonté libre se tournant vers lui fût pénétrée et envahie par l'amour infini ; que toutes leurs puissances enfin dans leur unité fussent comme plongées dans l'éternelle et infinie jouissance.
Ceux qui se sont tournés vers Dieu possèdent donc la béatitude, car chacune de leurs puissances opère son retour dans la lumière de gloire, met sa jouissance dans l'éternelle divinité et pénètre dans la clarté essentielle. Ceux au contraire qui se sont détournés de Dieu pour se complaire en eux-mêmes et dans la noblesse de leur nature sont malheureux ; car d'eux-mêmes ils sont si impuissants, si dépourvus de grâce et rencontrent de tels obstacles (2), qu'ils ne peuvent plus se retourner vers Dieu ; leur intelligence est envahie par les ténèbres du péché et détournée de la clarté divine ; leur volonté est toute remplie d'amertume et souffre l'éternelle damnation : déchus du plus haut état dans le plus bas, ils sont désormais les ennemis de Dieu, des anges, des saints et des hommes.
Alors Dieu créa la nature humaine et l'embellit de ses grâces, afin que, par humilité, soumission, fidélité, louange, amour et vénération, elle pût posséder et mériter la place que les anges avaient perdue par les vices contraires.
Telle est l'explication de la première parole du Sage : le Seigneur, terme qui marque la puissance par laquelle Dieu a créé toutes choses de rien, la sagesse avec laquelle il a ordonné le ciel et la terre, la bonté et la libéralité qui ont paru dans ses dons multiples répandus sur le monde, sur les anges et sur les hommes, l'équité enfin qui lui fait récompenser les bons par le don de lui-même dans la joie éternelle et rejeter les mauvais dans les peines sans fin. C'est le premier des cinq enseignements principaux donnés par le Sage, celui qui est contenu dans cette parole : le Seigneur.