Demandons au Saint Esprit qu'Il nous fasse découvrir la richesse du discours du silence, support d'humilité parfaite qui développera en nous les Dons de ce même Esprit.
Les hommes de cette catégorie sont pervers à cause de l'habileté et des ruses dont leur vie est pleine ; car ils veulent jouir de la terre et en même temps gagner le ciel. Mais plusieurs obstacles s'opposent à ce que la grâce de Dieu les aide. Ils ont la duplicité dans le cœur, voulant tout à la fois servir Dieu et le monde, plaire à l'un et à l'autre. Ils jeûnent, célèbrent les fêtes, vont à l'église, entendent la parole de Dieu et semblent suivre avec exactitude tout ce qui est prescrit. Ainsi croient-ils satisfaire à ce qu'ils doivent à Dieu. Mais leur intention n'est ni franche ni droite ; ils sont travaillés à l'intérieur de mille soucis, projets et subtiles pensées, tandis qu'à l'extérieur ils se préoccupent des moyens divers d'acquérir les biens terrestres. En un mot, ils veulent posséder à la fois le ciel et la terre, le temps et l'éternité.
On rencontre de ces gens dans toutes les classes du peuple, aussi bien parmi les ecclésiastiques que parmi les laïques. Les moines et les nonnes désirent passer pour religieux, et cependant posséder en propre des biens autant qu'ils peuvent. Les chanoines et les prêtres séculiers veulent avoir deux ou trois prébendes, ou bien ils se livrent au négoce et acquièrent le plus de revenus possible. Laïques, gens de métiers, béguines, hommes de toute sorte cherchent Dieu, mais aussi les biens terrestres au-delà du nécessaire : chez tous c'est duplicité qui les éloigne de Dieu et les rend indignes de sa grâce.
L'avarice est un nouvel obstacle, car ces hommes qui paraissent si ponctuels dans le service de Dieu oublient de compatir à autrui, de pratiquer la charité et la miséricorde. Il semble que pour le faire il leur manque toujours quelque chose et qu'ils ne peuvent se dessaisir de rien. Leur conscience, en éveil à l'endroit des autres vices, demeure muette vis-à-vis de la rapacité et de l'avarice ; car ils se font une conscience à leur gré et non selon la rectitude, n'étant pas mus par l'amour divin.
À cette cupidité se joint une grande habileté naturelle et subtilité de vues. Ils savent prévoir de loin le gain et la perte, et en toute affaire, à l'égard de pauvres ou de riches, ils cherchent leur avantage, en cachette ou au grand jour. Personne ne les aime à cause de leur grande avarice. Mais dans leur prudence naturelle, ils donnent volontiers lorsqu'ils se sentent mourir, afin de pouvoir gagner ainsi le royaume des cieux. S'ils étaient capables de vivre toujours, ils ne donneraient jamais rien.
Leur cœur est d'ailleurs endurci comme une pierre. Quelques sermons qu'ils entendent, quelques bonnes choses qu'on leur dise, quelques bons exemples qu'ils voient, et alors même que Dieu les châtie en leur envoyant des maladies ou la perte de leurs biens, ils demeurent toujours dans leur vieille habitude. Ils ont une prudence mauvaise, qui leur fait peu goûter la libéralité divine. Pour se rendre dignes de l'amour de Dieu, ils devraient l'aimer de meilleur cœur et mépriser à cause de lui toutes choses terrestres superflues. Qu'ils partagent donc avec les pauvres de Dieu le bien qu'ils ont reçu de lui, et qu'ils cherchent avec diligence et zèle son royaume, se laissant conduire dans toute leur vie par une juste charité et discrétion ; ainsi pourront-ils recevoir la grâce et ensuite la vie éternelle.