Une cinquième catégorie se compose de ceux qui sont esclaves d'eux-mêmes. Or voici les causes de cette servilité qui les prive de liberté et de noblesse et les rend indignes de l'amour de Dieu.
Tout d'abord c'est la recherche d'eux-mêmes et de leur propre intérêt. Sous cette influence, ils fuient tout ce qui pourrait leur nuire, et s'ils craignent l'enfer et désirent l'éternelle joie, c'est parce qu'ils pensent surtout à eux-mêmes, faisant de cette recherche personnelle le mobile de tous leurs actes, ce qui leur donne grand labeur (13).
Puis ils sont perpétuellement dans la crainte de subir une perte ou dans l'espoir d'un gain à réaliser. Aussi en voit-on parmi eux qui consentent à mépriser les biens de la terre parce qu'ils pensent à une richesse éternelle. Ils font d'ailleurs grand cas de leurs œuvres et de leur service, plus confiants en ce qu'ils accomplissent eux-mêmes qu'en leur titre d'héritiers de Dieu, affranchis et rachetés par le sang du Christ.
Enfin ils se conduisent comme de vrais mercenaires, car s'ils ne croyaient pas que Dieu dût les récompenser, ils ne le serviraient point. Ils craignent plus le châtiment que l'offense de Dieu, et ils souhaitent le royaume du ciel surtout pour y jouir de la félicité et non pour y louer Dieu éternellement et demeurer à jamais ses libres serviteurs. Tous ces hommes se montrent serviles et ils ne sont pas conduits par la charité, car ils ne pensent qu'à eux-mêmes en toutes choses. La charité, au contraire, poursuit sans cesse l'honneur de Dieu ; elle nous apprend l'oubli de nous-mêmes et le renoncement, et nous suggère le désir de servir Dieu par amour dans le temps et dans l'éternité. Cette même charité nous porte encore à attendre avec confiance que Dieu nous donne son royaume et qu'il se donne lui-même pour l'éternelle joie.
C'est ainsi que de bons serviteurs reportent leur intention vers Dieu et montrent qu'ils sont affranchis. De cette façon ils pourront recevoir sa grâce, persévérer dans leurs œuvres et acquérir la vie éternelle.