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C'est par le silence que l'on essouffle la passion.

 
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Livre du Royaume des Amants de Dieu Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Livre du Royaume des Amants de Dieu
Souveraineté de Dieu et Création
Incarnation et Sacrements
8 marques de l'homme Juste
3 voies pour aller au Ciel
Voie de lumière naturelle
3ème voie
6 sortes d'hommes imparfaits
2ème sorte d'hommes "mauvais"
3ème sorte d'hommes "mauvais"
4ème sorte d'hommes mauvais
5ème sorte d'hommes "mauvais"
6ème sorte d'hommes "mauvais" et notes
3 vertus Théologales
Don de crainte
Don de piété
De la piété
Posséder le don de piété
Don de science
Posséder le don de science
Don de Force
Posséder le don de Force
Force et Vertus
De la liberté et volonté
Acquérir le don de Force et notes
Don de Conseil
Ressembler au Christ
Les 7 planètes
Posséder le don de Conseil
Plus haut degré de ce Don
Posséder ce Don parfaitement
Don d'Intelligence
Posséder le don d'Intelligence
Don de Sagesse savoureuse
De la raison contemplative
Du Saint Esprit
Posséder le Don de Sagesse et notes
Des 5 Royaumes de Dieu
4 Dons des Corps Glorieux
Du Royaume naturel de Dieu
Du Royaume des Ecritures
Royaume de la Grâce et de la Gloire
6 fruits de la Grâce et de la Gloire
Royaume qui est Dieu Lui-même
Bibliographie et notes.

CHAPITRE XIV.

DU DON DE CRAINTE DU SEIGNEUR (3)

     Le premier des sept dons divins, c’est la crainte amoureuse du Seigneur qui redoute plus de l’offenser que de perdre la récompense. Elle confère à l’homme un sentiment de révérence et de vénération pour Dieu et son humanité sainte, en même temps que le désir de conformer toute sa vie et toutes ses œuvres à l’honneur et à la ressemblance du Christ. De même elle lui fait concevoir grand respect et estime pour tous les sacrements de la sainte Église, pour la doctrine du Christ et de tous les saints, et pour le service de Dieu ; elle lui inspire la déférence courtoise à l’égard de ses supérieurs tant ecclésiastiques que séculiers, ainsi que le respect de tous les hommes de bien, en qui il reconnaît une vie vertueuse et une ressemblance avec Dieu.
     De cette crainte amoureuse naissent la vraie humilité et l’abaissement sincère, qui consistent pour l’homme à voir clairement le contraste entre la grandeur de Dieu et sa propre petitesse, entre la sagesse souveraine et sa propre ignorance, entre la richesse et la libéralité divines et la pauvreté et indigence qui sont en lui-même. L’humilité fait qu’il s’abaisse toujours et se fait petit devant les yeux de Dieu ; elle le porte à se regarder comme plus vil que tous, qu’ils soient ses supérieurs, ses égaux ou ses inférieurs. Ainsi abaissé et humilié, il servira volontiers quoiqu’avec discrétion tous ceux qui ont besoin de lui ; il se contentera facilement de la nourriture et de la boisson qu’on lui donne, dans la mesure où ses forces le lui permettent ; il se montrera humble dans son maintien, selon son état et les convenances, de sorte que nul n’ait de juste motif de le reprendre ; il sera enfin plein d’humilité dans ses démarches, à l’extérieur et à l’intérieur, devant Dieu et tous les hommes.
     L’humilité fera naître l’obéissance, qui donne à l’homme la soumission envers Dieu et ses commandements, envers les supérieurs et la sainte Église, envers tous les hommes vertueux enfin, pour tout bien. Par là aussi ses sens et ses puissances inférieures obéiront et se soumettront à la raison supérieure, se livrant au labeur de la pénitence corporelle, autant que la nature le peut discrètement porter.
Puis viendra l’abnégation de la volonté propre, par laquelle l’homme renonçant à lui-même, qu’il ait à agir ou à s’abstenir, se soumet à la volonté de Dieu en toutes choses, ainsi qu’à celle de ses supérieurs et de tous ceux avec qui il vit, en ce qui est permis et opportun, selon la discrétion. C’est à ceux qui possèdent ainsi la pratique de la crainte du Seigneur, après avoir renoncé à leur propre volonté et à leur propre jouissance, que s’applique la parole du Christ : « Bienheureux sont les pauvres d’esprit, car le royaume des cieux est à eux (4). » Nul n’est plus pauvre, en effet, ni plus dépouillé que celui qui sert Dieu toute sa vie, et ne veut, ne souhaite et ne désire rien que ce qu’il plaît à Dieu de lui donner. Celui-là est un vrai disciple et imitateur du Christ : car il ne possède aucune chose, et se confiant pleinement en Dieu, il se sent plus assuré que s’il avait lui-même le pouvoir de choisir entre tous les dons divins du temps ou de l’éternité.
     Un tel homme ressemble aux anges du chœur inférieur, il est leur émule et appartient à leur chœur ; car ceux-ci pratiquent la révérence et l’honneur envers Dieu, ils ont de la déférence pour tous les anges et tous les hommes ; ils sont humbles et dévoués au ser-vice de Dieu et de chacun. Dans leur office de messagers ils font preuve d’obéissance envers tous, leur volonté est unie à celle de Dieu, et ainsi dépouillés de toute recherche propre, ils jouissent de la béatitude éternelle.
     Celui qui possède le don de crainte ressemble encore à Dieu lui-même tant dans sa nature divine que dans la nature humaine qu’il a prise. Dieu, en effet, n’a-t-il pas témoigné respect et honneur à la nature humaine, en l’élevant au-dessus de tous les cieux et de tous les chœurs des anges ? Il a fait preuve d’humilité en prenant cette nature pour se l’unir. Enfin il a pratiqué l’obéissance en se rendant aux désirs et aux appels des patriarches et des prophètes ; il a fait abandon de sa volonté, selon que disent les Écritures, en mille manières, et il s’est soumis aux désirs de ses amis. Dans sa nature humaine, le Christ était rempli de respect et de vénération pour son Père ; il poursuivait son honneur, sa louange et sa gloire en toutes ses œuvres. Il le servait avec une humble soumission, et son humilité se montrait encore à l’égard de tous les hommes, en particulier de ses disciples, qu’il assistait en toutes circonstances. Avec quelle humilité a-t-il lavé lui-même leurs pieds, disant : « Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir (5). » Sa volonté était soumise et pleinement abandonnée à celle de son Père durant sa vie et jusqu’à la mort. Il obéissait même volontiers à la loi juive et à ses prescriptions, ainsi qu’aux coutumes des patriarches et des prophètes, lorsqu’il le jugeait convenable.
     Posséder d’une façon parfaite la crainte du Seigneur, c’est orner et transformer au moyen des vertus divines ce que l’on peut appeler l’élément terrestre chez l’homme et régler l’appétit irascible. La terre reçoit son ornement des arbres qui la couvrent avec leurs fruits sans nombre telle est chez l’homme l’intention appliquée à Dieu en toute révérence et vénération. Les plantes délicates, au parfum délicieux, ce sont les diverses formes du service de Dieu accompli avec une humilité sincère. Les animaux et les bêtes sauvages qui vivent sur la terre et que l’homme doit dompter, ce sont les puissances inférieures qu’il faut amener à obéir selon la rectitude. Mais l’homme raisonnable trouve son vrai ornement à se renoncer soi-même et à se soumettre à Dieu sans résistance de la volonté propre. Voilà ce qui s’appelle orner la terre et dominer l’appétit irascible.
     L’homme est ainsi établi dans un paradis terrestre qu’il doit cultiver et garder. Le cultiver, c’est pratiquer les vertus ; le garder, c’est s’abstenir du péché, qui ferait perdre à la fois le fruit et le paradis. Au milieu de ce paradis il y a l’arbre de vie, l’arbre de la science du bien et du mal (6). Il représente la délectation naturelle et produit des fruits beaux et savoureux, propres à satisfaire la nature. Le démon et le monde les présentent et les offrent aux sens figurés par la femme, qui à son tour les porte à l’homme, image de la raison supérieure, à qui Dieu a confié la garde du paradis. Or, l’homme peut bien manger du fruit des vertus pour sa consolation et sa joie, et croître ainsi toujours en grâce ; mais il lui est défendu de se nourrir du fruit de la délectation sensible, c’est-à-dire de vivre selon la satisfaction de la nature. Aussi dès que la raison supérieure consent à prendre ce fruit et se laisse entraîner par les suggestions de la femme, c’est-à-dire par les sens et le démon, malgré les défenses de Dieu et à l’encontre de sa volonté, l’homme est chassé du paradis, il est dépouillé de toutes vertus, banni et retranché du royaume éternel de Dieu.
     Si l’on veut élever la crainte de Dieu et toutes les vertus qui en naissent jusqu’à la plus haute perfection, il faut observer ce qui suit :
Porter vers Dieu son intention
et la lui dévouer sans cesse
en une application constante ;
puis grandir dans la crainte du Seigneur,
afin de le servir sans retour
en grande louange et vénération.
Il faut aussi bien connaître,
savoir et envisager toujours,
dans le fond de sa conscience,
comment on doit vaquer à Dieu,
en même temps que servir tous les hommes,
avec une vraie humilité.
Qu’en vous les vertus veillent sans cesse
sans jamais se livrer au sommeil,
s’exerçant en toute droiture ;
puis livrez-vous avec joie
sans nulle fatigue ni trêve
au labeur de l’obéissance.
Dépouillez la volonté propre
afin de l’abandonner à Dieu,
en toute abnégation.
Lorsqu’on vit sans faire de choix,
on ne peut plus rien perdre,
dans le temps ni dans l’éternité.
Tournez-vous franchement vers ce but,
vous aurez la crainte du Seigneur,
dans sa perfection la plus haute.

     Mais voici maintenant quatre obstacles qui s’opposent à ce que l’homme possède la crainte de Dieu en cette perfection :
Ceux qui vivent avec négligence
font preuve de peu de crainte
pour servir Dieu dignement.
Les gens grossiers et bornés
ne savent point servir humblement
en vue de l’éternité.
Il faut souvent qu’ils se plaignent
ceux qui portent avec peine
le joug de l’obéissance.
Lorsqu’on veut faire sa volonté
on ne peut guère progresser
parce qu’on vit dans l’entêtement.
Ces quatre choses sont une entrave
qui empêche l’homme de posséder
la crainte dans sa perfection.

Mais il faut encore vous montrer
ce qui est cause de destruction
pour cette crainte et toute vertu :
Se tourner vers la créature,
et abandonner le Seigneur,
c’est lui faire grande injure.
La méconnaissance de soi-même
éloigne et fait ignorer
la vraie humilité.
Ne point pratiquer la vertu
c’est, comme il est dit souvent,
vivre sans obéissance.
Enfin la volonté propre
creuse un enfer
d’endurcissement.
Voilà qui sépare de Dieu
et conduit à la détresse
de l’éternelle damnation.



 
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