COMMENT L’ON PEUT POSSÉDER LE DON DE PIÉTÉ DANS SA PLÉNITUDE.
Si l’homme veut posséder le don de piété dans toute sa plénitude, avec toutes les vertus qui en découlent, il doit remplir les conditions suivantes : Son esprit doit être en repos, insensible au succès extérieur, et demeurant toujours simple. Qui veut être miséricordieux n’y rencontrera nulle peine, pourvu qu’il pratique la douceur. Ainsi aura-t-il compassion de tous ceux qui ne peuvent avoir le plus strict nécessaire ce qu’on doit toujours regarder si l’on veut vivre vertueusement et selon la sage discrétion. Ayez cette charité large, que nul ne doit abandonner ; faites œuvre de miséricorde, sans choix, ni égard de parenté, mais ayez un commun amour pour tous selon la discrétion. Dans les souffrances et dans les maux il faut être toujours joyeux, et louer Dieu avec gratitude. Puis il faut s’affranchir le cœur et faire abnégation de soi, en conservant grande patience. Avec la douceur l’on vit sans peine dans une grande dignité.
Mais il y a des obstacles qui empêchent l’homme de posséder la vertu de piété dans toute sa plénitude : Être irascible et turbulent, agité au dehors comme au dedans, voilà qui empêche la douceur. Puis lorsque l’on a compassion pour ses amis et pour ses proches, plus que pour le commun des hommes, l’on est de vertu instable, car c’est une charité de faveur et non guidée par le besoin. Souffrir avec peine l’affliction empêche de se réjouir en toute action de grâces. C’est là affaiblir et même délaisser la vertu de piété.
Je veux encore vous montrer quatre choses qui déshonorent l’homme et le privent de béatitude : Un esprit querelleur vit dans la colère et sans piété. N’avoir compassion pour personne est bien fait pour déplaire ; c’est une vraie tyrannie. Avarice et rapacité profitent mal ; c’est vivre sans générosité. Lorsqu’on n’a point de patience on se donne grand labeur et l’on porte mal la souffrance, car l’on ignore la douceur, et l’on va à l’éternelle peine,