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C'est par le silence que l'on tait la langue.

 
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Livre du Royaume des Amants de Dieu Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Livre du Royaume des Amants de Dieu
Souveraineté de Dieu et Création
Incarnation et Sacrements
8 marques de l'homme Juste
3 voies pour aller au Ciel
Voie de lumière naturelle
3ème voie
6 sortes d'hommes imparfaits
2ème sorte d'hommes "mauvais"
3ème sorte d'hommes "mauvais"
4ème sorte d'hommes mauvais
5ème sorte d'hommes "mauvais"
6ème sorte d'hommes "mauvais" et notes
3 vertus Théologales
Don de crainte
Don de piété
De la piété
Posséder le don de piété
Don de science
Posséder le don de science
Don de Force
Posséder le don de Force
Force et Vertus
De la liberté et volonté
Acquérir le don de Force et notes
Don de Conseil
Ressembler au Christ
Les 7 planètes
Posséder le don de Conseil
Plus haut degré de ce Don
Posséder ce Don parfaitement
Don d'Intelligence
Posséder le don d'Intelligence
Don de Sagesse savoureuse
De la raison contemplative
Du Saint Esprit
Posséder le Don de Sagesse et notes
Des 5 Royaumes de Dieu
4 Dons des Corps Glorieux
Du Royaume naturel de Dieu
Du Royaume des Ecritures
Royaume de la Grâce et de la Gloire
6 fruits de la Grâce et de la Gloire
Royaume qui est Dieu Lui-même
Bibliographie et notes.

CHAPITRE XVIII.

DU DON DE SCIENCE.
 

     Le troisième don divin qui orne l’âme est la science divinement infuse. Elle embellit les deux premiers dons de crainte et de piété, et elle est une lumière surnaturelle répandue en la puissance raisonnable de l’âme, pour permettre à l’homme de mener une vie morale dans sa plus haute perfection. De cette science naît la sage discrétion. La foi et la crainte amoureuse ont déjà permis à l’homme de se débarrasser du joug de l’ennemi, c’est-à-dire du péché ; l’humilité et l’obéissance l’ont fait renoncer à sa propre volonté, pour se soumettre à Dieu et porter son joug en toutes vertus ; et ainsi la puissance irascible de la volonté a reçu son ornement.
     D’autre part, la piété, la compassion et la mansuétude, par lesquelles on vient en aide aux nécessités du prochain, en pratiquant les œuvres de miséricorde, ont donné à la puissance concupiscible l’ornement qui lui convient. Maintenant la discrétion vient orner l’intelligence dans sa puissance raisonnable ; la discrétion qui enseigne comment il faut s’acquitter de son service, qui indique le moment opportun pour agir, fait juger les motifs, choisir les personnes, mesurer sagement les circonstances, apprécier enfin toutes choses de façon à n’excéder en rien.
     Cette discrétion est l’ornement et la perfection de toutes les vertus morales ; et sans elle, il n’est pas une vertu qui puisse durer d’une façon stable, car elle est la mère de toutes les autres. C’est elle qui montre à l’homme où est l’honneur de Dieu, où se trouvent l’utilité et le profit du prochain, et comment on peut y satisfaire. Elle lui donne la connaissance de soi-même, et lui fait remarquer et comprendre combien il omet souvent de rendre à Dieu l’honneur, la révérence, la louange, la vénération et l’humble service qu’il lui doit ; combien encore il oublie souvent son prochain par tiédeur de charité et par négligence. C’est une raison pour se mépriser soi-même et ses propres œuvres, car on reconnaît avec tristesse que l’on n’a ni envers Dieu ni envers le prochain une conduite droite. On ne peut dès lors concevoir de soi grande estime. La connaissance de nous-mêmes nous enseigne aussi d’où nous venons, où nous sommes et où nous allons. Nous venons de Dieu et nous sommes en exil, et c’est parce que notre puissance affective tend sans cesse vers Dieu, que nous ressentons cet exil. Nous devons supporter dans notre corps de multiples souffrances, la faim, la soif, le froid, le chaud, la maladie et d’autres maux sans nombre. Puis, le démon et les hommes nous livrent souvent de grands combats. La science divine nous enseignera donc à ne point avoir de présomption et à ne mettre notre joie ni dans des choses caduques, ni dans nos œuvres, mais à avoir déplaisir de nous-mêmes, comme de serviteurs inutiles et de créatures infirmes en toutes choses. C’est le plus haut degré dans le don de science divine, et ceux qui le possèdent entendent cette parole du Christ : « Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu’ils seront consolés (8). » Ceux-là en effet qui regrettent de ne pouvoir, malgré tous leurs efforts, procurer à Dieu tout le service et l’honneur qu’ils voudraient, conçoivent cette peine à cause de l’amour et de la fidélité qu’ils ont pour Dieu et pour la vertu. Alors même qu’ils posséderaient toutes les vertus qui ont jamais été pratiquées, cela leur paraîtrait peu de chose; car à celui qu’ils aiment ils voudraient donner plus d’honneur et de fidélité que tous les hommes n’en ont jamais pu offrir.
     Bienheureux ceux qui portent cette affliction, car ils seront consolés dans le royaume éternel de Dieu. Ils ressemblent vraiment aux anges du troisième chœur, appartiennent à leur société et sont leurs émules. Ces anges sont appelés Vertus ou Puissances, et ils méritent ce double nom. Ils sont appelés Vertus, parce que la discrétion leur donne une clarté plus grande que celle des deux chœurs inférieurs ; et en raison de cette science supérieure de discrétion, ils peuvent les guider et les éclairer dans l’exercice de leur activité. Ils font de même pour les hommes qu’ils illuminent de leurs inspirations, sous forme d’images ou de symboles. Et ainsi peut-on dire qu’ils ont, avec ceux qui leur ressemblent en science divine et en discrétion, une vraie relation spirituelle. Ces anges sont appelés aussi Puissances, parce qu’ils commandent aux deux chœurs inférieurs, lorsqu’ils le veulent et qu’ils y voient utilité. Ils sont ainsi les premiers de la hiérarchie inférieure, dont ils complètent les trois chœurs, et les plus élevés parmi ceux qui ont à guider la vie morale.
     L’homme qui est rempli de la science divine et de la discrétion ressemble encore à Dieu dans sa nature divine et dans la nature humaine qu’il s’est uni. Dieu, en effet, avec sa science éternelle et sa discrétion, s’incline vers toutes les créatures et les contemple ; il donne au ciel et à la terre, et à tout ce qu’ils renferment, l’ornement et l’ordre qui leur conviennent ; il assiste les hommes dans toutes leurs œuvres, comme dans leur vie, et à tous il donne la lumière soit extérieure, soit intérieure, de mille façons, d’après ce que chacun peut porter. Le Christ dans sa nature humaine était de même tout rempli de science divine et de discrétion, qui resplendissaient en sa vie et en toutes ses œuvres.
     Lors donc qu’un homme possède de tels dons d’une façon parfaite, il a l’ornement et la clarté du troisième élément naturel qui est l’air ; c’est-à-dire que la puissance raisonnable de son âme reçoit une clarté toute spéciale, et ainsi toute brillante de la lumière de science divine elle donne à son tour l’ornement à la terre. Cet élément figure la puissance irascible, la dernière de toutes, qui sagement guidée maintient l’homme en humilité et obéissance. De même la puis-sance concupiscible, figurée par l’eau, reçoit ici son ornement et confère le pouvoir de se répandre en œuvres de miséricorde.
     L’air, symbole de la puissance raisonnable, est orné de multitudes d’oiseaux, qui représentent les œuvres accomplies avec discrétion. Parmi ces oiseaux les uns marchent sur la terre, les autres nagent sur les eaux, d’autres volent dans l’air, d’autres enfin s’élèvent dans les régions supérieures jusque vers les feux du soleil. Les oiseaux qui marchent sur la terre, ce sont les hommes qui avec leurs biens terrestres servent libéra-lement les pauvres selon la discrétion, se rendant ainsi très utiles à tous ceux dont ils soulagent l’indigence. Il faut aussi parcourir les eaux et s’en aller jusqu’aux extrémités de la terre, ce qui est pratiquer la compassion et la miséricorde envers tous, et une manière très profitable de donner aux âmes le secours spirituel. Le vol élevé de la puissance raisonnable consiste pour l’homme à s’examiner et s’éprouver soi-même dans toutes ses œuvres et dans sa vie, avec discrétion : et c’est là un grand service qu’il se rend à lui-même. Enfin le vol sublime de l’aigle représente le mouvement de l’âme qui s’élève au plus haut de la puissance raisonnable, jusqu’au feu ardent de l’amour, en pratiquant toutes les œuvres et toutes les vertus avec une grande ardeur, en vue de la gloire de Dieu : et ce mou-vement est celui qui fait monter au sommet de la vie active.
     De cette manière, les trois puissances de l’âme sont ornées des vertus divines. La puissance irascible a pour ornement la crainte amoureuse, l’humilité, l’obéissance et l’abnégation à toute volonté propre ; la puissance concupiscible est ornée de même de la mansuétude, de la piété, de la compassion et de la libéralité ; la puissance raisonnable enfin possède l’ornement du savoir et de la discrétion, en même temps que de l’intelligence qui ordonne toutes choses. Lorsque ces vertus arrivent à leur plein épanouissement, l’âme possède une vie active parfaite et une aptitude à toutes les vertus et à tous les dons divins.



 
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