Si l’on veut posséder le don divin de science avec toute la discrétion qui en découle, il faut un esprit tranquille et qui sache malgré le tumulte se tenir en grande paix. Puis porter toujours également accusation, malédiction et plaintes, et les bizarreries de chacun. Juger toutes choses avec droiture et reconnaître avec certitude ce qui convient à la discrétion. Savoir donner et recevoir et bien régler toutes choses, c’est mener une vie sincère. Veiller sans cesse à soi-même et à toutes ses actions, c’est reconnaître sans peine qu’envers Dieu ou envers les hommes l’on n’agit jamais parfaitement, mais qu’il manque toujours quelque chose; ainsi se trouve-t-on bien infirme. C’est de quoi sentir la peine dans un juste abaissement, et avoir le cœur attristé d’être toujours défaillant. Ainsi pratique-t-on la vertu dans une juste perfection.
Mais voici naître des obstacles qui empêchent la possession parfaite du don de science : Les grands désirs de vertu sans la discrétion convenable font obstacle à la vraie science. Mêler l’inquiétude de cœur à tous les actes de vertu, c’est gêner le discernement. Puis se complaire en ses vertus, sans s’attrister de ses défauts, c’est manquer de vraie connaissance. Lorsque l’on vit sur la terre et que l’on a peu de désir de sortir de cet exil, c’est défaillir, mais non tout perdre du don de science. Maintenant je veux vous décrire les causes qui affaiblissent et détruisent toute vertu : L’esprit colère qui se répand en fureur, se prive de la vraie science. Se donner des airs terribles, maudire et jurer sans cesse, c’est perdre la discrétion. S’estimer beaucoup soi-même et ne rien supporter chez autrui, c’est ne savoir plus se connaître. Lorsqu’on se plaît ici-bas sans repentir de ses péchés, on s’en va droit en enfer.