DE L'INCARNATION DU CHRIST, ET COMMENT IL A REFAIT L'HOMME PAR LE MOYEN DES SEPT SACREMENTS.
La seconde remarque s'applique à ce qui est dit ensuite : Il a ramené. Or l'on n'a besoin de revenir et d'être ramené que lorsque l'on s'est égaré. Tel est le cas de la nature humaine qui est tombée par le péché du premier homme, et qui, de libre qu'elle était, est devenue une prison, un cachot, un exil, un désert et un lieu perdu pour tous ceux qui y naissent : car ils sont enfants de la désobéissance (3). Aussi le Seigneur a-t-il voulu prendre cette nature humaine afin de ramener l'homme égaré. Il s'est fait humble, obéissant et il s'est livré au service de son Père, donnant fidèlement aux hommes ses enseignements, ses exemples et sa miséricorde. Il a embrassé le labeur par charité, il a souffert avec douceur et patience, et il est mort par amour ; il a payé équitablement la dette et il a relevé la nature humaine en lui rendant la liberté. Ainsi a été délivrée toute cette nature et sont devenus libres tous ceux qui sont régénérés dans le Christ. Celui donc qui veut être régénéré et recouvrer la liberté doit avoir la foi et recevoir le premier sacrement qui est le baptême, gage de la purification spirituelle. C'est là revêtir une nouvelle vie et entrer dans la famille chrétienne ; mais aussi faut-il dès lors renoncer au démon et à son service et donner sa foi au Christ. L'âme reçoit le vêtement d'innocence, c'est-à-dire qu'elle est revêtue de la mort et des mérites du Christ, et elle promet de présenter ce vêtement sans tache au jugement de Dieu. Quatre prérogatives lui sont données : 1° elle est rachetée des peines éternelles ; 2° elle devient digne des joies de l'éternité ; 3° elle reçoit la grâce divine à toute heure, afin de pouvoir progresser sans cesse dans la vertu ; 4° elle entre enfin en participation de tout le bien qui fut et qui sera jamais.
Afin de mieux remplir ses promesses et faire grandir la grâce de Dieu, l'homme doit recevoir le deuxième sacrement appelé la confirmation, prêt à porter la croix du Christ et à combattre le démon, le monde et sa propre chair. Trois choses lui seront données dans ce sacrement : 1° une grâce de Dieu croissante ; 2° une puissance contre le démon, qui ainsi affaibli sera d'autant plus tenu en respect ; 3° un affermissement en toutes vertus. De cette manière, l'homme est régénéré et orné au baptême, puis affermi par la confirmation.
Cependant par l'orgueil de son cœur, les désirs de son âme et les délectations sensibles, il tombe souvent en des péchés personnels, viole ainsi sa foi, souille son âme, perd la grâce de Dieu et méprise la mort et la rédemption du Christ. Mais sachant que l'homme est inconstant, le Seigneur, qui l'a créé et ensuite l'a régénéré par sa mort, ne veut pas le perdre à jamais. Aussi a-t-il laissé à la sainte Église le troisième sacrement, la pénitence ou le repentir des péchés. Or, de la part de l'homme quatre dispositions doivent se manifester sous l'influence divine : 1° un regret réel des péchés commis ; 2° une volonté ferme de ne les plus commettre ; 3° un parfait propos de satisfaire à la sainte Église par la confession et la pénitence, selon la sentence du prêtre ; 4° un ardent désir de servir Dieu à l'avenir avec une humble soumission et avec la confiance qu'il lui donnera l'éternelle béatitude, et enfin un aveu contrit de ses fautes. Telles sont les quatre conditions que l'homme doit remplir pour satisfaire la justice ; et alors ses péchés lui seront remis et il recevra plus de grâces qu'il n'en avait auparavant. Il deviendra ainsi participant de toutes les bonnes œuvres qui se font dans la sainte Église.
Le quatrième sacrement fut institué par le Christ au moment où il allait échanger l'exil pour la patrie, un milieu d'étrangers pour des amis, la pauvreté pour la richesse, la mort pour la vie, l'affliction pour l'allégresse ; et ce fut sous forme d'un festin tout spécial où il donna son corps et son sang en nourriture et en breuvage, de façon à nous unir à lui pour jamais. Il nous faut donc recevoir ce sacrement dignement et avec une humble révérence, comme il convient vis-à-vis du Créateur de toutes choses, et aussi avec un sentiment d'affection intime envers celui qui, dans son très fidèle amour, est mort pour nous et veut encore se donner lui-même dans l'éternité.
Le cinquième sacrement est l'ordre, qui sépare l'homme des plaisirs et des occupations terrestres pour l'appliquer à Dieu en grande paix et dignité, pourvu qu'il le reçoive avec la rectitude désirable. L'homme y acquiert en même temps l'ensemble des vertus, ainsi que l'ornement stable d'une noblesse singulière dont les marques demeurent éternellement.
Le sixième sacrement est le mariage, fait pour ceux qui vivent dans le monde, afin qu'ils se conduisent selon la loi, se donnant mutuellement leur foi et la maintenant jusqu'à la mort.
Le septième sacrement est l'extrême-onction. L'homme doit désirer le recevoir lorsqu'il pense qu'il n'a plus longtemps à vivre, afin que, par la vertu du sacrement, ses péchés véniels ou ceux qu'il aurait oubliés soient remis par l'intermédiaire de la prière du prêtre et de celles de la sainte Église.
Tels sont les sept sacrements, dont l'effet est soit de retirer l'homme de la mort éternelle méritée par le péché originel et par ses propres péchés, soit de le purifier de ses péchés véniels, de l'armer contre le démon, de le conduire et de l'attacher à Dieu, de lui donner enfin dans le temps une vie conforme à la loi.
C'est la deuxième des cinq principales considérations. Elle enseigne comment le Seigneur a ramené l'homme vers lui par le moyen de sa mort et des sept sacrements.