Si l’homme veut posséder le don de force d’une façon parfaite, il lui faut un esprit élevé au-dessus de tout ce qui vit, et une intime dévotion. Contempler la bonté de Dieu, fuir tout ce qui s’en écarte c’est la vraie force spirituelle. Donner à Dieu toujours plus, en louange et haute révérence, avec un zèle plein de droiture. Lorsqu’on pénètre en la cœur de Dieu, la louange n’a plus de cesse et s’exerce avec grand désir. Cela fait au cœur une blessure et cause une grande langueur qui donne l’impatience d’amour. Celui qui peut la supporter jusqu’à ce que Dieu donne le remède, possède la vraie noblesse de vie. Vivre toujours avec la faim de donner assez à Dieu en louange, honneur et révérence, c’est ce qui s’appelle régner, car je ne puis mieux dire, pour parvenir à la béatitude. Quatre choses font cependant obstacle à l’homme et lui causent du trouble dans le don de force spirituelle : Quand ayant l’esprit en repos, il cherche des succès extérieurs, il nuit à la force qu’il possède. Poursuivre avec affection les douceurs et goûts sensibles, c’est avoir des soucis étrangers. Puis vouloir la délectation, d’où naissent maintes misères, c’est mettre obstacle à la vie intime. Qui n’a point grande faim spirituelle demeure bien loin en arrière ; il ne peut donner pleinement ce que réclame l’équité parfaite.
Maintenant je veux vous décrire quatre choses qui font disparaître et ruinent la force spirituelle : c’est l’occupation du cœur, jointe à des œuvres mauvaises, qui détruit la vie intime. Qui n’est pas admis à la cour ne sait pas ce que c’est que louer ; car il lui manque le désir. Il n’a de blessure d’amour ni extérieure, ni intérieure ; aussi est-il travaillé d’envie. Qui vit sans ressentir de faim ne peut pas trouver guérison : je parle de cette faim du désir. Celui qui voudra lire ceci comprendra dans ma description ce que c’est que ne plus ressentir la faim de la vraie justice.