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C'est par le silence que l'on tait la langue.

 
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Livre du Royaume des Amants de Dieu Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Livre du Royaume des Amants de Dieu
Souveraineté de Dieu et Création
Incarnation et Sacrements
8 marques de l'homme Juste
3 voies pour aller au Ciel
Voie de lumière naturelle
3ème voie
6 sortes d'hommes imparfaits
2ème sorte d'hommes "mauvais"
3ème sorte d'hommes "mauvais"
4ème sorte d'hommes mauvais
5ème sorte d'hommes "mauvais"
6ème sorte d'hommes "mauvais" et notes
3 vertus Théologales
Don de crainte
Don de piété
De la piété
Posséder le don de piété
Don de science
Posséder le don de science
Don de Force
Posséder le don de Force
Force et Vertus
De la liberté et volonté
Acquérir le don de Force et notes
Don de Conseil
Ressembler au Christ
Les 7 planètes
Posséder le don de Conseil
Plus haut degré de ce Don
Posséder ce Don parfaitement
Don d'Intelligence
Posséder le don d'Intelligence
Don de Sagesse savoureuse
De la raison contemplative
Du Saint Esprit
Posséder le Don de Sagesse et notes
Des 5 Royaumes de Dieu
4 Dons des Corps Glorieux
Du Royaume naturel de Dieu
Du Royaume des Ecritures
Royaume de la Grâce et de la Gloire
6 fruits de la Grâce et de la Gloire
Royaume qui est Dieu Lui-même
Bibliographie et notes.

CHAPITRE XXII.

DU MÊME DON DE FORCE SPIRITUELLE QUI S’EXERCE
DANS DES VERTUS PLUS HAUTES.
 

     Il y a encore des vertus plus hautes et des œuvres plus spirituelles qui naissent du don divin de force. Déjà sous son influence puissante le cœur est devenu libre et toutes les puissances de l’âme ont été élevées en désir, en louange, en dignité, jusqu’à la contemplation de la hauteur, de la sagesse, de la bonté, de la libéralité et de la richesse sans fond qui découlent de la sublime unité ; mais dès lors l’homme s’aperçoit qu’il est bien loin de rendre à Dieu la louange, l’honneur et la juste révérence qu’il lui doit. Il tourne alors ses regards vers les pauvres créatures qui errent dans de mauvais chemins, et il ressent grande compassion spirituelle à considérer le dommage qu’elles souffrent dans leur misère. Tandis qu’elles pourraient posséder abondamment richesse, dignité et bonheur, en consentant à s’attacher à Dieu, et qu’elles seraient capables de le servir dignement et avec amour, au contraire tout leur échappe. Voir cela cause si grande peine que nul ne peut la concevoir, s’il ne l’a pas ressentie.
     De cette pensée l’âme revient à la contemplation de la bonté infinie de Dieu, de sa libéralité, de sa compassion et de sa miséricorde, et en même temps elle voit clairement les misères à secourir. Or cette contemplation et cette attention font jaillir en elle un très grand amour pour Dieu et pour tous les hommes en général. Et si elle se souvient de quelqu’un en particulier, elle est touchée pour lui d’une affection singulière, sans cependant y trouver d’obstacle ni d’image importune dans son ascension vers Dieu ainsi se tient-elle entre Dieu et tous les hommes comme médiatrice de paix.
     C’est la source d’une prière intime si puissante qu’elle accomplit des choses ineffables. Car la bonté de Dieu se manifeste avec une telle libéralité et richesse, une telle bienveillance et magnificence, que cela donne grande hardiesse à celui qui prie, et qu’il lui semble devoir obtenir tout ce qu’il désire. Cependant il ne peut rien demander ni désirer de volonté propre ou opiniâtre ; mais il se plonge dans la bonté infinie de Dieu, sachant bien que l’amour divin pour nous est sans mesure, et qu’il dépasse celui qu’ont jamais pu posséder tous les hommes ensemble. C’est à cet amour sans fond et à cette libéralité que la prière recom-mande tout besoin et tous intérêts de la sainte chrétienté. Puis lorsque l’on contemple tous les justes et les saints dans le royaume éternel, on ne peut qu’admirer à quel point ils sont inondés des dons divins de la grâce et de la gloire. Dieu se répand et s’écoule comme un océan de délices incompréhensibles en tous ceux qui sont capables de le recevoir, les ramenant ensuite dans son reflux pour les introduire dans les flots immenses de son unité. Et en présence de cette unité qui s’offre à eux, ils ne peuvent plus demeurer en eux-mêmes et ils sont emportés dans le flux et le reflux d’un amour parfait en tous points. C’est ce qui fait grandir encore la faim de la justice.
Voilà les sublimes héros
dont la noblesse croît toujours.
Nul ne peut les critiquer ;
ils vivent dans la vérité.

     Le Christ leur adresse cette parole : « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice ; car ils seront rassasiés (10). » Dès ici-bas ils en font l’expérience, et leur volonté est ensevelie en celle de Dieu, avec une telle joie et une si parfaite liberté, qu’ils ne peuvent plus choisir ni désirer autre chose que ce que Dieu veut, dans le temps et dans l’éternité. Ils seront encore rassasiés dans le royaume éternel de Dieu, en voyant toutes choses accomplies avec ordre et justice, chacun recevant son dû, au ciel, sur la terre et en enfer, avec une parfaite équité. C’est de quoi rassasier de bonheur les saints qui aiment ce qui est juste.
     Ceux qui possèdent ainsi dans sa perfection le don de force spirituelle ressemblent aux anges du cinquième chœur ; ils sont leurs émules et ils appartiennent à leur société. Ces anges sont appelés Principautés, c’est-à-dire princes éminents. Ils sont beaucoup plus élevés que les Puissances qui forment le quatrième chœur. En effet, si les Puissances élèvent sans cesse leur désir vers Dieu pour le louer, ces princes éminents les dépassent encore en louange et en intimité. Leur amour pour Dieu et leur désir de lui procurer plus de gloire et d’honneur sont tels qu’il leur semble que Dieu n’en reçoit ni d’eux-mêmes, ni d’aucune créature, car ils ne parviennent pas à le louer et à l’honorer selon leurs désirs enflammés et autant que l’exigerait son incompréhensible majesté. Alors ils regardent vers la terre et considèrent les créatures raisonnables, faites comme eux pour la louange et l’honneur de Dieu. Le spectacle de tant de malheureux aveugles, égarés, impuissants et infirmes à cause de leurs péchés et de leurs vices, engendre chez ces esprits bienheureux une grande compassion, pitié et condescendance amoureuse qui leur fait souhaiter que Dieu répande sa bonté sur les hommes et les arrache aux sollicitudes étrangères, afin qu’ils puissent le louer et jouir de lui éternelle-ment.
     Tels sont les princes puissants qui, s’élevant vers Dieu, s’inclinent aussi vers les créatures, pour s’élever de nouveau avec elles. Ils ont le pouvoir de commander aux Puissances dans le quatrième chœur, et de leur donner mission d’illuminer et de garder les esprits éle-vés, afin qu’ils demeurent stables dans la louange de Dieu. Car si les Puissances sont élevées vers Dieu, elles n’ont pas au même degré que les Principautés le pouvoir de s’incliner vers les créatures. Mais la mission qu’elles reçoivent ainsi des Principautés les rend capables d’illuminer et de garder les hommes qui leur ressemblent en même temps que les anges des hiérarchies inférieures, commis à la vie active, afin de les porter à un plus grand bien.
     Celui qui possède d’une façon parfaite la force spirituelle ressemble encore à Dieu dans sa nature divine, et dans la nature humaine du Verbe incarné. Selon sa nature divine, en effet, Dieu se contemple lui-même dans toute sa richesse et dans toute sa félicité débordante et sans fond. Et avec toute sa bonté et sa libé-ralité, il voit les malheureux qui se détournent de lui pour aller vers de misérables choses étrangères, y mettant une volonté perverse et un vrai mépris de Dieu et de tous ses dons. Aussi Dieu a-t-il grande compassion et pitié de ces pauvres à qui il ne peut se donner lui-même et qu’il ne peut gratifier de ses bienfaits, parce qu’ils n’en ont ni estime ni désir.
Alors il répand sur eux carnage et incendie,
afin qu’ils le reconnaissent :
aux uns il donne maladie, aux autres santé,
à ceux-ci richesse et fortune
ici le bonheur et là les tourments,
à d’autres l’opprobre sans fin :
afin qu’ils puissent le reconnaître
et se préoccupent de leur salut.
Et tout cela est fidélité et amour.
Ceux qui consentent à se tourner
vers leur légitime Seigneur
pourront vaincre leurs vices
et demeurer dans son amour.

     Si je décris ainsi et explique ces procédés divins, c’est afin de faire apprécier la Sagesse infinie de Dieu, sa grande miséricorde et libéralité. Mais il se tourne aussi vers les bons, ayant pour chacun l’amour dont il est digne. L’éternelle Sagesse voit s’élever, au ciel et sur la terre, les désirs amoureux qui tendent avec toutes leurs forces concentrées, avec impétuosité et zèle, vers la très haute unité. Et l’amour insondable plein de libéralité se répand avec toute la richesse qui est Dieu même et avec tous les trésors qui sont ses dons.
Qui peut puiser là, qu’il remplisse
tous ses vases jusqu’au bord ;
mais ce qu’on puise est chose créée ;
c’est pourquoi rien n’en peut demeurer.
Cependant on puise et on s’abreuve
sans vouloir jamais penser
qu’il faudra payer tout cela,
si l’on veut monter plus haut.
Qu’ils boivent autant qu’ils le peuvent,
il leur faudra bien tout laisser.
Le demi-denier est un bon prix (11)
s’il procure tout le denier.

     Ce qu’ils acquièrent ainsi, ils ne peuvent le conserver, car ils sont en présence de l’unité qui réclame plus qu’ils ne peuvent payer. Alors ils y rentrent avec tout ce qu’ils peuvent offrir afin de goûter l’unité. Les torrents de grâce et de gloire coulent encore en chacun selon sa dignité, et ce flux et ce reflux produisent une faim d’éternité. Rentrer avec désir c’est avoir faim, mais on ne goûte que dans l’unité. Sans cesse l’unité se fait sentir c’est pourquoi la faim n’exclut pas ici une délectation savoureuse.
    Dans son humanité le Christ possédait le don de force spirituelle dans la plus haute perfection ; car il s’élevait sans cesse librement vers l’honneur et la louange de son Père, avec d’ardents désirs. En même temps il était et est toujours porté par grande compassion et miséricorde à subvenir à tous les besoins des hommes et aux misères des pécheurs, offrant pour eux tous d’intimes prières à son Père.         Quiconque se confie en lui reçoit tout ce qu’il peut désirer. Quant aux bons, le Christ leur a montré et leur montre toujours avec quel amour il s’est donné lui-même et a offert sa mort comme prix de notre rachat. Il nous a livré sa chair à manger et son sang à boire, voulant ainsi péné-trer et se répandre en nous dans le corps et dans l’âme, et toutes les puissances, afin de nous dévorer, c’est-à-dire de nous attirer tout entiers en lui-même, pour que nous le possédions avec un amour plein de désirs. Ainsi peut-il à son tour nous faire siens par le goût divin qu’il répand dans l’intime de nous-mêmes.
C’est là manger et être mangé.
J’ose bien m’en porter garant
le moins puissant est dévoré.
Le Christ est voie et médiateur ;
Quiconque est par lui englouti
s’écoule entièrement dans l’unité.
Car le Christ désire sans mesure ;
est-ce étonnant qu’il nous prenne en nourriture
dans sa grande passion pour nous ?
Qu’il mange donc et que nous soyons mangés,
c’est cela avoir faim de la justice.
À ceci il faut s’appliquer
toute la vie
et toujours plus dans l’éternité.



 
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