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Livre du Royaume des Amants de Dieu Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Livre du Royaume des Amants de Dieu
Souveraineté de Dieu et Création
Incarnation et Sacrements
8 marques de l'homme Juste
3 voies pour aller au Ciel
Voie de lumière naturelle
3ème voie
6 sortes d'hommes imparfaits
2ème sorte d'hommes "mauvais"
3ème sorte d'hommes "mauvais"
4ème sorte d'hommes mauvais
5ème sorte d'hommes "mauvais"
6ème sorte d'hommes "mauvais" et notes
3 vertus Théologales
Don de crainte
Don de piété
De la piété
Posséder le don de piété
Don de science
Posséder le don de science
Don de Force
Posséder le don de Force
Force et Vertus
De la liberté et volonté
Acquérir le don de Force et notes
Don de Conseil
Ressembler au Christ
Les 7 planètes
Posséder le don de Conseil
Plus haut degré de ce Don
Posséder ce Don parfaitement
Don d'Intelligence
Posséder le don d'Intelligence
Don de Sagesse savoureuse
De la raison contemplative
Du Saint Esprit
Posséder le Don de Sagesse et notes
Des 5 Royaumes de Dieu
4 Dons des Corps Glorieux
Du Royaume naturel de Dieu
Du Royaume des Ecritures
Royaume de la Grâce et de la Gloire
6 fruits de la Grâce et de la Gloire
Royaume qui est Dieu Lui-même
Bibliographie et notes.

CHAPITRE XXVI.
 

COMMENT CES HOMMES RESSEMBLENT AU CHRIST
DANS SON HUMANITÉ.
 

     Les hommes qui possèdent le don de conseil divin dans ce degré de perfection sont semblables au Christ selon son humanité. On trouve trois sortes d'hommes qui portent la ressemblance de la sublime Trinité de Dieu et de son adorable humanité. Les premiers ont une ressemblance naturelle et imparfaite ; les seconds une ressemblance surnaturelle et parfaite, chacun dans un degré donné ; les troisièmes sont à la fois ressemblants et bienheureux, chacun selon ses mérites. La première ressemblance naturelle et imparfaite appartient aux hommes qui accomplissent des œuvres vertueuses en dehors de l'impulsion de l'Esprit-Saint et sans amour de Dieu. Ils font des œuvres bonnes mais avec des intentions étrangères, soit pour un avantage temporel, soit pour tout motif autre que Dieu. À cette catégorie appartiennent aussi les incroyants et tous ceux qui, sur un point quelconque, sont opposés à la sainte Église, aux Sacrements ou aux commandements. Quelque ressemblance qu'ils montrent ou quelque grandes que soient leurs œuvres, ils ne peuvent atteindre la ressemblance parfaite sans la grâce de Dieu. Alors même que, par une sorte de vide et de détachement des choses terrestres, au moyen de la clarté de leur intelligence naturelle et du retour de leurs puissances dans leur propre fond, ils parviendraient à reconnaître le naturel penchant de leur âme vers son principe, il n'y aurait là autre chose que cette loi commune à tout être créé d'avoir son attache en sa cause, comme en son propre repos. Seraient-ils d'autre part arrivés à cette pénétration de leur propre essence, qui fait que l'on se perd soi-même et que l'on n'agit plus ni à l'extérieur, ni à l'intérieur, sous forme d'amour ni de connaissance, ce serait temps perdu, car ils ne possèdent pas la ressemblance. L'Esprit de Dieu, en effet, pas plus que son amour ne demeurent oisifs soit dans la grâce, soit dans la gloire : aussi ces hommes ne s'élèvent-ils pas au-dessus d'eux-mêmes ; ce qu'ils sentent c'est l'inclination naturelle qu'ils ont pour leur principe, qui est Dieu. Quant à la divine jouissance, nul ne peut la goûter s'il n'est semblable au Christ et à la sainte Église, et rendu capable, par cette ressemblance, de leur être uni. Il n'y a point, en effet, de ressemblance parfaite pour ceux qui veulent se reposer dans l'inaction et abandonner le travail des vertus, car ils n'ont en vue qu'eux-mêmes dans toute leur vie et ils se croient des esprits sublimes parce qu'ils arrivent à percevoir leur propre fond et à ressentir ce que c'est que l'absence de modes. Mais si, par la grâce divine, ils étaient poussés au dehors vers toutes les vertus, dans l'amour de Dieu, puis ramenés au-dedans par l'impatience et l'emportement d'amour, enfin s'ils étaient transportés moyennant l'amour de jouis-sance jusqu'en la superessence de Dieu, de manière à le goûter selon son mode divin, alors ils vivraient dans la pratique de toutes les vertus comme le Christ et les saints ; ils leur seraient semblables, en tout ce qui peut s'accomplir par voie de modes, tandis qu'ils adhéreraient sans cesse, par l'amour de fruition, à l'être sans modes.

     La seconde ressemblance est surnaturelle, elle est parfaite en ses divers degrés. Ceux-là ont cette ressemblance qui sont mus par la grâce de Dieu et par le divin amour ; ayant abandonné le péché, ils pratiquent la vertu et recherchent Dieu, son honneur et leur propre salut. Ainsi ont-ils la ressemblance parfaite, chacun selon sa mesure ; mais plus ils reçoivent de grâce et s'adonnent davantage aux vertus, plus aussi ils sont élevés et ressemblent à Dieu pourtant à ce degré ce n'est qu'une ressemblance et non l'unité.

     La troisième catégorie comprend les bienheureux qui sont dans la gloire : ceux-là aussi ont la ressemblance avec Dieu dans la lumière de gloire, chacun selon le mérite acquis dans la lumière de grâce. Le Christ, dans son humanité, possédait la ressemblance la plus parfaite selon la grâce et les dons divins, de même jouit-il dans la gloire de la plus haute ressemblance avec Dieu : car c'est de sa plénitude que tous nous avons reçue et ce que nous sommes dans la grâce et ce que nous serons dans la gloire. Sous la touche intime de son Père, il devait constamment sortir de l'unité pour pratiquer les vertus et pour se dévouer aux besoins corporels et spirituels des hommes, puis de nouveau, il refluait vers son Père par le désir et par l'impatience de son amour. Cependant il ne pouvait rester dans l'unité à cause de la touche du Père ; et en cela il ressemblait et ressemble toujours à la Trinité Sainte, qui, féconde en elle-même, ne peut demeurer dans l'unité de sa nature. Le Christ possédait donc par là et possède à jamais la ressemblance ; et il avait la grâce (5), comme il a maintenant la gloire, selon la mesure de sa capacité créée. De même, tous les hommes bons, élevés à ce degré portent la ressemblance de Dieu, dans la grâce, comme aussi dans la gloire. Et tous, à cause de cette ressemblance, s'écoulent dans l'unité, sans pouvoir cependant parvenir à cette unité que possèdent les divines personnes. L'unité pour les créatures réside dans le fond propre des puissances, au sommet le plus élevé du mode créé, mais elle est au-dessous du mode divin : car le mode de la créature est mesuré, tandis que celui des personnes divines est sans mesure. C'est pourquoi l'homme par-venu à ce degré ne peut, par la lumière créée, atteindre le mode divin, ni ce principe de l'unité des personnes, qui est la Paternité ; car l'unité qui s'acquiert dans la lumière créée n'est qu'une ressemblance de cette unité des personnes, et l'unité de Dieu est au-dessus. C'est pourquoi ce que peut donner la lumière créée, ce n'est que l'impatience d'amour ; cette lumière ne peut faire dépasser la ressemblance, ni faire goûter Dieu selon son propre mode. C'est la dignité de cet état : car, dans la grâce ou dans la gloire, l'homme parvenu à ce degré connaît et aime au moyen d'une lumière créée : aussi ne peut-il goûter l'unité où les personnes divines se pénètrent dans une connaissance infinie et un inconcevable amour ; car même à ce degré les saints, qu'ils soient dans la grâce ou dans la gloire, ne sont jamais qu'une ressemblance de Dieu. Jamais la grâce ni la gloire ne peuvent être si grandes qu'elles deviennent infinies ; et personne ne peut posséder cette unité que par un amour sans mesure, ce qui fait que la simple ressemblance n'y peut jamais atteindre en demeurant ressemblance. Or la ressemblance obtenue en ce degré est pour jamais, car la gloire, mesurée elle aussi, est pour la vie éternelle et ne doit jamais finir. Ainsi, l'homme, dans la grâce ou dans la gloire, connaît selon son mode créé, dans la lumière de grâce ou de gloire ; et c'est une noblesse de ce degré, car de là viennent la faim du désir et l'impatience causée par cette impuissance à atteindre et à goûter jamais celui que l'on aime, selon son mode, dans un complet apaisement.

     Or, chacun possède cette unité d'une façon particulière ; il la connaît et la goûte dans la proportion où il a été doué par Dieu et selon ses propres mérites et son degré d'amour divin. Cette unité n'est pas unique cependant ; dans la grâce comme dans la gloire, chacun a en lui-même son unité spéciale, et ses actions sont d'accord avec sa propre noblesse. Cette unité réside dans la mémoire et toutes les puissances y sont maintenues sous le lien de l'amour. Chacun en a le sentiment dans sa propre unité, au fond de lui-même, et cela selon le degré de noblesse dont il a été divinement doué, car là il est donné à chacun plus ou moins, selon ses mérites. Mais l'unité des personnes divines demeure toujours au-dessus de ces unités créées, donnant à chacune suffisamment selon sa dignité propre, c'est-à-dire les excitant aux vertus et les ramenant à l'impatience d'amour. Et celui qui possède plus de ressemblance avec la Sainte-Trinité ressent aussi plus vite sa motion et est ramené intérieurement avec plus d'amour. Mais ce sont là des opérations toujours limitées, soit dans la grâce, soit dans la gloire. Aussi n'y a-t-il jamais qu'une ressemblance avec la Sainte-Trinité, ressemblance sans laquelle nul ne peut être un avec Dieu ni dans le temps ni dans l'éternité.

     L'homme qui, sous l'influence du don de conseil divin, réalise la parfaite ressemblance avec la Sainte-Trinité peut être comparé au firmament du ciel, mû lui-même par la touche divine et conduit par les puissances angéliques. C'est de même façon, en effet, que son esprit ressent sous le toucher divin l'impatience d'amour. Le firmament éclaire tout ce qui est sur la terre, de même que la raison illuminée par la sagesse éternelle éclaire tout le royaume de l'âme. Le firmament verse sa chaleur à toute créature, en même temps qu'il donne à toute chose vie et croissance. De même, l'homme qui possède le don de conseil répand sa chaleur de son amour et de sa compassion ; et c'est pour toutes les puissances de son âme une source de vie, d'activité et de croissance en vertus. Le firmament du ciel est enfin orné de sept planètes et d'étoiles qui éclairent et régissent tous les corps qui sont sous le firmament.
 


 
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