Pour que l'homme puisse posséder le don divin de conseil, il lui faut avoir une vie de désirs, être élevé bien haut et entré profondément dans l'unité. Là il ressent la touche divine, puis il est ramené au dehors, en grande impatience d'amour. La raison alors s'éclaire et elle veut entrer de nouveau pour savoir ce qu'est cette touche. De là vient l'amoureuse ardeur que l'on ne peut comprendre ; c'est le lien de l'amour. Puis la raison éclairée veut pénétrer dans le royaume et ennoblir toutes les puissances. Elle s'accompagne de l'empressement afin de revenir plus vite à sa haute expérience. La miséricorde et la charité sont toujours libérales : elles veulent satisfaire à tout et remonter vers les hauteurs. Si vous voulez y regarder, vous pourrez bien reconnaître que c'est ressembler à la Trinité. Mais voici que s'élèvent des obstacles qui font courir çà et là, et empêchent l'unité : Ne point sentir la touche divine c'est ce qui fait défaillir de la haute unité. Alors la raison éclairée fait défaut au lieu de rentrer à l'intérieur pour ennoblir le royaume de l'âme. L'empressement à son tour faiblit : et c'est, comme je le pense, une cause de défaillance dans le vrai zèle. Si miséricorde et charité deviennent tièdes et languissantes, la libéralité diminue. Si vous voulez y regarder, vous pourrez bien reconnaître, soit au dehors, soit au dedans, qu'on est loin de la Trinité.
Croyez-moi quand je vous dis qu'il y a des choses qui trompent et dérobent la béatitude : Qui se livre au souci étranger peut bien en avoir déplaisir, car il perd l'unité. Celui dont la raison s'aveugle est bientôt déshonoré ; il ne vit plus selon la justice. La torpeur l'emporte bientôt, et l'empressement disparaît, car le désir fait défaut. L'amour et la miséricorde manquent toujours à celui qui ignore la libéralité. Si vous voulez bien le remarquer, vous comprendrez à ses œuvres qu'il est loin de béatitude.