DESCRIPTION DES HUIT MARQUES AUXQUELLES ON RECONNAÎT L'HOMME JUSTE.
En troisième lieu, il est parlé du juste ; car c'est pour le rendre tel que Dieu ramène l'homme.
Or, lui-même peut juger d'après quatre indices s'il est juste et s'il a été ramené par le Christ dans la puissance du Saint-Esprit, au moyen des sacrements. Le premier indice c'est s'il se confie à Dieu pour tout besoin dans le temps et dans l'éternité, lui demeurant fidèle de tout son être et de tout son pouvoir. Le deuxième apparaît dans la pratique de l'amour volontaire et effectif à l'égard des nécessités du prochain dans son corps ou dans son âme. Le troisième indice se manifeste par la patience et la douceur en face de tout ce qui peut nous atteindre de la part de Dieu ou des créatures. Le quatrième enfin consiste à avoir un esprit élevé, libre et dégagé, sans attache pour aucune créature, mais demeurant stable dans l'amour de Dieu, attendant joyeusement et avec confiance le royaume éternel. À ces quatre indices on reconnaît l'homme juste dans une vie active.
Il y a aussi des marques particulières qui appartiennent à l'homme juste, dans une vie contemplative. La première est un esprit libre, élevé par le désir vers l'unité divine et y adhérant avec amour. La deuxième est une intelligence éclairée par la grâce, et qui contemple avec admiration la richesse de la Trinité. Ainsi transformée cette intelligence fixe sans étonnement la clarté immense, car elle est soutenue par la lumière de l'unité. La troisième marque est un repos bienheureux, où toutes les puissances s'apaisent, comblées qu'elles sont, pénétrées et inondées de plus de richesses et de joies qu'elles n'en peuvent souhaiter. La quatrième marque enfin est comme une immersion et une perte de soi-même dans cet abîme de joies et de richesses. Or, nul ne pouvant marcher dans l'obscurité, on demeure là éternellement perdu : c'est le plus haut degré de béatitude. Telles sont les différentes marques auxquelles on reconnaît l'homme juste dans la voie de la contemplation et celle de l'action, et c'est ainsi que le Seigneur l'a ramené, selon la troisième parole du Sage.