COMMENT LE DON DE CONSEIL EST POSSÉDÉ DANS SA PLUS HAUTE PERFECTION.
Si l'on veut posséder le don divin de conseil dans la plus haute perfection, il faut avoir acquis une haute ressemblance, et s'être élevé par l'amour pour adhérer à la superessence. Ceux qui tendent là n'auront plus à attendre que la fruition. Cette lumière simple ils la reçoivent avec joie dans l'unité des puissances. Ainsi doivent-ils s'engloutir, sans la moindre tristesse, dans la simplicité de cette lumière. Ils veulent y habiter sans jamais s'en retourner, bien loin perdus, hors d'eux mêmes. Dès lors en eux veut reposer la Trinité pleine de délices et tous ses hôtes avec elle. Ainsi devons-nous aspirer sans aucune défaillance, vers la superessence puis nous retourner toujours en bas, pour régir le royaume par la ressemblance en vertus.
Mais il y a des obstacles qu'il faut aussi vous décrire, parce qu'ils empêchent la fruition. Ceux qui ont peu de désir n'ont pas d'adhésion ferme à la superessence. Aussi ne sont-ils pas éclairés ni touchés par l'essence sans modes ; mais ils demeurent en eux-mêmes. Parce qu'ils n'ont pas cette lumière, ils ne peuvent dès lors s'en aller bien loin pour se perdre entièrement. Et comme ils manquent en cela, ils ne sont point engloutis au sein de la béatitude.
Je veux vous montrer encore d'autres choses qui alourdissent et dérobent la vertu. Ceux qui se tournent au dehors et cherchent louange et honneur, sont bien loin de l'unité. La clarté de simplicité, ils ne peuvent l'expérimenter dans leur propre misère. Ils ne sont pas ressuscités, car la torpeur habite en eux : ils cherchent repos dans le créé. Mais s'ils voulaient le rejeter ils pourraient s'élancer en haut, goûter le toucher de Dieu et posséder l'éternité.