Le septième don divin est une sagesse savoureuse conférée au sommet de la mémoire recueillie et qui pénètre l'intelligence et la volonté, selon leur degré de recueillement en ce sommet. Le goût qui vient de cette sagesse est sans mesure et sans fond ; il se répand du dedans au dehors, pénètre l'âme et le corps même, selon la capacité de chacune de leurs puissances, et le sentiment qu'il produit est si intime que c'est comme une sorte de toucher sensible. Les autres sens, tels que l'ouïe et la vue, prennent leur joie du dehors, dans les merveilles que Dieu a créées pour sa gloire et pour l'utilité des hommes. Le goût insaisissable dont nous parlons est sans mesure, en tant qu'il se tient au-dessus de la mémoire, dans le vaste domaine de l'âme, et il n'est autre que le Saint-Esprit, l'amour incompréhensible de Dieu. Mais, en tant qu'il demeure dans les limites de la mémoire, le sentiment en est mesuré. Cependant parce que les puissances ont leur attache en Dieu, elles surabondent. Déjà le Père éternel a donné à la mémoire recueillie l'ornement de la jouissance dans l'union, ainsi que la faculté de saisir et d'être saisie, en se perdant elle-même, et de cette façon la mémoire est devenue un trône et un repos pour Dieu. Puis le Fils, la Vérité éternelle, a orné à son tour de sa propre clarté l'intelligence recueillie, afin qu'elle puisse contempler cela même qui donne jouissance. Voici maintenant que le Saint-Esprit veut orner la volonté recueillie et l'unité des puissances qui a en Dieu son attache, afin que l'âme puisse goûter, connaître et éprouver combien doux est Dieu.
Ce goût est si fort qu'il semble, pour l'âme qui le ressent, devoir absorber et faire disparaître comme en un abîme sans fond le ciel, la terre et tout ce qu'ils renferment. Les délices goûtées ainsi par l'âme sont au-dessus et au-dessous d'elle, au-dedans et au-dehors, embrassant et pénétrant son royaume tout entier. Et, de cette façon, l'intelligence peut contempler la simplicité, d'où découlent toutes ces délices. Dès lors la raison éclairée se met à considérer, bien qu'elle sache qu'elle ne peut arriver à connaître les délices incompréhensibles ; car elle considère avec une lumière créée, et les délices sont sans mesure. C'est pourquoi la raison vient défaillir dans cette considération ; mais l'intelligence, qui est transformée par la clarté sans mesure, contemple et fixe sans cesse la joie incompréhensible de la béatitude.