Site officiel du Prieuré de Nidauzel
Ressources spirituelles
Richesses locales
Vie artistique

S'identifier

...Pour vous permettre d'accéder à toutes les publications !






Mot de passe oublié ?
Pas encore de compte ? Enregistrez-vous
Accueil arrow Annuaire arrow Ecrits arrow Ruysbroeck 

C'est par le silence que l'on essouffle la passion.

 
TOUS |0-9 |A |B |C |D |E |F |G |H |I |J |K |L |M |N |O |P |Q |R |S |T |U |V |W |X |Y |Z

Annuaire Ecrits Ruysbroeck

Livre du Royaume des Amants de Dieu Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Livre du Royaume des Amants de Dieu
Souveraineté de Dieu et Création
Incarnation et Sacrements
8 marques de l'homme Juste
3 voies pour aller au Ciel
Voie de lumière naturelle
3ème voie
6 sortes d'hommes imparfaits
2ème sorte d'hommes "mauvais"
3ème sorte d'hommes "mauvais"
4ème sorte d'hommes mauvais
5ème sorte d'hommes "mauvais"
6ème sorte d'hommes "mauvais" et notes
3 vertus Théologales
Don de crainte
Don de piété
De la piété
Posséder le don de piété
Don de science
Posséder le don de science
Don de Force
Posséder le don de Force
Force et Vertus
De la liberté et volonté
Acquérir le don de Force et notes
Don de Conseil
Ressembler au Christ
Les 7 planètes
Posséder le don de Conseil
Plus haut degré de ce Don
Posséder ce Don parfaitement
Don d'Intelligence
Posséder le don d'Intelligence
Don de Sagesse savoureuse
De la raison contemplative
Du Saint Esprit
Posséder le Don de Sagesse et notes
Des 5 Royaumes de Dieu
4 Dons des Corps Glorieux
Du Royaume naturel de Dieu
Du Royaume des Ecritures
Royaume de la Grâce et de la Gloire
6 fruits de la Grâce et de la Gloire
Royaume qui est Dieu Lui-même
Bibliographie et notes.

CHAPITRE XXXV.

DU SAINT-ESPRIT.

     Dans cette contemplation, la raison éclairée ne fixe rien d'une manière distincte et tous les flots de la divinité s'écoulent vers la partie supérieure du royaume de l'âme. Il en est tout enflammé et embrasé de feu, et ce feu est le Saint-Esprit, qui brûle dans la fournaise de l'unité divine. Là, dans cette unité sublime, tous les esprits sont imprégnés et illuminés, au sein d'une incompréhensible tendresse. Or cette unité pleine de jouissance, c'est le trésor caché dans le champ de l'âme. Quiconque creuse là et estime le trésor vend et abandonne ce qu'il est et ce qu'il peut avoir en fait de délices, afin de pouvoir posséder le champ qui renferme de telles richesses.

     Le Saint-Esprit est le trésor de Dieu et de l'âme ; il est le lien d'amour qui embrasse et pénètre tous les esprits recueillis dans l'unité de jouissance. Il est l'amour dont l'ardeur consume les amants. Il est le doigt de Dieu qui a créé toute la nature, le ciel, la terre et tous les êtres, et qui a distribué ses dons surnaturels à tous ceux qui se sont tournés vers lui, chacun selon sa dignité, s'unissant à lui-même tous ceux qu'il a ainsi comblés.

     Le Saint-Esprit, c'est l'océan sans bornes d'où découle tout bien et où tout bien demeure incommensurable. C'est le soleil divin, ardent et lumineux, qui orne le royaume de l'âme des principaux rayons surnaturels qui sont les sept dons supérieurs. Le Saint-Esprit est un feu immense qui transforme et pénètre de lumière tous les esprits recueillis, soit dans la grâce, soit dans la gloire, pour les fondre comme l'or, dans la fournaise de l'unité divine. Là, chacun jouit et goûte, selon sa condition et sa dignité, quoique le feu divin les brûle tous sans distinction. Mais il y a dans cette fournaise du cuivre et du plomb, du fer et de l'étain, de l'argent et de l'or, et un grand nombre de métaux fondus ensemble sous l'ardeur de ce feu incompréhensible. Or chaque métal, c'est-à-dire chaque esprit est intelligent et sensible, et il supporte la transformation de l'amour essentiel de Dieu, selon sa propre noblesse et dignité, quoique l'amour se répande également sur tous ; de là vient la distinction de jouissance.

     Cet amour insondable est, selon la jouissance, essentiel et non actif, car par le rejaillissement de cette charité essentielle, le Père et le Fils, et tous les esprits qui ont en eux leur attache, s'écoulent dans la fruition et y sont engloutis au-dessus de l'action. Mais, par l'émanation de ce même amour qui vient du Père et du Fils, toutes les vertus sont opérées et perfectionnées en toute créature. Ainsi l'amour divin est actif, selon cette effusion, et il conduit l'homme à toutes les vertus ; selon l'écoulement intérieur, il est essentiel et il inonde tous ceux qui lui sont unis d'un goût incompréhensible. C'est le gouffre sans fond où toutes les nobles intelligences sont fixées dans la jouissance et sont englouties jusqu'à se perdre elles-mêmes. C'est le clair soleil, qui brille et répand son ardeur au sommet de l'âme, qui attire l'intelligence alors qu'elle contemple et reçoit la clarté, et l'applique au regard sans défaillance pour l'éternité.

      C'est la source vive et sans fond, qui, de l'intérieur, coule à l'extérieur par sept fleuves principaux, les sept dons, qui rendent le royaume de l'âme fécond en toutes vertus. Les esprits élevés dont nous parlons ont remonté ce flot vivant et jaillissant et sont parvenus jusqu'au fond de vie où il prend sa source. Plongés là, ils sont inondés de clarté en clarté et de délices en délices ; car il y coule une rosée de miel d'ineffable allégresse, qui fait fondre et s'écouler dans les délices de la béatitude divine.

      Ces esprits sont les Séraphins, les plus élevés du royaume éternel, car ils brûlent et se fondent devant la face de la souveraine jouissance. Et tous ceux qui possèdent le don divin de sagesse tel que nous l'avons décrit leur sont semblables, chacun selon sa clarté. Car chez les Séraphins il y a distinction en clarté, en amour et en jouissance. Et tous les esprits, soit dans la grâce, soit dans la gloire, diffèrent en connaissance, en amour et en aptitude à goûter, mais le moindre dans la lumière de gloire connaît, aime et goûte davantage la joie que le plus élevé dans la grâce. L'allégresse que Dieu répand est pourtant égale, mais ceux qui la reçoivent diffèrent. Ils ont tous plus qu'ils n'en peuvent user, en tant qu'unis à Dieu ils possèdent la jouissance ; mais perdus dans l'obscurité de ce désert, ils n'ont plus rien à désirer. Là, en effet, il n'est plus question de donner ni de recevoir, il n'y a plus qu'une très simple essence, où Dieu et tous ceux qui lui sont unis sont engloutis et perdus. Ils ne peuvent plus se trouver dans cette essence sans modes, car c'est une pure et simple unité ; et c'est en cela que consiste la plus haute béatitude dans le royaume de Dieu (15).

     Néanmoins tous ces esprits élevés doivent s'incliner encore vers les œuvres de charité et toutes les vertus ; car plus l'homme est élevé en dignité, plus il se doit communément à tous ceux qui réclament son aide soit corporelle, soit spirituelle. Ainsi Dieu jouit immensément de lui-même, plus que tous les saints, car son recueillement est sans fond et son essence est sans modes. Si son essence n'était pas sans modes, il n'y aurait pas en lui de jouissance parfaite, mais dans l'essence sans modes vient défaillir l'action des personnes. Et c'est pourquoi Dieu possède la jouissance, plus que tous les esprits créés qui ont reçu la dignité et les dons selon une mesure néanmoins, il demeure sans cesse actif, car il s'épanche au ciel et sur la terre, au moyen de ses dons matériels et spirituels.

     Le Christ, dans son âme créée, est et fut toujours le voyant et l'amant suprême, et la jouissance qu'il possède demeure sans rivale tandis que, selon sa nature divine, il était lui-même objet de jouissance. Néanmoins, jamais il n'a manqué ni ne manque à personne, car il appartient également à tous, selon leurs désirs, et il souffre de l'indifférence de ceux qui n'ont point pour lui de désirs ; il prie enfin et offre ses souffrances à son Père pour eux tous. De même, les saints les plus élevés qui sont au ciel étaient sur la terre universellement dévoués envers tous et ils se donnent encore également à tous dans le royaume éternel, priant et soupirant pour nous. Les plus hauts Séraphins et tous ceux qui appartiennent à leur chœur, au ciel et sur la terre, prient aussi et soupirent, pour la béatitude des hommes, plus que ceux qui appartiennent à l'un quelconque des autres choeurs, car ils connaissent mieux et ils aiment davantage : et c'est pourquoi ils se donnent plus à tous et désirent davantage l'honneur de Dieu et la béatitude des hommes.

     C'est de ceux-là que le Christ a dit : « Bienheureux les pacifiques, ou ceux qui font la paix, car ils seront appelés les fils de Dieu (16). » Ces esprits élevés ont fait la paix avec Dieu, avec toutes leurs puissances et avec toutes les créatures, et tout chez eux est orné et ordonné en proportion de la dignité de chacun (17). Ils possèdent leur royaume en une paix véritable ; et ils sont engloutis dans l'abîme de la simplicité. C'est là le sommet du royaume dans la béatitude éternelle, et ce royaume ressemble ainsi au ciel supérieur, qui est une pure et simple clarté, source immobile et principe de tous les êtres corporels, royaume créé et corporel de Dieu et de tous ses saints.

     Telles sont les voies droites par lesquelles le Seigneur a ramené le juste, au-dessus de tout chemin, dans un éternel silence. Et c'est la quatrième des cinq principales considérations formulées par le Sage (18).
 


 
< Précédent   Suivant >
Copyright 2006 Ass. Nidauzel & Editions Erémitik - Reproduction interdite sans autorisation écrite