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Avoir peur du silence c'est avoir peur de son « moi », être trop sûr de lui. Être trop sûr de son « moi » c'est être trop « raisonneur ».

 
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Livre du Royaume des Amants de Dieu Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Livre du Royaume des Amants de Dieu
Souveraineté de Dieu et Création
Incarnation et Sacrements
8 marques de l'homme Juste
3 voies pour aller au Ciel
Voie de lumière naturelle
3ème voie
6 sortes d'hommes imparfaits
2ème sorte d'hommes "mauvais"
3ème sorte d'hommes "mauvais"
4ème sorte d'hommes mauvais
5ème sorte d'hommes "mauvais"
6ème sorte d'hommes "mauvais" et notes
3 vertus Théologales
Don de crainte
Don de piété
De la piété
Posséder le don de piété
Don de science
Posséder le don de science
Don de Force
Posséder le don de Force
Force et Vertus
De la liberté et volonté
Acquérir le don de Force et notes
Don de Conseil
Ressembler au Christ
Les 7 planètes
Posséder le don de Conseil
Plus haut degré de ce Don
Posséder ce Don parfaitement
Don d'Intelligence
Posséder le don d'Intelligence
Don de Sagesse savoureuse
De la raison contemplative
Du Saint Esprit
Posséder le Don de Sagesse et notes
Des 5 Royaumes de Dieu
4 Dons des Corps Glorieux
Du Royaume naturel de Dieu
Du Royaume des Ecritures
Royaume de la Grâce et de la Gloire
6 fruits de la Grâce et de la Gloire
Royaume qui est Dieu Lui-même
Bibliographie et notes.

CHAPITRE XXXVI.

COMMENT ON PEUT POSSÉDER LE DON DE SAGESSE.

     Afin que l'homme puisse posséder ce don sublime dans toute sa perfection
il doit être pénétré intérieurement
d'un amour sans mesure
et tout inondé de saveur divine ;
il lui faut une considération claire
dans les œuvres qui prennent leur source
à l'abîme de simplicité.
De là naît l'admiration
des dons multiples
et de la richesse incompréhensible.
L'admiration fait soupirer
et s'attacher par le désir
à la haute jouissance.
Ainsi l'homme doit fixer son regard,
afin d'assouvir ses désirs
au-dessus de toute activité.
L'amour sans mesure
s'enflamme en tout son être
dans la fournaise de l'unité.
De là vient liquéfaction
et entière immersion
dans les délices de la jouissance.
L'homme pénètre ainsi tout entier
et s'engloutit dans l'essence sans modes,
comme en un désert d'obscurité.
Là plus ni recevoir ni donner,
ni exercice d'amour ;
c'est pure et absolue simplicité.

Mais il faut encore vous faire connaître
ce qui fait tort et met obstacle
à la sagesse savoureuse.
Contempler sans prendre garde
aux œuvres qui doivent en découler,
cela empêche le goût divin.
Ceux qui n'ont pas d'admiration
possèdent moins le désir
qui naît de l'impatience amoureuse.
Et l'amour sans mesure
les brûle d'autant moins
au plus intime du royaume de l'âme.
Tendre son regard vers ce qui est simple
sans ressentir l'ardeur d'amour,
cela empêche la haute pureté.
 

Je veux encore vous révéler
ce qui cause la ruine
et la perte de la béatitude :
Il y a des gens ignorants et aveugles
qui errent çà et là,
à la recherche de satisfactions étrangères.
Ils regardent et considèrent
de misérables et pauvres gains,
et prennent leur repos dans ce qui est vil.
C'est un amour pervers
qui affole leurs sens malheureux,
et aveugle la raison humaine.
Poursuivant un goût étranger,
ils ne sauraient atteindre ce lieu
où coulent les délices d'éternité.
C'est donc un grand empêchement
pour recevoir la clarté éternelle
que de vivre sans pureté.
 

(1) mémoire doit être prise dans tout ce chapitre au sens indiqué plus haut, lorsqu'il a été question de la voie de lumière naturelle, au chapitre V. C'est non point la mémoire en tant que faculté sensible, mais la mémoire élevée, consi-dérée par Ruysbroeck comme la faculté la plus haute de l'âme.
(2) L'expression employée par Ruysbroeck die vonke dersielen, que nous traduisons par l'étincelle de l'âme, se retrouve
au Miroir du Salut éternel, c. VIII, et aux Noces spirituelles, I, c. I. Dans ce dernier traité, l'expression est prise au sens strict et désigne une tendance naturelle de l'esprit vers Dieu et vers le bien. Mais ici et au passage indiqué du Miroir, le sens est plus général et l'étincelle de l'âme doit être entendue de la région même où s'exerce la tendance naturelle vers le bien. C'est là que se fait sentir la touche divine dont il est question ici. Ruysbroeck suit de nouveau la doctrine de saint Bonnaventure (in Sentent. 1. II, dist. XXXIX, q. 2, a. 2) qui fait de la synderesis ou scintilla un habitus de la volonté, tan-dis que saint Thomas identifie d'une part la scintilla avec la nature intelligente de l'homme, en son point culminant (in Sentent. 1. II, dist. XXXIX, q. 3, a. s) et d'autre part avec la synderesis, habitus naturel de l'homme à connaître les premiers principes des choses à faire, ce qui est à peu près la conception de Ruysbroeck dans le Livre des noces spirituelles (cf. S. Thomas, de Veritate, quæst. XVII, a. 2, ad 3um, et Summ.theol., Ia, quæst. LXXIX, a. 12).
(3) MATTH., V, 7.
(4) La traduction littérale serait : totus unus Filius. Il est possible que Surius ait eu un texte différent de celui des cinq manuscrits qui ont servi pour l'édition flamande de David. La traduction latine donne, en effet, une phrase entière qui ne se trouve pas dans le texte original : « Est enim in Patre tanquam in proprio sempiternoque fonte, a quo immanens sive in illo se permanens egreditur, et absque egressione orilur ; et tamen unus idemque Filius est. » Cf. SURIUS, D. J. Rusbrochii opera, edit. 1609, p. 565.
(5) Le Christ, néanmoins, a toujours possédé a vision béatifique, mais son corps n'a été glorifié qu'après sa résurrection
(6) L'auteur fait allusion au système planétaire des anciens, spécialement des Égyptiens, pour qui chacune des vingt-quatre heures du jour était consacrée à l'une des sept planètes. Les heures successives étaient ainsi mises en correspondance avec les planètes disposées dans l'ordre de leurs distances supposées ; de sorte que la première heure de chaque jour se trouvait consacrée à une planète, suivant un ordre régulier qui revenait toujours le même dans chaque période de sept jours : Saturne, le Soleil, la Lune, Mars, Mercure, Jupiter et Vénus. Les jours correspondants en ont reçu leurs noms respectifs.
(7) La planète Saturne était rangée au moyen âge parmi les astra malefica.
(8) On peut rapprocher ceci de ce qui a été dit au chapitre V, de l'essence de l'âme. La même doctrine est développée au livre II, de l'Ornement des noces spirituelles.
(9) D'après la théorie scolastique, l'essence de la béatitude consiste dans la possession de Dieu vu face à face. Cette vision béatifique s'adresse premièrement à l'intelligence, mais la volonté y trouve son repos à cause de la présence même de l'objet aimé. (Cf. S. THOMAS. Summ. theol., la IIæ, quæst. IV, art. 3.) Ruysbroeck se sert des mêmes principes pour expliquer comment l'âme parvenue à l'état qu'il décrit jouit d'un véritable apaisement.
(10) Le terme d'information est emprunté à la philosophie scolastique, qui considère la forme comme la cause première constituant les êtres dans leur perfection. Appliqué à Dieu, ce terme doit signifier dans l'esprit de notre auteur que les personnes sont parfaites en tant qu'elles possèdent la nature divine désignée ici sous le nom de lumière simple. Mais le même terme ne saurait être ici appliqué rigoureusement à la créa-ture, car Dieu ne peut jamais s'unir à elle comme une forme qui l'amènerait à la perfection.
(11) MATTH., V, 7.
(12) C'est l'union sans différence dont il sera question au chap. XII du Livre de la plus haute vérité
(13) Pour comprendre cette phrase, il faut la comparer avec ce qui a été dit un peu plus haut : « La jouissance de Dieu est prise dans l'essence sans modes où la lumière n'a point d'action : mais en tant qu'il contemple et regarde fixement, la lumière ne cesse jamais. » Le don d'intelligence dont parle ici Ruys-broeck se rapporte à cette contemplation continue, tandis que le don de conseil s'arrête à la jouissance.
(14) MATTH., V, 8.
(15) Il faut peser avec soin l'expression qui est contenue dans cette phrase afin d'éviter l'accusation de panthéisme. Ruysbroeck ne veut pas dire que les esprits deviennent une seule essence avec Dieu, mais qu'ils lui sont tellement unis qu'ils ne considèrent rien autre chose que la simple unité, où ils sort comme plongés.
(16) MATTH., V, .
(17) Saint Augustin appelait déjà la paix : tranquillitas ordinis. Cf. S. THOMAS, Summ., theol., IIa IIæ, quæst. XLV, a. 6.
(18) Cf. Prologue,



 
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