L'âme séparée d'un corps mortel, lourd et encombrant, possède dès lors une existence plus parfaite. Mais quand ce même corps sera devenu glorieux, il ne lui causera plus ni embarras ni peine, et ne lui donnera qu'allégresse et joie éternelles. Pour qu'il en soit ainsi et pour que l'âme ne puisse être gênée en sa béatitude, quatre dons seront l'apanage des corps glorieux.
Le premier de ces dons est la clarté. Dans les corps des bienheureux l'élément de l'eau sera glorifié : de là leur clarté et leur transparence. L'âme toute brillante et glorieuse, ayant repris possession de son corps, le fera participer à sa propre lumière, et ainsi devenu transparent et tout rempli de gloire, celui-ci sera sept fois plus lumineux que le soleil. Mais tous ne seront point semblables, car plus l'âme sera noble et brillante, plus son corps sera revêtu de clarté. De même, en effet, qu'une étoile brille plus qu'une autre au firmament, de même y aura-t-il distinction entre les corps glorieux dans la vie éternelle. Les enfants qui meurent avant d'arriver à la raison auront une clarté semblable à celle de la lune ; car leur lumière ne peut être d'eux-mêmes, ni le fait de leurs œuvres propres, mais ils la recevront du Christ, qui, comme un glorieux soleil, leur communiquera sa clarté par les mérites de sa mort.
Le deuxième don des corps glorieux est l'impassibilité, qui vient de ce que l'élément de la terre étant glorifié en eux, ils sont fortifiés et affermis de telle sorte qu'ils ne peuvent plus souffrir. D'autre part, les éléments n'étant plus contraires, ni entre eux ni au sein de l'homme, le corps sera délivré de toute souffrance. Et parce que l'âme glorieuse possédera son propre corps dans la béatitude, celui-ci ne pourra plus souffrir d'aucune chose. Lorsqu’Adam n'avait pas encore commis le péché, il ne souffrait ni ne pouvait souffrir ; ce n'est qu'après son péché qu'il devint capable de souffrance, comme le fait l'a bien montré. Les enfants morts sans baptême, qui n'ont jamais commis de péché, ne souffrent pas dans le voisinage de l'enfer ; mais ce n'est pas à cause de leurs mérites, car ils ne possèdent pas la béatitude, c'est un pur effet de la miséricorde de Dieu. Les corps glorieux des saints au contraire seraient-ils en enfer, dans les entrailles de la terre ou dans le fond de la mer, qu'ils n'en ressentiraient nulle souffrance.
Le troisième don qui orne les corps glorieux est la subtilité. L'élément du feu est glorifié en eux, et il les rend si subtils qu'aucun obstacle ne saurait leur être opposé. Une âme toute remplie de noblesse, en effet, doit posséder un corps parfaitement subtil et qui, ayant perdu toute lourdeur, lui soit uni comme un trophée de victoire.
Le quatrième don des corps glorieux est l'agilité, qui provient de ce que l'élément de l'air reçoit en eux la gloire qui lui est propre. Rien dès lors ne pourra alourdir le corps revêtu de gloire, et l'âme glorieuse se transportera sans peine et en un clin d'œil avec son corps là où elle voudra. Il y aura cependant toujours distinction de clarté et d'agilité entre les âmes.
Tels sont donc les dons que posséderont les corps glorieux, après la résurrection.
Le Christ a déjà manifesté ces dons en son corps mortel. Il a montré sa clarté lors de la Transfiguration ; son impassibilité, lorsque le jeudi-Saint il s'est donné lui-même en nourriture, avec des paroles de grande tendresse, sans avoir nullement à souffrir ; sa subtilité, en sa naissance, qui laissa intacte la virginité de sa mère ; son agilité enfin, lorsqu'il marcha sur les eaux.
Il y aura encore, dans le royaume de Dieu, une joie singulière, pour les corps glorieux, à voir et à entendre. Ils verront, en effet, de leurs yeux de chair le Christ et Marie sa sainte Mère dans leur gloire, ainsi que tous les saints glorifiés et remplis de délices. Ils pourront aussi contempler la beauté et la grande clarté du ciel et de tous les éléments. Puis en un instant, ils pourront parcourir le ciel et la terre, et revenir au ciel. Ils loueront Dieu et le chanteront de tout leur pouvoir, et cette glorieuse mélodie sera bien douce à entendre ; ils s'y adonneront durant toute l'éternité. La gloire des âmes rejaillira et se répandra jusque dans leurs puissances corporelles et dans les sens. Il y aura là quelque chose de si grand que nous ne pouvons encore le comprendre, et ces délices dureront sans cesse pendant toute l'éternité.
Tel est le royaume de Dieu extérieur et sensible, et ce qu'il y a de moins élevé dans la gloire. L'homme en a révélation, selon la manière indiquée, afin qu'il y aspire et qu'il pratique noblement les vertus.